« Vous avez tort » contre « nous ne sommes pas d'accord » : pourquoi les fausses croyances alimentent la frustration et l'évitement, selon une étude
Points clés
- •La recherche a été dirigée par Andras Molnar et George Loewenstein et comprenait quatre études portant sur plus de 2 000 adultes américains.
- •Les participants réagissaient plus négativement lorsqu'ils pensaient que le point de vue d'une autre personne était incorrect plutôt que simplement différent.
- •Ceux qui percevaient les convictions opposées comme erronées étaient plus susceptibles de déclarer qu'ils éviteraient l'autre personne, se méfieraient d'elle ou la bloqueraient.
- •Les études suggèrent que les fausses croyances peuvent être perçues comme menaçantes parce qu'elles impliquent de mauvaises conséquences, remettent en cause la réalité partagée ou signalent un biais ou une irrationalité.
- •Les auteurs soutiennent que présenter les désaccords comme des questions de fait peut intensifier le conflit en transformant des différences de priorités en disputes sur la question de savoir qui a raison.

Les désaccords au sujet des vaccins, du changement climatique ou des élections sont souvent vécus comme profondément personnels. De nouvelles recherches menées par des scientifiques du comportement suggèrent que la raison n'est pas simplement que les autres aient des convictions différentes — c'est que nous pensons que ces convictions sont erronées.
Cette recherche, menée par Andras Molnar, professeur adjoint de psychologie à l'Université du Michigan, et George Loewenstein, professeur d'économie et de psychologie à l'Université Carnegie Mellon, examine le rôle des convictions dans la politique et la vie quotidienne. Elle révèle que les gens sont plus perturbés par les convictions d'autrui lorsqu'ils ont le sentiment que celles-ci ne reposent pas simplement sur des valeurs ou des priorités différentes, mais sur des informations incorrectes.
Prenons l'exemple de l'immigration. Deux personnes peuvent être en désaccord sur le niveau idéal d'immigration, mais si l'une croit que les immigrants commettent plus de crimes que les personnes nées aux États-Unis et que l'autre est convaincue que les statistiques montrent le contraire, le désaccord devient un conflit sur la réalité et la vérité.
Un récit incomplet sur la polarisation
Cette distinction est importante car le débat public sur la polarisation commence souvent par une idée simple : les gens préfèrent ceux qui pensent comme eux — « qui se ressemble s'assemble », comme le dit l'adage. Les spécialistes des sciences sociales appellent ce phénomène l'homophilie de conviction, et les chercheurs ont largement étudié la manière dont les convictions partagées façonnent les amitiés, les quartiers, les habitudes médiatiques et la vie politique.
Cette idée séduit immédiatement l'intuition. Les gens vivent souvent à proximité de personnes qui partagent leurs opinions politiques et ont tendance à consommer des actualités et des réseaux sociaux conformes à leurs vues existantes — un schéma associé aux chambres d'écho et à la polarisation politique.
Mais la nouvelle recherche, fondée sur quatre études impliquant plus de 2 000 adultes américains, suggère que ce récit est incomplet. Les gens ne réagissent pas de la même manière à tous les désaccords : ils sont particulièrement contrariés lorsqu'ils sont convaincus que quelqu'un a tort. Cela aide à expliquer pourquoi certains conflits passent rapidement du désaccord à l'évitement, même lorsqu'il n'est pas question d'une relation profondément personnelle.
Les convictions erronées alimentent l'évitement
Dans une étude, les participants ont été invités à se souvenir d'une situation dans laquelle une autre personne croyait une chose et eux-mêmes autre chose. Certains ont décrit une situation impliquant des convictions différentes, tandis que d'autres se sont souvenus d'une situation impliquant des convictions erronées. Un participant, par exemple, s'est souvenu d'un désaccord sur la question de savoir si les couples devaient vivre ensemble avant le mariage, le considérant comme une différence de priorités plutôt que comme une dispute sur la réalité. À l'inverse, un autre s'est souvenu d'avoir été en désaccord avec un ami qui croyait que boire des sodas et manger de la nourriture rapide était sans danger — une conviction que le participant considérait comme factuellement fausse.
Les réactions émotionnelles étaient radicalement différentes. Les participants qui percevaient la conviction de l'autre personne comme incorrecte ont déclaré s'être sentis plus perturbés, frustrés et bouleversés que ceux qui la percevaient comme simplement différente.
Dans une autre étude, les participants ont d'abord exprimé leurs opinions sur des sujets clivants tels que le changement climatique, la peine capitale et le maintien de l'ordre. Ils ont ensuite vu une publication hypothétique sur les réseaux sociaux qui s'opposait à leur point de vue. Plus les participants étaient convaincus que la conviction de l'auteur était incorrecte, plus ils se sentaient perturbés — et plus ils disaient être susceptibles d'éviter cette personne, de se méfier d'elle ou de la bloquer. En revanche, le fait d'être convaincu que la conviction de l'autre était simplement différente, et non erronée, ne permettait pas de prédire l'évitement.
Une dernière étude a soumis aux participants de courtes histoires fictives — par exemple, sur un voisin qui croyait qu'un politicien était corrompu. Tous les participants ont lu les mêmes faits de base ; le seul élément qui changeait était la manière dont les convictions de l'autre personne étaient présentées. Les participants ont été informés que leur voisin fictif avait soit des convictions différentes, soit des convictions incorrectes concernant la corruption alléguée du politicien. Bien qu'ils aient reçu des informations identiques, les gens étaient nettement plus perturbés lorsque la conviction était présentée comme incorrecte.
Pourquoi les fausses croyances frustrent les gens
Les études mettent en évidence plusieurs raisons possibles pour lesquelles les fausses croyances sont si dérangeantes.
La première tient aux conséquences. Les fausses croyances conduisent souvent à de mauvaises décisions. Les convictions erronées d'une personne au sujet des vaccins ou du changement climatique, par exemple, peuvent affecter non seulement la personne qui s'en trouve contrariée, mais aussi d'autres personnes qui lui sont chères — y compris, dans certains cas, celle qui détient la conviction apparemment fausse. Dans la vie publique, cela rend les disputes factuelles plus lourdes de conséquences que les simples différences de goût.
Une deuxième possibilité est que les fausses croyances menacent le sentiment de réalité partagée des gens. Les individus s'appuient sur les autres pour donner un sens au monde, et lorsque quelqu'un semble nier ce qui paraît évident ou vrai, le conflit peut être plus dérangeant qu'une simple différence de perspectives. Cela aide à expliquer pourquoi un même sujet peut paraître gérable dans un contexte et bien plus déstabilisant dans un autre.
Une troisième possibilité est que les gens traitent les fausses croyances comme des signaux sur la personne qui les détient. Lorsqu'ils sont convaincus que quelqu'un a tort, ils peuvent conclure que cette personne est biaisée ou irrationnelle. Les psychologues ont décrit ce phénomène comme un signe de réalisme naïf — la conviction que nous voyons le monde objectivement, tandis que ceux qui ne sont pas d'accord avec nous sont altérés par des biais ou l'intérêt personnel. Ce type de jugement peut donner à une fausse croyance un caractère de menace sociale.
Les différences comptent toujours dans les relations proches
Ces résultats ne signifient pas que les gens sont indifférents aux différences. Dans l'étude sur les réseaux sociaux, les participants avaient plus de difficulté à imaginer entretenir des relations proches — familiales ou romantiques, par exemple — avec quelqu'un dont les convictions différaient des leurs, même lorsqu'ils ne considéraient pas ces convictions comme fausses. Les convictions et les valeurs partagées pourraient compter davantage lorsque les gens pensent à leurs conjoints, à leur famille ou à leurs amis proches que lorsqu'ils pensent à leurs voisins, à leurs collègues ou à des inconnus en ligne.
Pour les relations moins intimes, en revanche, la perception de l'erreur était le principal facteur prédictif des sentiments négatifs et de l'évitement. Les gens ne voulaient pas éviter ceux qui n'étaient pas d'accord avec eux ; ils voulaient éviter ceux qu'ils croyaient dans l'erreur.
Selon les chercheurs, cela aide à expliquer pourquoi certains débats deviennent si intenses sur le plan émotionnel, en particulier en ligne. Un désaccord sur le goût ou le sport peut rester inoffensif, mais un désaccord sur les vaccins, le changement climatique ou l'intégrité des élections peut être ressenti différemment, car les gens considèrent souvent qu'un camp a factuellement tort et qu'il est potentiellement nuisible.
Le paradoxe du débat fondé sur les faits
Les discussions publiques réclament souvent davantage de débats fondés sur les faits, mais les auteurs soutiennent qu'une telle quête de vérités dures pourrait s'avérer contre-productive. Les faits comptent, et les données empiriques devraient guider les débats, mais les résultats suggèrent un paradoxe : lorsque les gens utilisent des faits pour défendre leurs préférences, leurs goûts ou leurs valeurs, ils peuvent transformer un désaccord sur les priorités en une dispute pour savoir qui a raison et qui a tort — risquant d'accroître la tension émotionnelle.
Ce basculement peut rendre le désaccord plus difficile à tolérer. Une personne peut « accepter de ne pas être d'accord » sur la politique scolaire qui reflète les bonnes priorités ou sur le candidat qui représente le mieux ses valeurs. Il est bien plus difficile d'accepter de ne pas être d'accord lorsque des faits sont en jeu.
La méchanceté des disputes intellectuelles, concluent les auteurs, dépend donc en partie de la manière dont les gens présentent leurs positions. Même si le contenu du désaccord est identique, dire « nous ne sommes pas d'accord » est très différent de dire « vous avez tort ».
Cet article est republié depuis The Conversation sous licence Creative Commons. Il a été initialement publié sur Fortune.com.