L'Australie poursuit Telegram en justice pour des manquements présumés au retrait de contenus extrémistes
Points clés
- •La eSafety Commissioner australienne allègue que Telegram a enfreint l'Online Safety Act en omettant d'agir sur les plaintes d'utilisateurs concernant des contenus pro-terrorisme sur la plateforme.
- •L'enquête du régulateur a révélé que certains contenus extrémistes signalés, y compris des images des attaques de Christchurch en 2019 et de Buffalo en 2022, sont restés visibles jusqu'à trois semaines.
- •Les infractions aux règles de sécurité en ligne de l'Australie pourraient entraîner des sanctions financières atteignant 54,6 millions de dollars australiens, soit environ 35,8 millions de dollars américains.
- •Le Service fédéral de sécurité de Russie a inculpé le PDG de Telegram, Pavel Durov, de facilitation d'activité terroriste et a entamé des procédures pour l'inscrire sur la liste internationale des personnes recherchées.
- •Durov reste également sous enquête en France à la suite de son arrestation en août 2024, poursuivi pour des chefs d'accusation notamment de complicité de diffusion de contenus illicites via Telegram.

Telegram, la plateforme de messagerie utilisée par plus d'un milliard de personnes dans le monde, est confrontée à un défi juridique majeur en Australie, accusée d'avoir failing à empêcher la diffusion de contenus liés au terrorisme.
Le régulateur australien de la sécurité en ligne, la eSafety Commissioner, a engagé des poursuites civiles à l'encontre de Telegram devant la Cour fédérale jeudi, selon une déclaration officielle. L'autorité allègue que Telegram a manqué à ses obligations en vertu de l'Online Safety Act du pays pour traiter les contenus « pro-terrorisme » en omettant d'agir sur de multiples plaintes d'utilisateurs. Ces poursuites constituent l'une des actions coercitives les plus agressives du régulateur depuis l'entrée en vigueur de l'Online Safety Act en 2022, une loi qui a placé l'Australie parmi les premiers pays à instaurer une obligation statutaire pour les plateformes de retirer les contenus terroristes après notification.
L'affaire s'ajoute à la surveillance mondiale croissante des pratiques de modération de Telegram, dans le contexte d'une pression juridique sur le PDG Pavel Durov en Russie et en France, alors que les gouvernements examinent de plus en plus la manière dont les grandes plateformes en ligne gèrent les contenus nuisibles. Cette intervention intervient également à un moment où les régulateurs de plusieurs juridictions — y compris dans le cadre du Digital Services Act de l'Union européenne — durcissent leurs exigences à l'égard des grandes plateformes pour qu'elles modèrent de manière démontrable les contenus illégaux, une évolution qui a soumis l'approche relativement permissive de Telegram à une pression soutenue.
L'Australie allègue que Telegram a ignoré des avertissements répétés
La eSafety a déclaré que son enquête d'un an a révélé que Telegram n'avait pas retiré certains contenus illicites après en avoir eu connaissance, certains contenus signalés restant visibles jusqu'à trois semaines.
Le régulateur a également allégué que Telegram n'avait pas pris de mesures suffisantes pour empêcher de nouvelles violations répétées, notamment la suppression de comptes, de canaux et de groupes utilisés pour diffuser des contenus pro-terrorisme.
Selon la eSafety, Telegram n'a pas non plus réussi à détecter des contenus extrémistes connus, y compris des images de la fusillade de la mosquée de Christchurch en 2019 et de la fusillade de masse de Buffalo en 2022, avant que ces contenus ne soient finalement retirés.
Le régulateur réclame des sanctions financières, les infractions aux règles de sécurité en ligne de l'Australie pouvant entraîner des amendes allant jusqu'à 54,6 millions de dollars australiens (35,8 millions de dollars).
Telegram n'a publié aucune déclaration officielle sur la procédure australienne, mais son compte officiel X a publié une vidéo légendée « freedom of expression ». Telegram n'a pas répondu immédiatement à la demande de commentaire de Cointelegraph sur cette affaire.
La Russie intensifie la pression juridique sur Durov
L'action juridique de l'Australie est intervenue un jour après que le Service fédéral de sécurité de Russie (FSB) a inculpé Durov pour facilitation d'activité terroriste et annoncé avoir entamé des procédures pour l'inscrire sur la liste internationale des personnes recherchées.
Les autorités russes ont allégué que Telegram n'avait pas retiré des canaux, des discussions et des bots que les services de renseignement ukrainiens, des groupes terroristes et des organisations extrémistes utilisaient pour coordonner des attaques, recruter des opérateurs et perpétrer des fraudes cybernétiques.
Telegram n'a pas non plus publié de déclaration officielle sur les derniers développements juridiques en Russie, mais a publié une image de Durov faisant un geste obscène de la main.
Durov reste également sous enquête en France à la suite de son arrestation en août 2024 à l'aéroport du Bourget. Les procureurs français l'ont inculpé d'infractions notamment pour complicité de diffusion de contenus illicites, y compris des contenus liés au crime organisé, via Telegram.
Durov avait précédemment dénoncé ce qu'il décrit comme des menaces croissantes pour la vie privée en ligne, avertissant que les gouvernements réduisaient les protections pour un internet libre.
« Ce qui était autrefois la promesse du libre échange d'informations est en train de se transformer en l'outil de contrôle ultime », a-t-il écrit dans une publication sur X en octobre 2025.