ActualitésMacroPhilippines : les remboursements d'impôts peuvent prendre une décennie avant de se convertir en liquidités, selon une avocate fiscaliste

Philippines : les remboursements d'impôts peuvent prendre une décennie avant de se convertir en liquidités, selon une avocate fiscaliste

Auteur: Bworldonline·

Points clés

  • •Eleanor Lucas Roque, associée chez P&A Grant Thornton, écrit qu'une réclamation de remboursement d'impôt peut prendre cinq à six ans pour passer du Bureau of Internal Revenue à la Cour des affaires fiscales et à la Cour suprême avant tout versement de fonds.
  • •Dans une affaire qu'elle a traitée, une réclamation de remboursement de 20 millions de pesos déposée auprès de la CTA en 2015 n'a abouti à un chèque qu'en 2025, l'inflation ayant alors réduit sa valeur à environ 14 millions de pesos.
  • •Outre l'inflation, les contribuables supportent les frais de greffe de la CTA, les honoraires d'avocats, ceux d'experts-comptables indépendants et les coûts de production des preuves, créant un écart entre le droit accordé et sa valeur économique finale.
  • •Roque reconnaît que les récentes réformes ont amélioré le processus administratif de remboursement à moins d'un an après le dépôt, mais note que les délais judiciaires via la division de la CTA, la CTA en formation plénière et la Cour suprême restent imprévisibles.
  • •Elle suggère que l'État et le BIR établissent des mécanismes pour savoir quand cesser de faire appel dans les dossiers de remboursement et soulève la question d'intérêts sur les remboursements tardifs, rappelant que les impôts impayés portent déjà 12 % d'intérêt annuel plus une majoration de 25 % à 50 %.
Philippines : les remboursements d'impôts peuvent prendre une décennie avant de se convertir en liquidités, selon une avocate fiscaliste

Une décision de la Cour des affaires fiscales (CTA) accordant un remboursement constitue une étape majeure pour tout contribuable. Pourtant, comme le relate la praticienne fiscale Eleanor Lucas Roque, une telle décision est bien loin de se convertir en liquidités réelles dont un client a besoin.

Dans une chronique de BusinessWorld publiée le 2 novembre 2026, Roque, associée du pôle conseil fiscal et conformité chez P&A Grant Thornton, décrit un processus de remboursement pouvant prendre cinq à six ans, depuis le dépôt d'une réclamation auprès du Bureau of Internal Revenue (BIR), en passant par la CTA et la Cour suprême, avant de revenir au BIR. Certains dossiers peuvent être résolus plus rapidement, note-t-elle, tandis que d'autres peuvent prendre considérablement plus de temps.

Dix ans d'attente pour un remboursement de 20 millions de pesos

Roque se souvient d'avoir reçu, jeune avocate, sa première décision de la CTA accordant la réclamation de remboursement d'un client — un moment qu'elle décrit comme si victorieux qu'elle voulait encadrer la décision et l'accrocher au mur.

Dans une affaire, elle a déposé en 2015 une réclamation de remboursement de 20 millions de pesos auprès de la CTA, et le chèque n'a été émis qu'en 2025. Il a fallu dix ans avant qu'elle puisse remettre le chèque au client. Au moment où les fonds sont devenus disponibles, dix ans d'inflation avaient rongé leur valeur : les 20 millions de pesos ne valaient plus que 14 millions en 2025, selon son récit.

Et ce, insiste-t-elle, ne représente que le coût de l'inflation. S'y sont ajoutés les frais de greffe de la CTA, les honoraires d'avocats, les honoraires d'experts-comptables indépendants et les coûts moins visibles de la production des preuves requises.

Il en résulte, soutient-elle, un décalage important entre le droit légal du contribuable à un remboursement et la valeur économique de ce qu'il finit par recevoir. Un contribuable peut dépenser des années et des millions de pesos en honoraires professionnels et frais de contentieux pour enfin gagner en justice — avant encore de se battre à travers des appels et des procédures administratives avant de recevoir le remboursement effectif.

Faire appel au-delà de l'exécution

Dans cette affaire, Roque dit s'être sentie extrêmement chanceuse que le BIR ne fasse pas appel de la décision de la division de la CTA. L'injonction d'exécution a été émise en 2018, et trois ans de procédure lui ont semblé un détat étonnamment court pour enfin obtenir le chèque de remboursement.

Cependant, le BIR a contesté l'exécution jusqu'à la Cour suprême, et une série d'appels rejetés a pris cinq années supplémentaires.

Roque dit ne pas pouvoir vraiment blâmer les avocats de l'État, tenus de défendre le dossier. Elle suggère néanmoins qu'il est peut-être temps que l'État et le BIR mettent en place des mécanismes pour déterminer quand cesser de faire appel dans les dossiers de remboursement. Un remboursement d'impôt accordé par la justice, souligne-t-elle, n'est pas une concession de l'État ; c'est la restitution d'argent à un contribuable qui a établi, au prix de efforts considérables, qu'il était en droit de le récupérer. La vraie question n'est donc pas seulement de savoir si la loi permet un remboursement, mais si le système de remboursement permet aux contribuables de récupérer leur argent tant qu'il conserve une valeur économique significative.

Progrès administratifs, incertitude judiciaire

Les récentes réformes fiscales ont tenté de remédier aux retards au niveau administratif, et Roque reconnaît que le processus administratif de remboursement s'est nettement amélioré, permettant de réclamer le remboursement dans l'année suivant le dépôt — une amélioration certaine, selon elle. Mais dans certains cas moins favorables, une échéance administrative ne couvre que le début du processus. Dès qu'un remboursement parvient devant les tribunaux, le calendrier devient bien moins prévisible.

Un dossier de remboursement peut être déposé devant la division de la CTA. Il peut ensuite passer devant la CTA en formation plénière et, finalement, parvenir à la Cour suprême par un recours en cassation.

Cela crée ce que Roque décrit comme un calcul commercial inhabituel. La question du contribuable n'est plus simplement : avons-nous légalement droit au remboursement ?

Elle devient aussi : le remboursement est-il suffisamment important pour justifier le coût et les années nécessaires pour le récupérer ?

Gagner n'est pas la même chose que d'être payé

La partie la plus frustrante du processus, écrit-elle, vient peut-être après que le contribuable a déjà gagné. Une victoire judiciaire définitive ne se traduit pas nécessairement en liquidités immédiates. Le jugement doit encore être exécuté, et le contribuable doit ensuite entamer un laborieux processus de domiciliation auprès du BIR.

Du point de vue du contribuable, cela est particulièrement difficile à comprendre. Une fois qu'un jugement est devenu définitif et exécutoire, la question juridique du droit au remboursement devrait déjà être tranchée. Elle devrait, selon elle, être dissociée de toute dette ou affaire en cours que le contribuable aurait auprès du BIR.

Les remboursements tardifs devraient-ils porter intérêt ?

Cela amène Roque à une question de politique qu'elle juge légitime : si l'État conserve des sommes qui sont finalement jugées définitivement appartenir au contribuable, l'État devrait-il supporter une partie du coût économique d'un retard prolongé ? Sans conséquence négative pour le BIR, demande-t-elle, qu'est-ce qui l'empêcherait de retarder la restitution des fonds au contribuable ?

Le concept n'a rien de nouveau. D'autres juridictions fiscales reconnaissent déjà la valeur temps de l'argent des contribuables et permettent de récupérer des intérêts pour les remboursements tardifs.

En revanche, lorsqu'un contribuable ne paie pas ses impôts à l'échéance, le Code fiscal philippin impose un intérêt annuel de 12 % sur le montant impayé, en plus d'une majoration de 25 % à 50 % et d'autres sanctions. Aux yeux de Roque, cela reflète une réalité économique familière à toute entreprise : l'argent a une valeur dans le temps.

Cette réalité économique, soutient-elle, ne disparaît pas lorsque les positions sont inversées. Lorsqu'un contribuable a passé des années à établir son droit à un remboursement, recevoir la valeur dépréciée à la fin du processus ne le répare pas nécessairement économiquement. Un système de remboursement efficace doit garantir que le remboursement conserve son sens lorsque le contribuable le reçoit enfin.

Une victoire juridique futile

Roque conclut en revenant à ses débuts : jeune avocate, elle voulait encadrer cette première décision favorable. Aujourd'hui, dit-elle, la vraie victoire n'est pas la décision accrochée au mur, mais les liquidités entre les mains du client, reçues tant qu'elles peuvent encore faire la différence. Un remboursement qui arrive trop tard, conclut-elle, peut n'être qu'une victoire juridique futile.


Eleanor Lucas Roque est associée du pôle conseil fiscal et conformité chez P&A Grant Thornton. Cet article a été publié à l'origine par BusinessWorld le 2 novembre 2026 sous le titre « Tax refunds: From court filing to cash » : Tax refunds: From court filing to cash