10 créateurs nigérians qui construisent des entreprises au-delà des réseaux sociaux
Points clés
- •DANG, la marque d’Ifedayo Agoro, a vendu plus de 700,000 unités dans le monde et opère sur plusieurs marchés, dont le UK, les USA, le Canada, le Ghana et le Kenya.
- •Aproko Doctor a cofondé AwaDoc, une plateforme de santé numérique alimentée par l’IA, lancée en avril 2025 et financée à hauteur de 500,000 dollars en pre-seed trois mois plus tard.
- •Hilda Baci a lancé My Food by Hilda en février 2020, ouvert un restaurant haut de gamme en juin 2022 et bâti son entreprise avant que son cookathon de 2023 ne la rende célèbre dans le monde entier.
- •Salem King a fondé Crea8torium, un écosystème centré sur les créateurs, avec une émission qui a attiré des centaines de milliers de vues et une communauté de plus de 50,000 personnes.
- •Fisayo Longe a transformé son audience mode et voyage en Kai Collective, qu’elle a fondée et lancée en août 2016.

Pendant des années, l’économie nigériane des créateurs a suivi une formule prévisible : bâtir une audience, devenir viral, obtenir des contrats de marque, puis recommencer. Mais à mesure que le secteur mûrit, certains des créateurs les plus connus du pays jouent un jeu fondamentalement différent : ils passent de la promotion des produits d’autrui à la construction des leurs.
Avoir une audience et posséder une entreprise sont deux réalités très différentes. Un créateur peut accumuler des millions d’abonnés tout en restant dépendant des algorithmes, des budgets publicitaires et des partenariats de marque pour ses revenus. Mais lorsque ce même créateur lance une ligne de soins, un restaurant, une plateforme technologique ou une entreprise automobile, l’audience devient bien plus précieuse qu’une simple source de vues : elle devient une clientèle potentielle. Dans un marché où l’attention est très visible mais où la monétisation peut être inégale, les réseaux sociaux servent de plus en plus de point d’entrée plutôt que d’entreprise complète.
Ifedayo Agoro — DANG
Ifedayo Agoro s’est fait largement connaître grâce à ses conversations franches sur les relations, le féminisme, la famille et la vie quotidienne. Au-delà d’une forte marque personnelle en ligne, elle s’est aussi lancée dans le secteur de la beauté avec DANG, son entreprise de soins de la peau. Plutôt que de se contenter de recommander des produits de beauté à son audience, Agoro a créé sa propre marque, en s’appuyant sur la même capacité de narration et la même proximité personnelle qui l’ont aidée à se construire un public.
DANG a vendu plus de 700,000 unités de ses produits de soin et de soin à domicile dans le monde depuis son lancement, et exploite aussi des vitrines numériques desservant le UK, les USA, le Canada, le Ghana et le Kenya. Sa communauté en ligne existante apporte à l’entreprise ce que de nombreuses jeunes pousses mettent des années à construire : de l’attention, avec une audience qui connaît déjà la personne derrière la marque. Cette évolution montre l’avantage dont disposent les créateurs lorsqu’ils entrent dans les activités de consommation : ils peuvent présenter des produits par la narration, les démontrer à travers du contenu et maintenir une relation directe avec leurs clients.
Salem King — Crea8torium
Salem King fait évoluer la transition du créateur à l’entrepreneur dans une autre direction. Plutôt que de simplement monétiser sa propre audience, il construit une infrastructure autour de l’économie des créateurs elle-même. King partage sa newsletter "Daily Dose of Creative Momentum" sur LinkedIn et Substack.
Il est le fondateur de Crea8torium, un écosystème centré sur les créateurs qui fournit des informations, des outils, des analyses, des communautés, des ateliers, des masterclasses et des produits numériques. Son programme phare, le Crea8torium Show, animé par Salem King et Adaora "Lumina" Mbelu, a attiré des centaines de milliers de vues et d’écoutes, tandis que la communauté au sens large a dépassé 50,000 personnes sur plusieurs plateformes. Cette entreprise représente une autre étape de l’économie des créateurs : le créateur n’est plus seulement le talent, il bâtit aussi des entreprises autour d’autres créateurs.
Taaooma — Chop Tao et The Greenade Company
Taaooma a clairement indiqué que sa mère et les expériences quotidiennes de parents africains sont ses principales sources d’inspiration, qu’elle retravaille à travers sa propre interprétation créative. Si elle s’est fait connaître par la comédie, ses entreprises montrent que ses ambitions vont bien au-delà des sketches.
Elle est la fondatrice de Chop Tao, une entreprise alimentaire, et également la directrice de The Greenade Company, une société de cinématographie. Cette combinaison est révélatrice. L’une l’emmène vers l’alimentation et l’hôtellerie, tandis que l’autre est directement liée aux mécanismes de production derrière la création de contenu. Taaooma monétise ainsi les deux dimensions de son identité créative : l’audience qui regarde son contenu et l’expertise créative qui rend ce contenu possible.
Aproko Doctor — AwaDoc
Aproko Doctor, de son vrai nom Chinonso Egemba, est devenu l’un des communicateurs santé les plus connus du Nigeria en utilisant les réseaux sociaux pour rendre l’information médicale plus compréhensible. Il a depuis mis cette expertise au service de l’entrepreneuriat en cofondant AwaDoc, une plateforme de santé numérique qui utilise un chatbot WhatsApp alimenté par l’IA pour offrir aux patients une assistance médicale instantanée tout en aidant les prestataires à améliorer l’engagement des patients et leur efficacité.
AwaDoc a été lancée en avril 2025 et a obtenu 500,000 dollars de financement pre-seed trois mois plus tard. Ce mouvement s’inscrit dans une progression naturelle, allant de l’éducation du public sur la santé en ligne à l’utilisation de la technologie pour faciliter l’accès aux soins.
Adeife Adeoye — Remote WorkHER
La trajectoire d’Adeife Adeoye montre qu’un créateur n’a pas nécessairement besoin de vendre un produit physique pour devenir entrepreneur. Elle a fondé Remote WorkHER pour aider les femmes à accéder à des emplois à distance, à développer des carrières internationales et à construire des opportunités professionnelles en ligne. La plateforme s’est depuis étendue au-delà du contenu en ligne pour inclure des ateliers, des ressources, une communauté et un accompagnement de carrière.
Dans ce modèle, l’expertise du créateur devient elle-même le produit, ce qui le distingue du simple fait d’être payé pour promouvoir le produit de quelqu’un d’autre. Son audience l’a d’abord découverte sur les réseaux sociaux, lorsqu’elle documentait son parcours de freelance. La relation a ensuite évolué vers un cours, puis vers des demandes de consultation, avant de devenir la communauté et l’entreprise qu’elle a bâties. Cela reflète une évolution plus large dans l’économie des créateurs au Nigeria : les créateurs se demandent désormais non seulement « Combien de personnes ont regardé cela ? », mais aussi « Que puis-je construire avec les personnes qui l’ont regardé ? »
Samuel Banks — SB Glasses et des activités de restauration
Samuel Bankole, plus connu sous le nom de Samuel Banks, s’est positionné comme bien plus qu’un simple auteur de sketches. Son contenu se situe à l’intersection de la comédie, de la mode, du lifestyle, de la création de personnages et du marketing d’influence. Son passage à l’entrepreneuriat l’a conduit du sketch à des entreprises de consommation physiques.
Il a lancé sa marque de lunettes, SB Glasses, en mai 2026, tout en se lançant aussi dans la restauration en Afrique du Sud. Bien entendu, être créateur de contenu ne garantit pas automatiquement le succès commercial : un restaurant a toujours besoin d’une bonne cuisine et d’un bon service, et une marque de lunettes a toujours besoin de produits de qualité et d’une distribution fiable.
Toke Makinwa — TM Luxury et TM Beauty
La carrière de Toke Makinwa s’est longtemps située à l’intersection des médias, du divertissement, de la mode et du lifestyle. Elle a aussi transformé sa marque personnelle en entreprises de consommation. Avec TM Luxury, elle est entrée sur le marché des sacs en 2017, tandis que TM Beauty a élargi ses intérêts entrepreneuriaux aux parfums.
La carrière de Makinwa en a fait une figure reconnaissable de la culture populaire nigériane, et TM Luxury et TM Beauty lui permettent de convertir cette notoriété en produits qu’elle possède, en captant la valeur de la vente plutôt qu’en se contentant de promouvoir les offres d’autrui.
Ola of Lagos — OOL Autos et OOL Properties
Peu de créateurs nigérians illustrent aussi bien la valeur commerciale de la personnalité qu’Ola of Lagos. Connu pour ses rencontres énergiques avec des propriétaires de voitures de luxe, Ola a transformé le contenu automobile en une marque personnelle reconnaissable. Sa passion pour les voitures était déjà au cœur de son contenu, de sorte que son entrée dans les affaires était une suite naturelle.
Il est désormais CEO de OOL Autos et OOL Properties, intégrant sa relation avec les automobiles de luxe et l’immobilier dans ses propres entreprises. La transition est particulièrement directe : les voitures qui constituaient autrefois son contenu font désormais partie de l’entreprise qu’il dirige.
Hilda Baci — My Food by Hilda
L’histoire d’Hilda Baci montre comment un créateur peut bâtir une entreprise autour d’un intérêt déjà central dans son contenu. Son contenu culinaire a contribué à établir son identité de cheffe avant que son cookathon de 2023 ne la transforme en célébrité mondiale. Mais l’entreprise existait avant le moment viral.
Baci a lancé My Food by Hilda en février 2020 depuis un petit appartement à Ikate, préparant des repas pour des clients pendant le confinement. Son premier restaurant physique haut de gamme a ouvert en juin 2022. Aujourd’hui, My Food by Hilda est devenue une part majeure de son identité entrepreneuriale. Son histoire montre que la viralité peut accélérer une entreprise, mais ne la crée pas nécessairement. Dans le cas de Baci, l’entreprise existait déjà avant l’événement qui l’a rendue célèbre à l’international.
Fisayo Longe — Kai Collective
Fisayo Longe offre sans doute l’exemple le plus clair d’un créateur transformant une esthétique en ligne en une entreprise de mode évolutive. Longe bloguait déjà sur la mode et les voyages depuis 2012 lorsque ses abonnés ont commencé à demander à acheter les vêtements qu’elle sélectionnait et concevait. Cette demande a finalement conduit à Kai Collective, qu’elle a fondée et lancée en août 2016. L’entreprise est passée d’un désir de son audience à une marque dotée de sa propre identité.
Le nouveau paradigme créateur-entrepreneur
La principale leçon de cette nouvelle génération de créateurs-entrepreneurs nigérians est peut-être que l’objectif n’est plus simplement d’être la marque. Il s’agit d’utiliser la marque que l’on a construite autour de soi pour créer quelque chose qui puisse, à terme, se tenir par lui-même. Pour les créateurs nigérians, la prochaine mesure de l’influence ne sera donc peut-être plus les abonnés, les vues ou les moments viraux, mais ce que ces audiences les aident à construire au-delà du fil d’actualité.