Le secrétaire au Commerce Lutnick chargé d'examiner les contrats du Pentagone liés à Cerberus Capital
Points clés
- •Le département de la Défense a chargé le secrétaire au Commerce Howard Lutnick d'examiner les transactions du Pentagone impliquant des entreprises liées à Cerberus Capital Management.
- •Stephen Feinberg, cofondateur et ancien PDG de Cerberus, est secrétaire adjoint à la Défense depuis mars 2025 ; il a cédé ses participations personnelles mais conserve des actifs dans des fiducies familiales profitant à son foyer.
- •Des entreprises liées à Cerberus ont obtenu des contrats du Pentagone sous le mandat de Feinberg, dont un contrat de tests d'armes hypersoniques de 90,8 millions de dollars pour Stratolaunch début 2025 et une implication dans le programme de défense antimissile Golden Dome évalué à plus de 185 milliards de dollars.
- •Les anciens cadres de Cerberus George Kollitides et David Lorch occupent désormais des postes de haut niveau au Pentagone supervisant les fonctions d'investissement et d'achat.
- •La sénatrice Elizabeth Warren a envoyé plusieurs lettres au DoD demandant de la transparence sur les contrats liés à Cerberus, et le propre parcours de Lutnick comme ancien cadre financier soulève des questions sur l'indépendance de l'examen.

Le secrétaire au Commerce Howard Lutnick s'est vu confier une mission supplémentaire inhabituelle : examiner les transactions entre le Pentagone et les entreprises liées à Cerberus Capital Management. Cette désignation émane du département de la Défense, selon un responsable américain, plaçant Lutnick au cœur de l'une des situations de conflit d'intérêts les plus complexes de Washington.
Le fait que cette tâche ait été confiée à Lutnick plutôt qu'à quelqu'un au sein du DoD touche au cœur du problème. Stephen Feinberg, qui a cofondé Cerberus et dirigé la firme en tant que PDG, occupe depuis mars 2025 le poste de secrétaire adjoint à la Défense — la deuxième fonction la plus élevée du Pentagone.
Le facteur Feinberg
Feinberg a bien cédé ses participations personnelles chez Cerberus en prenant ses fonctions. Les critiques se concentrent toutefois sur ce qu'il n'a pas cédé : des actifs détenus dans des fiducies familiales qui continuent de profiter aux membres de son foyer.
La sénatrice Elizabeth Warren figure parmi les critiques les plus virulentes, ayant envoyé plusieurs lettres au DoD exigeant davantage de transparence sur les contrats liés à des entreprises affiliées à Cerberus et réclamant une séparation plus nette entre Feinberg et les décisions d'achat. Des entreprises liées à Cerberus ont obtenu des contrats significatifs du Pentagone depuis la prise de fonctions de Feinberg.
Stratolaunch, une entreprise liée à l'orbite de Cerberus, a reçu début 2025 un contrat de 90,8 M$ pour des travaux de tests d'armes hypersoniques. Le Golden Dome, initiative de défense antimissile dont le programme est évalué à plus de 185 Md$, a également suscité des scrutinies en raison de l'implication d'entités liées à Cerberus dans son circuit de contractualisation.
Le chevauchement de personnel aggrave encore la perception. George Kollitides et David Lorch, tous deux anciens cadres de Cerberus, occupent désormais des postes de haut niveau au Pentagone supervisant les fonctions d'investissement et d'achat — précisément les domaines où les entreprises affiliées à Cerberus cherchent et obtiennent des contrats.
Un Pentagone qui raisonne comme un fonds de private equity
Le DoD a activement développé des stratégies d'investissement calquées sur les mécanismes du private equity, avec des programmes visant jusqu'à 200 Md$ de déploiement. Des critiques bipartisanes ont suivi, des parlementaires s'interrogeant sur la possibilité que la nouvelle posture d'investissement du Pentagone crée des incitations structurelles poussant les initiés à orienter les contrats vers des entreprises qu'ils connaissent bien.
La nomination de Lutnick comme responsable de l'examen est la réponse du DoD à cette préoccupation, du moins en ce qui concerne la question spécifique de Cerberus. En désignant quelqu'un d'extérieur pour scrutiniser ces transactions, le Pentagone crée au moins une couche de séparation entre le bureau de Feinberg et les contrats touchant son ancienne firme. Cet arrangement soulève toutefois ses propres questions : Lutnick est lui-même un ancien cadre fortuné du secteur financier — il a présidé la banque d'affaires Cantor Fitzgerald avant d'entrer au Cabinet — ce qui signifie que le mécanisme d'examen des conflits repose sur un responsable du département du Commerce plutôt que sur un organisme de surveillance indépendant ou un organe d'éthique institutionnel.
Cerberus est une grande société de private equity dont les participations s'étendent aux contractants de la défense, aux services financiers et aux entreprises industrielles. La firme n'est pas novice dans les imbroglios de haut niveau à Washington — elle détenait auparavant DynCorp International, un important contractant de la défense, et a attiré l'attention du Congrès pendant la crise financière de 2008 en raison de sa participation dans Chrysler Financial. Déterminer quelles entités comptent comme associées à Cerberus aux fins de cet examen nécessite une analyse structurelle de ce vaste réseau d'entreprises affiliées.
Pour Feinberg, cet examen ajoute une gêne institutionnelle à un rôle politiquement sensible dès le départ. Sa confirmation s'est faite malgré les objections selon lesquelles les mesures d'atténuation des conflits d'intérêts étaient insuffisantes, et les contrats attribués par la suite ont fait peu pour faire taire ces objections.
Le programme Golden Dome, avec son plafond de plusieurs centaines de milliards de dollars, représente un long horizon de contrats potentiels futurs. L'examen de Lutnick, s'il produit des conclusions documentées, pourrait soit dissiper les doutes, soit confirmer les préoccupations qui s'accumulent depuis mars 2025. À suivre : la publication ou non du périmètre et des conclusions de l'examen, la réaction de Warren et d'autres parlementaires, et l'extension éventuelle de dispositifs similaires d'examen externe à d'autres anciens dirigeants du secteur qui façonnent désormais les achats du Pentagone.