Czeslaw Milosz sur les différences entre le capitalisme américain et le capitalisme européen
Points clés
- •Milosz oppose le capitalisme américain au capitalisme européen, décrivant le premier comme ouvert et expansif, et le second comme profondément formalisé et structuré par les classes.
- •Il affirme que la disposition des États-Unis à mobiliser le capital privé a contribué à créer un vaste secteur consacré à la recherche et à l’université.
- •Le passage indique que des milliards de dollars ont été investis dans les universités, les instituts de recherche et les laboratoires américains.
- •Milosz écrit que l’Europe occidentale n’a pas construit de secteur équivalent parce que le capital y était détenu plus prudemment et que l’éducation y était longtemps réservée à une élite étroite.

Czeslaw Milosz a écrit que le capitalisme européen et le capitalisme américain étaient différents. Selon lui, la violence des affrontements humains en Amérique se produisait en surface, au grand jour, tandis qu’en Europe elle s’était formalisée et confondue avec des divisions de classe sanctifiées par des siècles d’histoire. Il décrivait cette violence comme intériorisée, enracinée, ou intégrée, pour ainsi dire.
Milosz soutenait que le capitalisme américain reposait sur l’audace, l’ingéniosité, la largesse et le gaspillage, alors que le capitalisme européen reposait sur une seule passion puissante : l’avarice. Il affirmait que ces schémas, qui selon lui perdurent encore, expliquent en partie pourquoi les États-Unis ont réussi à créer un vaste nouveau secteur de l’économie, adapté à des besoins devenus de plus en plus manifestes à l’approche du XXIe siècle : le secteur des universités, des instituts de recherche et des laboratoires, dans lesquels des milliards de dollars ont été investis.
À l’inverse, écrivait-il, l’Europe occidentale, où l’éducation avait longtemps été le privilège d’une élite étroite, n’a rien produit de comparable. Selon Milosz, la prodigalité du capital privé en Amérique a rendu possibles les débuts de ce secteur, puis l’argent public s’y est ajouté à l’étape suivante. Il disait que l’avarice du capital en Europe avait en pratique empêché la mise en place des fondations d’un tel secteur, et il doutait que les trésors publics puissent un jour combler l’écart grandissant. Ce passage renvoie aussi à un changement historique plus large : dans le récit de Milosz, le complexe moderne recherche-université n’était pas seulement une question de politique publique, mais le résultat d’interactions différentes entre capital privé, accès élitiste et soutien de l’État des deux côtés de l’Atlantique.
Ce passage provient de Visions from San Francisco Bay de Czeslaw Milosz.