Investir dans la prévention et le traitement des MNT génère des retombées sanitaires et économiques majeures
Points clés
- •Les recherches d'Airfinity pour l'IFPMA estiment qu'environ cinq millions de vies par an pourraient être sauvées dans les pays à revenu faible et intermédiaire grâce à un investissement public supplémentaire en santé équivalent à 1 % du PIB.
- •Selon l'OMS, chaque dollar consacré à des interventions rentables de prévention et de lutte contre les MNT peut produire près de sept dollars de retombées sociales et économiques dans les pays à revenu faible et intermédiaire.
- •Les MNT sont responsables d'environ 41 millions de décès par an dans le monde, et plus de trois quarts de ces décès surviennent dans les pays à revenu faible et intermédiaire.
- •Aux Philippines, une étude de cas d'investissement OMS-PNUD a estimé que les MNT coûtaient à l'économie 756,5 milliards de pesos par an, soit environ 4,8 % du PIB en 2017.
- •L'article indique que des soins de santé primaires renforcés, une couverture sanitaire universelle et un financement durable sont essentiels pour améliorer la prévention, le diagnostic et le traitement des MNT.

Investir dans la prévention et le traitement des maladies non transmissibles (MNT) rapporte d'énormes dividendes, selon des recherches qui quantifient les retombées sanitaires et économiques d'un accroissement des dépenses de santé dans les pays à revenu faible et intermédiaire.
Les recherches menées par la société de données et d'analyse Airfinity, commandées par la Fédération internationale des fabricants et associations pharmaceutiques (IFPMA), estiment que près de cinq millions de vies pourraient être sauvées chaque année dans les pays à revenu faible et intermédiaire (PRFI) grâce à un investissement supplémentaire équivalent à 1 % du produit intérieur brut (PIB) en dépenses publiques de santé, dont au moins 40 % consacrés à des interventions de soins de santé primaires rentables contre les MNT.
L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) estime que chaque dollar investi dans des interventions rentables de prévention et de lutte contre les MNT peut générer près de sept dollars de retombées sociales et économiques dans les PRFI. Ces retombées se manifestent par une réduction des coûts de santé, une amélioration de la productivité de la main-d'œuvre et des sociétés plus saines et plus résilientes.
Les « meilleures interventions » (« Best Buys ») fondées sur des données probantes de l'OMS définissent des mesures rentables ciblant les principaux facteurs de risque de MNT — consommation de tabac, consommation nocive d'alcool, régimes alimentaires malsains et inactivité physique — ainsi que des interventions de détection précoce et de prise en charge des maladies cardiovasculaires, du diabète, des maladies respiratoires chroniques et des cancers. Cette liste est actualisée périodiquement à mesure que de nouvelles données sur le rapport coût-efficacité apparaissent, offrant aux gouvernements un éventail pratique d'options à fort rendement pour leurs budgets de santé.
Un fardeau mondial persistant
Malgré ce dossier d'investissement convaincant, les progrès restent inégaux. Près de deux milliards de personnes dans le monde sont touchées par les MNT, qui demeurent l'une des principales causes de décès prématuré. Les maladies cardiovasculaires telles que les crises cardiaques et les accidents vasculaires cérébraux, les cancers, les maladies respiratoires chroniques, dont la bronchopneumopathie chronique obstructive et l'asthme, ainsi que le diabète représentent plus de 80 % de tous les décès prématurés liés aux MNT dans le monde. L'OMS évalue le bilan global à environ 41 millions de décès dus aux MNT par an — soit environ les trois quarts de tous les décès dans le monde —, plus de trois quarts de ces décès survenant dans les PRFI. Ce fardeau est également inscrit à l'ordre du jour du développement mondial : la cible 3.4 des Objectifs de développement durable appelle les pays à réduire d'un tiers la mortalité prématurée due aux MNT d'ici 2030.
Le fardeau est particulièrement lourd dans les PRFI, où les MNT infligent un tribut humain, social et économique considérable. Aux Philippines, une étude de cas d'investissement menée par l'OMS et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a révélé que près de sept décès sur 10 étaient causés par des MNT et que les Philippins avaient presque une chance sur trois de mourir prématurément entre 30 et 70 ans de l'une des quatre principales MNT.
L'étude de cas d'investissement OMS-PNUD a estimé que les MNT coûtaient chaque année 756,5 milliards de pesos à l'économie philippine, soit environ 4,8 % du PIB en 2017. Ce chiffre comprend les coûts directs du traitement, des soins et de la couverture sociale, ainsi que les coûts indirects bien plus élevés résultant des décès prématurés, des pertes de main-d'œuvre, de l'absentéisme et de la baisse de productivité. De manière significative, les coûts économiques indirects ont été estimés environ neuf fois supérieurs aux coûts directs.
L'ampleur de ces coûts indirects illustre pourquoi les MNT ne peuvent être considérées simplement comme une question de santé. Lorsque des personnes tombent gravement malades pendant leurs années les plus productives sur le plan économique, les conséquences dépassent le cadre des patients et de leurs familles. Les employeurs perdent des travailleurs productifs, les revenus des ménages pâtissent, les systèmes de santé font face à une demande accrue et l'économie perd du capital humain.
Prévention et traitement conjugués
Modifier la trajectoire clinique, économique et sociétale des MNT exige donc un investissement soutenu et stratégique. Cela signifie renforcer les systèmes de santé tout en investissant sur l'ensemble du continuum de prévention, de dépistage, de diagnostic, de traitement et de prise en charge à long terme des maladies.
Investir dans les MNT ne devrait pas signifier choisir entre la prévention et le traitement ; un système de santé efficace doit faire les deux. Réduire la consommation de tabac, la consommation nocive d'alcool, les régimes alimentaires malsains et l'inactivité physique peut diminuer le risque de maladie. La vaccination peut prévenir certains cancers et d'autres maladies. Le dépistage et le diagnostic précoce permettent d'identifier les affections avant l'apparition de complications, tandis qu'un accès opportun à des médicaments de qualité et à un traitement approprié peut prévenir le handicap, l'hospitalisation et le décès prématuré.
Pour les Philippines, le renforcement des soins de santé primaires revêt une importance particulière. La couverture sanitaire universelle (CSU) — ancrée dans la loi sur la couverture sanitaire universelle (Republic Act No. 11223), promulguée en 2019, qui inscrit automatiquement tous les Philippins au programme national d'assurance maladie — offre la possibilité de passer progressivement d'un système qui intervient souvent lorsque les personnes sont déjà gravement malades à un système qui prévient la maladie, identifie les risques plus tôt et prend en charge les affections chroniques de manière continue.
Des programmes comme YAKAP de PhilHealth peuvent contribuer à cette transformation en élargissant l'accès aux consultations de soins primaires, au dépistage et à la détection précoce, et en orientant les patients diagnostiqués vers des médicaments et des traitements appropriés. Plus l'hypertension, le diabète, les risques de cancer et d'autres affections chroniques sont détectés et pris en charge efficacement et tôt, plus grandes sont les chances d'éviter des complications coûteuses et de préserver la qualité de vie et la productivité des personnes.
Financer la riposte
Un investissement accru exige toutefois un financement durable. Les Philippines continuent de faire face à des demandes concurrentielles importantes sur les ressources publiques, ce qui rend d'autant plus nécessaire que les dépenses de santé soient appréciées à l'aune de la valeur économique et sociale qu'elles génèrent. Le projet de loi n° 1973 (House Bill No. 1973), actuellement en instance à la Chambre des représentants, propose d'imposer une dotation annuelle équivalente à au moins 5 % du PIB pour les services publics de santé. Quels que soient les mécanismes de financement finalement adoptés, l'augmentation des ressources doit s'accompagner de la garantie qu'elles sont allouées efficacement à des interventions produisant des résultats sanitaires mesurables.
Pour mieux comprendre comment les pays peuvent surmonter les obstacles au financement, l'IFPMA a mandaté le cabinet de conseil international Charles River Associates (CRA) afin d'examiner des études de cas d'investissement dans les MNT, d'identifier les facteurs facilitateurs et de formuler des recommandations politiques susceptibles d'aboutir à de meilleurs résultats cliniques, économiques et sociétaux.
Le rapport, intitulé « Health system financing architecture: Leverage the opportunities from investing in NCDs » (« Architecture du financement des systèmes de santé : saisir les opportunités de l'investissement dans les MNT »), s'appuie sur une combinaison de revue de la littérature, d'analyse d'études de cas et d'entretiens avec des parties prenantes clés. L'une de ses études de cas portait sur la loi philippine dite « Sin Tax Law », la loi de réforme des taxes sur le tabac et l'alcool (Republic Act No. 10351) adoptée en 2012, qui a restructuré les droits d'accise sur le tabac et l'alcool et affecté une part substantielle des recettes additionnelles qui en ont découlé à des programmes de santé, notamment l'élargissement de la couverture d'assurance des ménages pauvres. L'expérience philippine est particulièrement instructive car elle montre comment les politiques fiscales et sanitaires peuvent se renforcer mutuellement.
Pour les Philippines, ces recommandations soulignent l'importance de poursuivre la mise en œuvre de la CSU tout en renforçant les soins de santé primaires et en améliorant la manière dont les ressources de santé sont allouées et mesurées. De meilleures données peuvent aider les décideurs à identifier les interventions offrant les plus grandes retombées sanitaires et économiques, tandis qu'une collaboration plus étroite entre le gouvernement, les prestataires de soins, les associations de patients, le secteur privé et les partenaires au développement peut aider à traduire les politiques en meilleurs résultats pour les patients.
Le rôle de l'industrie
L'industrie pharmaceutique s'engage à travailler avec le gouvernement et les autres parties prenantes clés pour apporter des approches innovantes en matière de prévention et de prise en charge des MNT, combler les lacunes en matière de diagnostic et de traitement, et accélérer les progrès vers la CSU et les Objectifs de développement durable. L'industrie contribue par la recherche et l'innovation, les médicaments et les vaccins, les partenariats, le renforcement des systèmes de santé, ainsi que des initiatives politiques, de plaidoyer et de communication qui soulignent l'importance d'investir dans la prévention et la prise en charge des MNT.
Pour un pays qui s'efforce d'atteindre la CSU tout en maintenant sa croissance économique, investir dans la prévention et le traitement des MNT n'est pas une simple dépense de santé. C'est un investissement dans le capital humain, la productivité et la résilience économique.
Teodoro B. Padilla est directeur exécutif de la Pharmaceutical and Healthcare Association of the Philippines, qui représente l'industrie des médicaments biopharmaceutiques et des vaccins dans le pays. Ses membres sont à l'avant-garde du développement, de l'investissement et de la fourniture de médicaments, de vaccins et de diagnostics innovants afin que les Philippins puissent vivre en meilleure santé et de manière plus productive.