Pauvreté à un chiffre : une étape historique, ou un effet de la règle de mesure ?
Points clés
- •La PSA a indiqué que l’incidence de la pauvreté avait reculé à 9,7 % en 2025, ce qui constitue le premier chiffre à un seul digit aux Philippines.
- •Les données régionales montrent de forts écarts, avec une pauvreté de 1,1 % dans la NCR alors que certaines zones, dont la péninsule de Zamboanga et la BARMM, restent au-dessus de 23 %.
- •Le seuil officiel de pauvreté est décrit comme très bas, fondé sur un minimum vital de P13,873 par mois pour une famille de cinq personnes et d’environ P21 par personne et par repas.
- •Un test de sensibilité relevant le seuil de 30 % fait monter l’incidence de pauvreté de 10,9 % à 22,8 % sur une base familiale.
- •L’article estime que les tendances actuelles du marché du travail et des prix, notamment un sous-emploi proche d’un sommet sur près de trois ans et une inflation liée au riz d’environ 8,5 % pour les 30 % les plus pauvres, indiquent une nouvelle pression sur les ménages pauvres.

Vérification des chiffres sur les données de pauvreté du gouvernement
Lorsque l’Autorité philippine des statistiques (PSA) a annoncé que l’incidence de la pauvreté était tombée à 9,7 % en 2025 — le premier résultat à un chiffre dans l’histoire du pays — le gouvernement a naturellement revendiqué une victoire. Mais si l’on met ce titre en regard du marché du travail, de l’inflation et des données régionales situées juste à côté, une question plus gênante apparaît : la pauvreté recule-t-elle réellement, ou la règle de mesure est-elle simplement trop courte pour saisir ce qui se passe au bas de l’échelle des revenus ?
La tendance — à première vue
La tendance paraît sans ambiguïté au premier regard (voir Figure 1).
Les deux séries évoluent de concert, ce qui est rassurant : un marché du travail réellement plus tendu a vraisemblablement entraîné une véritable réduction de la pauvreté. Le retournement lié au COVID-19 en 2021 confirme que ce lien était réel et non fortuit — le chômage a bondi, la pauvreté a bondi un an plus tard, puis les deux se sont redressés ensemble par la suite. Ce décalage temporel compte aussi pour lire la situation actuelle : un chiffre de pauvreté peut sembler calme alors même que le marché du travail sous-jacent s’affaiblit déjà.
La carte raconte une autre histoire
Le tableau régional diverge fortement du titre (voir Figure 2).
La moyenne nationale masque un pays fonctionnant à deux vitesses. La Région de la capitale nationale (NCR) affiche une pauvreté de 1,1 %, tandis que la péninsule de Zamboanga et la BARMM dépassent 23 %. Dix régions du pays ont même enregistré une pauvreté plus élevée en 2021 qu’en 2018 — ce qui signifie que le récit national de la « baisse » n’a jamais été universel, même dans les meilleures années. Les régions qui portent aujourd’hui le fardeau de la pauvreté — Mindanao, Bicol et les Visayas orientales — sont les mêmes qu’en 2006. La pauvreté structurelle ne s’est pas dissipée ; elle a été diluée par des gains plus rapides dans la NCR et à Calabarzon, déjà plus riches.
Les données sur le retard de croissance rendent ce décalage encore plus net. Le taux de pauvreté de la NCR est proche de zéro, mais son taux de retard de croissance chez les enfants est encore de 22,2 % — presque identique à la moyenne nationale. Quelle que soit la « pauvreté » captée par le seuil de revenu à Metro Manila, elle ne saisit pas la privation matérielle qui continue de se refléter dans le corps des enfants. C’est le premier signe que l’instrument de mesure lui-même mérite examen.
Le seuil : P21 par repas, figé entre deux enquêtes
C’est ici que l’affirmation d’un « recul historique » devient réellement fragile. Le seuil de pauvreté de 2023 — le dernier calcul officiel — fixe le minimum vital à P13,873 par mois pour une famille de cinq personnes, la composante alimentaire représentant environ P21 par personne et par repas. Même le statisticien national de la PSA a publiquement admis que ce seuil alimentaire est « insuffisant ». Cette base suppose qu’une personne n’achète que les ingrédients les moins chers possibles et prépare tous ses repas à la maison, sans tenir compte des coûts réels, comme manger à l’extérieur pendant une journée de travail.
En effectuant un simple test de sensibilité — en augmentant le seuil de seulement 30 % — l’incidence de la pauvreté double تقريبativement, passant de 10,9 % à 22,8 % (sur une base familiale). Ce n’est pas un simple arrondi. Cela signifie que tout le récit du « jalon à un chiffre » dépend de l’endroit exact où le gouvernement trace une ligne que ses propres technocrates jugent eux-mêmes gênante par sa faiblesse.
Pire encore, ce seuil est figé entre les cycles de l’Enquête sur le revenu et les dépenses des familles — 2018, 2021 et 2023 — alors que les prix continuent d’évoluer pour les pauvres. La propre série d’inflation des 30 % les plus pauvres publiée par la PSA montre pourquoi cela compte : elle est retombée à seulement 0,3 % en 2025, la même année où la pauvreté a atteint son plus bas historique, puis a grimpé à 8,2 %–8,5 % d’avril à juillet de cette année, principalement sous l’effet d’une hausse de 18 % sur un an des prix du riz. Autrement dit, le chiffre de pauvreté de 2025 a été mesuré dans un environnement de prix exceptionnellement favorable pour les pauvres. Il nous dit peu de choses sur ce qui arrive à ces mêmes ménages aujourd’hui.
Pauvreté autoévaluée : l’écart que le chiffre officiel n’explique pas
Si les statistiques officielles disent que 9,7 % des Philippins sont pauvres, pourquoi le SWS — en demandant directement aux Philippins s’ils se considèrent pauvres — trouve-t-il systématiquement 40 % à 61 % de réponses « oui », selon la région ? Une partie de cet écart est réellement subjective (aspiration, privation relative, psychologie de l’inflation). Mais l’ordre de classement — Mindanao en pire position, puis les Visayas, puis Luzon, puis la NCR en meilleure position — correspond presque parfaitement aux données régionales officielles. La géographie des difficultés est bien réelle selon les deux mesures ; seule l’ampleur du chiffre officiel paraît excessivement optimiste au regard de la manière dont les ménages décrivent leur propre situation.
Le marché du travail envoie déjà un avertissement que la statistique de pauvreté n’a pas encore rattrapé
Les signes d’alerte sont visibles dans les données sur l’emploi (voir Figure 3).
C’est le cœur du problème : le chiffre de pauvreté de 9,7 % a été observé une année marquée par un chômage au plus bas et une inflation quasi nulle pour les pauvres. Toutes ces conditions se sont depuis inversées. Le sous-emploi — sans doute un meilleur indicateur des « travailleurs pauvres », puisqu’il recense des personnes employées mais sans suffisamment d’heures ou de rémunération — vient d’atteindre un niveau proche d’un sommet sur près de trois ans. L’inflation tirée par le riz pour les 30 % les plus pauvres tourne autour de 8,5 %, soit la pression sur le coût de la vie la plus forte subie par les pauvres depuis des années. Rien de tout cela n’apparaît encore dans un chiffre officiel de pauvreté, simplement parce que la PSA n’a pas mené une nouvelle enquête complète depuis 2023/2025. Au vu de la manière dont l’épisode de 2020–2021 s’est déroulé — choc du chômage d’abord, choc de pauvreté environ un an plus tard — il n’y a guère de raison de penser que 2026 sera différent.
Le verdict
La baisse du taux officiel de pauvreté de 33 % en 2006 à 9,7 % en 2025 est un chiffre réel, cohérent sur le plan méthodologique, et il reflète bien deux décennies d’amélioration du marché du travail, réelle mais inégale. Mais le présenter comme une preuve que la pauvreté a été « résolue », ou même réduite durablement, va au-delà de ce que les données permettent d’affirmer. Le seuil utilisé est administrativement pratique plutôt que réaliste ; les gains régionaux sont déséquilibrés plutôt qu’universels ; les indicateurs subjectifs et nutritionnels racontent une histoire plus dure que ne le suggère le titre ; et les indicateurs avancés pour la prochaine période d’enquête — hausse du sous-emploi, hausse du chômage et poussée inflationniste liée au riz frappant en premier lieu les pauvres — pointent déjà dans la mauvaise direction.
Le jalon à un chiffre mérite d’être relevé. Il ne mérite pas encore d’être célébré.
Alexander C. Escucha est un ancien président de la Philippine Economic Society (2005), un fellow de la Foundation for Economic Freedom (FEF), un ancien président de la UP Visayas Foundation (2014–2026), un ancien président de la Corporate Planning Society of the Philippines et un ancien SVP de China Banking Corp.