Les talibans cherchent des accords miniers et une normalisation des liens avec l'administration Trump
Points clés
- •Le ministre afghan des Affaires étrangères Amir Khan Muttaqi a exhorté les États-Unis, dans un entretien au New York Times du 14 août 2026, à considérer l'Afghanistan comme une destination d'investissement et a déclaré le chapitre de la guerre clos.
- •Les richesses minérales de l'Afghanistan, incluant lithium, cuivre, minerai de fer et terres rares, sont estimées à plus de 1 000 milliards de dollars.
- •Depuis leur retour au pouvoir en 2021, les talibans ont attribué des contrats d'extraction de ressources d'une valeur supérieure à 6,5 milliards de dollars, presque tous à des entreprises chinoises, iraniennes et turques.
- •Les sanctions américaines contre les talibans et l'absence de reconnaissance formelle du régime par tout pays créent des obstacles juridiques à tout arrangement diplomatique ou économique officiel.
- •Toute entrée américaine dans le secteur minier afghan serait confrontée à la concurrence d'entreprises chinoises disposant d'une longueur d'avance, ainsi qu'au manque de routes, de réseaux électriques et d'installations de traitement en Afghanistan.

Le gouvernement taliban afghan poursuit un objectif qu'il n'a jamais atteint auparavant : une relation économique fonctionnelle avec les États-Unis. De hauts responsables ont publiquement invité l'administration Trump à investir dans les vastes réserves minérales de l'Afghanistan, à rouvrir l'ambassade américaine à Kaboul et à normaliser les liens diplomatiques — un revirement spectaculaire pour un régime qui a combattu les forces américaines pendant deux décennies. Aucun pays n'a formellement reconnu les talibans comme gouvernement légitime de l'Afghanistan depuis leur prise de pouvoir en août 2021, ce qui ajoute un obstacle juridique supplémentaire à tout arrangement diplomatique ou économique officiel.
Le ministre afghan des Affaires étrangères Amir Khan Muttaqi a exposé directement sa position dans un entretien au New York Times le 14 août 2026, déclarant que « le chapitre de la guerre est clos » et exhortant Washington à considérer l'Afghanistan comme une destination d'investissement plutôt que comme une menace sécuritaire. Le porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid, a relayé fin août des appels similaires demandant la réouverture des ambassades des deux pays.
Ce que les talibans proposent
La proposition repose sur les richesses minérales de l'Afghanistan, estimées à plus de 1 000 milliards de dollars. Le pays dispose de gisements importants de lithium, de cuivre, de minerai de fer et de terres rares — des ressources utilisées dans tout, des batteries de véhicules électriques aux semi-conducteurs avancés. Cette offre arrive à un moment où les minéraux critiques sont devenus un front central de la compétition stratégique entre les États-Unis et la Chine, Washington cherchant à bâtir des chaînes d'approvisionnement réduisant sa dépendance à la transformation et au raffinage chinois.
Les études géologiques américaines ont identifié bon nombre de ces gisements il y a des années, et l'intérêt pour les minéraux afghans remonte à la première administration Trump en 2017. Depuis leur retour au pouvoir en 2021, les talibans ont attribué des contrats d'extraction de ressources d'une valeur supérieure à 6,5 milliards de dollars. La quasi-totalité de ces accords est allée à des entreprises chinoises, iraniennes et turques — un vide que les talibans semblent désormais désireux de combler.
Pourquoi c'est plus difficile qu'il n'y paraît
Les États-Unis maintiennent toujours des sanctions contre le régime taliban. Tout engagement économique formel exigerait de naviguer dans un dense maquis de restrictions juridiques, sans compter l'optique politique de faire affaire avec un gouvernement qui a restreint les droits des femmes, limité la liberté de la presse et maintenu des liens avec des groupes que Washington considère comme hostiles.
L'Afghanistan manque en outre des routes, des réseaux électriques et des installations de traitement nécessaires pour extraire et exporter des minéraux à grande échelle. Les talibans ont reconnu cette lacune, invoquant la nécessité d'investir dans les barrages et les réseaux de transport dans le cadre de leur programme de développement plus large. Les infrastructures afghanes ont été endommagées par des décennies de conflit, et même avant le retour des talibans, l'exploitation minière à grande échelle ne s'était jamais développée au-delà d'une poignée de projets, notamment le gisement de cuivre de Mes Aynak, exploité par des Chinois et resté bloqué pendant des années.
La Chine, quant à elle, a passé des années à bâtir des relations économiques en Afghanistan et en Asie centrale, donnant aux entreprises chinoises une longueur d'avance considérable dans l'obtention de droits miniers. Toute entrée américaine sur le marché minier afghan supposerait de rivaliser avec des acteurs bien implantés qui font face à moins de contraintes politiques chez eux.
La partie d'échecs géopolitique
La démarche des talibans peut être interprétée comme une stratégie calculée de diversification. Dépendre principalement de la Chine et de l'Iran pour des partenariats économiques comporte ses propres risques, notamment des conditions contractuelles défavorables et un pouvoir de négociation limité.
Les États-Unis ont dépensé environ 2 300 milliards de dollars en 20 ans d'engagement militaire en Afghanistan, et le retrait chaotique de 2021 demeure un souvenir politiquement sensible. Durant le premier mandat de Trump, des discussions sur une coopération minière afghane avaient surgi sans jamais se concrétiser en accords.
Que cette nouvelle démarche aboutisse à des accords réels dépend de plusieurs facteurs, notamment la politique des sanctions, l'appétit du Congrès, les contre-mesures chinoises et la capacité des talibans à se présenter comme un partenaire fiable.