Pourquoi la meilleure opération à effectuer est parfois de ne rien faire
Points clés
- •La fréquence des transactions est associée à des coûts de transaction plus élevés et à de moins bons résultats nets, un constat récurrent dans les études académiques sur le comportement des investisseurs particuliers.
- •Une idée sous-jacente solide peut quand même générer des pertes si le prix d'entrée est mauvais : la valorisation compte autant que la qualité de l'idée.
- •Attendre l'information autour des grands événements de risque comme les NFP, l'IPC ou les décisions de banques centrales peut être préférable à deviner, et les opportunités manquées se représenteront.
- •Les pertes sont asymétriquement difficiles à récupérer : un drawdown de 10 % exige environ 11 % pour revenir à l'équilibre, 25 % environ 33 %, et 50 % un gain de 100 %.
- •Ne rien faire parce que les prix sont peu attrayants, que l'incertitude est élevée ou que le couple risque-rendement est défavorable relève d'une gestion délibérée du risque, distincte de la paralysie liée à la peur.

Quiconque a passé du temps sur les marchés connaît cette sensation. Être sur le marché crée une pression constante à agir — c'est tout simplement ainsi que cela fonctionne.
Les prix évoluent rapidement, les titres d'actualité s'affichent en un instant sur les écrans, de grands mouvements apparaissent sur les graphiques, et tout le monde semble en parler. Les réseaux sociaux amplifient tout cela, faisant passer le sentiment de zéro à dix en un rien de temps et attisant la peur de rater une opportunité. Le résultat est l'impression que si vous n'achetez ou ne vendez pas quelque chose, vous prenez du retard. Cette pression est bien documentée en finance comportementale, où l'aversion à la perte et l'effet de troupeau figurent parmi les biais les plus étudiés poussant les investisseurs à agir précisément au mauvais moment.
Pourtant, il vaut toujours la peine de prendre du recul — ou simplement de s'éloigner des écrans. Le trading n'est pas une compétition visant à déterminer qui appuie le plus sur les boutons. Sous sa forme la plus pure, le trading consiste à décider quand la récompense potentielle justifie le risque de participer au marché. Et parfois, plus souvent qu'autrement, la meilleure opération disponible consiste à ne rien faire du tout. Cela va à l'encontre de la manière dont de nombreux acteurs du marché opèrent — la fréquence des transactions est couramment associée à des coûts de transaction plus élevés et à de moins bons résultats nets, un constat apparu à maintes reprises dans les études académiques sur le comportement des investisseurs particuliers.
Le prix compte autant que l'idée elle-même
Prenons cet exemple :
"Chaque matin, vous achetez des pommes en gros à 0,50 $ pièce et vous les vendez 1,00 $. Un jeu d'enfant. Vos marges sont prévisibles et vous connaissez bien ce commerce.
Mais soudain, de mauvaises conditions météorologiques perturbent l'approvisionnement du grossiste, qui augmente son prix à 0,95 $ la pomme.
Techniquement, vous pouvez toujours les acheter. Cependant, votre marge bénéficiaire a plus ou moins disparu.
La question n'est donc plus de savoir si les pommes sont un bon produit à acheter, mais si elles sont un bon produit à acheter au prix d'aujourd'hui."
Le trading fonctionne à peu près de la même manière. Une action peut représenter une excellente entreprise tout en restant une mauvaise opération à une valorisation inadéquate. Une devise peut avoir un récit convaincant à long terme mais être mal positionnée juste avant une décision majeure de banque centrale. L'or peut bénéficier d'une perspective structurelle haussière, mais le poursuivre après une forte hausse peut exposer un trader à une configuration défavorable entre risque et rendement.
Vous n'êtes pas obligé de trader chaque mouvement
Revenons à l'exemple :
"Le grossiste vous annonce maintenant que le prix des pommes augmentera encore demain, après être déjà passé à 0,95 $ la pomme. Que faites-vous ?"
Cette seule phrase instille un sentiment d'urgence et de peur. Devriez-vous acheter des pommes avant que les prix ne montent davantage ? C'est une leçon que les traders n'apprennent souvent qu'après coup.
C'est le même sentiment lorsque l'action que vous suivez perce à un nouveau sommet et que la peur de rater le mouvement prend le dessus, ou lorsqu'une devise s'envole sur une actualité et que les traders se ruent sur le mouvement initial. Mais le fait qu'un actif bouge et attire l'attention n'en fait pas une bonne opération.
"Supposons que le prix des pommes atteigne désormais 1,50 $ pièce, soit trois fois leur coût avant cette perturbation.
Vous en achetez parce que vous pensez que les prix continueront de monter. Mais en réalité, le mauvais temps n'a duré que deux jours et les prix sont ensuite revenus à la normale, à 0,50 $."
Dans ce scénario, vous n'avez pas perdu d'argent parce que votre idée de fond sur les pommes était mauvaise. L'idée était juste — acheter des pommes puis les revendre peut être rentable. Vous avez perdu de l'argent parce que vous avez été contraint à une mauvaise position d'entrée. Cette distinction est importante en trading.
Ne vous précipitez jamais dans l'incertitude
Autre exemple :
"Vous vous rendez aujourd'hui chez le grossiste et le prix annoncé est une fois de plus de 0,95 $ la pomme. On vous dit ensuite que les prévisions pour demain annoncent un risque de retour du mauvais temps.
Si cela se produit, le prix des pommes pourrait encore s'envoler. Sinon, il pourrait au contraire redescendre. Alors, que faites-vous ?"
Il existe essentiellement deux options : tenter de prédire le résultat dans un sens ou dans l'autre, ou attendre demain. Cela reflète le trading autour des événements de risque majeurs — les publications de données telles que les NFP ou l'IPC, ou les décisions de banques centrales — ou les situations qu'un trader ne comprend pas pleinement et sur lesquelles il se sent donc mal à l'aise de décider.
Un trader peut avoir une vision forte et assurée de la tendance générale, mais un seul point de données peut générer suffisamment de volatilité pour provoquer des fluctuations de prix brutales à court terme. Attendre l'information ne signifie pas manquer de conviction ; cela signifie que l'incertitude est actuellement trop élevée par rapport à la récompense potentielle. Arriver légèrement en retard avec le bénéfice de l'information peut être plus précieux que se précipiter pour être en avance et devoir faire une supposition. Et si une opportunité est manquée, il y en aura toujours une autre sur les marchés.
Préservation du capital et gestion du risque
Il existe également une dimension moins spectaculaire et plus psychologique à tout cela — une dimension impossible à quantifier ou à voir sur les écrans. L'argument de la préservation du capital transforme le fait de ne rien faire, souvent perçu comme "passif", en une véritable décision de gestion du risque.
"Imaginez que vous touchiez une rentrée d'argent et disposiez soudain de 100 $ à dépenser en un nouveau produit chez le grossiste, cette fois des oranges.
Les oranges semblent chères et sont plus risquées que les pommes, mais vous vous dites que vous pouvez de toute façon vous permettre de dépenser 100 $ de plus. Le marché se retourne contre vous et vous perdez 50 $ pour vous être lancé dans une aventure qui ne vous est pas familière.
La semaine suivante, le prix des pommes chute à 0,30 $ pièce en raison d'un excédent d'approvisionnement. C'est une excellente opportunité d'entrer sur le marché et d'en profiter. Mais il ne vous reste plus que 50 $ pour saisir cette situation."
La gestion du capital en trading fonctionne à peu près de la même manière. Ne pas trader signifie ne pas gagner d'argent — mais cela signifie aussi ne pas en perdre. C'est important car les pertes sont généralement plus difficiles à récupérer qu'il n'y paraît au premier abord — une conséquence des mathématiques asymétriques des drawdowns.
Si un compte enregistre une baisse de 10 %, il lui faut seulement un peu plus de 11 % pour revenir à l'équilibre. Avec une baisse de 25 %, ce chiffre atteint environ 33 %. Avec une baisse de 50 %, l'exigence de récupération monte à 100 %.
La préservation du capital n'est donc pas un simple concept défensif. C'est ce qui permet à un trader de rester dans la partie et de pleinement exploiter les opportunités futures. Une opération manquée ne réduit pas le solde d'un compte ; une mauvaise opération, si.
Pourquoi ne rien faire reste une décision
Il est important de distinguer patience et paralysie. Ne rien faire par peur de prendre une quelconque décision n'est pas du bon trading. Mais ne rien faire parce que les niveaux de prix sont peu attrayants, que l'incertitude est trop élevée ou que le couple risque-rendement ne justifie pas la participation est tout autre chose — il s'agit là d'une gestion délibérée du risque. L'enseignement pratique est que les traders peuvent codifier cette discipline à l'avance — par exemple, en définissant les conditions dans lesquelles ils ne traderont pas du tout, telles que juste avant les grandes publications de données programmées ou lorsqu'un marché a déjà largement dépassé leur point d'entrée prévu.
Dans les exemples ci-dessus, attendre pour acheter des pommes à un prix plus raisonnable fait toujours partie de la gestion d'une entreprise. En trading, rester en liquidités et traverser des conditions défavorables reste du trading.
Les traders ne sont pas récompensés en fonction du nombre d'opérations effectuées par jour, par semaine, par mois ou par an. La récompense vient lorsque les opérations choisies suffisent à compenser les risques pris. Cela peut signifier acheter quelque chose, vendre autre chose — ou, parfois, simplement ne rien faire.