L'Iran qualifie les nouvelles sanctions américaines de signe de désespoir alors que la paralysie du trafic maritime à Ormuz persiste
Points clés
- •Le secrétaire au Trésor américain Scott Bessent doit annoncer lundi de nouvelles sanctions contre l'Iran, qu'il décrit comme les plus dures de l'histoire.
- •Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araqchi, a rejeté les sanctions brandies, estimant que la pression économique exercée par le passé n'a pas réussi à faire évoluer la position de Téhéran.
- •La commission parlementaire iranienne de la Sécurité nationale et de la Politique étrangère a approuvé un article permettant à l'État de percevoir des frais pour des services de navigation, environnementaux, d'avitaillement, d'assurance et de sécurité auprès des navires traversant le détroit d'Ormuz.
- •Le détroit d'Ormuz, qui assure normalement le transit d'environ un cinquième du pétrole échangé dans le monde, reste effectivement fermé aux pétroliers non autorisés, contribuant à maintenir une prime de risque géopolitique dans les prix du pétrole.
- •Le chef d'état-major de l'armée pakistanaise, Asim Munir, doit se rendre à Téhéran dans le cadre des efforts de médiation dans ce conflit de six mois.

Téhéran a qualifié la menace de nouvelles sanctions de Washington de reprise désespérée de mesures ayant échoué, alors même qu'il s'emploie à formaliser un régime de frais de transit dans le détroit d'Ormuz, cette voie d'eau stratégique restant effectivement fermée aux pétroliers non autorisés.
Le secrétaire au Trésor américain Scott Bessent doit tenir une conférence de presse lundi après-midi, au cours de laquelle il devrait annoncer de nouvelles sanctions contre l'Iran, qu'il a décrites comme les « sanctions les plus dures de l'histoire » prises à l'encontre de la République islamique.
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araqchi, a rejeté dimanche les mesures brandies, déclarant qu'elles échoueraient à faire plier Téhéran, tout comme les sanctions précédentes, selon Reuters. Il a présenté l'annonce imminente comme la reprise de tactiques ayant échoué, estimant que le retour de Washington à la pression économique, après s'être écarté de l'action militaire, révélait une faiblesse plutôt qu'une force. M. Araqchi a appelé les États-Unis à engager un dialogue avec l'Iran sur une base plus égalitaire, affirmant que Téhéran n'a pas cédé aux blocus ni à la pression militaire et n'attend pas de cette dernière mesure qu'elle change ce calcul.
Cette nouvelle campagne de pression intervient alors que l'économie iranienne est déjà mise à rude épreuve par les sanctions existantes et par près de six mois de guerre, déclenchée fin février lorsque les États-Unis et Israël ont lancé des frappes contre le pays. Téhéran a déjà traversé une intense pression économique américaine par le passé, notamment la campagne de « pression maximale » lancée après le retrait de Washington de l'accord nucléaire de 2015 en 2018, qui avait ramené les exportations iraniennes de pétrole à des plus bas niveaux sur plusieurs décennies sans toutefois les interrompre totalement.
Malgré ce coût, Téhéran a tenu sa position dans le détroit d'Ormuz, ramenant le trafic des pétroliers dans ce couloir pétrolier vital à une quasi-impasse en refusant le passage aux pétroliers non autorisés. Ormuz est le point d'étranglement pétrolier le plus important au monde : large d'environ 21 miles en son point le plus étroit, il assure normalement le transit d'environ un cinquième du pétrole échangé dans le monde — soit quelque 20 millions de barils par jour — et d'environ un cinquième du gaz naturel liquéfié transporté par voie maritime dans le monde, dont la majeure partie provient du Qatar. Le détroit reste effectivement fermé aux navires dépourvus de l'autorisation de l'Iran, et ce blocus a constitué un facteur important de la hausse des prix mondiaux du pétrole.
L'application de la réglementation s'accompagne désormais d'une monétisation. L'Autorité iranienne du détroit du golfe Persique a averti que les navires violant les dispositifs de transit qu'elle a déclarés s'exposent à des amendes, à une saisie ou à une confiscation, et que les navires venant en aide, via des transferts navire à navire, à des pétroliers figurant sur la liste noire risquent eux aussi d'y être inscrits. Par ailleurs, la commission parlementaire iranienne de la Sécurité nationale et de la Politique étrangère a approuvé l'article 3 d'un projet de loi sur le détroit, qui permettrait à l'État de percevoir des frais pour des services de navigation, environnementaux, d'avitaillement, d'assurance et de sécurité auprès des navires qui le traversent. Ces frais proposés viendraient s'ajouter à un cadre juridique de longue date régissant cette voie d'eau, où les navires commerciaux bénéficient normalement du passage en transit en vertu de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer — traité que l'Iran a signé mais jamais ratifié.
Prises dans leur ensemble, ces mesures indiquent que Téhéran se positionne comme un gardien officiel du trafic d'Ormuz plutôt que comme un simple obstacle. La progression du projet de loi sur les frais au Parlement suggère que l'Iran évolue vers un contrôle formalisé et monétisé de cette voie d'eau plutôt que vers une perturbation purement liée à la guerre, ce qui accroît la probabilité que cette situation devienne un coût semi-permanent imposé au transport maritime dans le golfe plutôt qu'une mesure qui se déferait en même temps que le conflit.
Pour les marchés pétroliers, la quasi-impasse du transport maritime à Ormuz maintient une prime de risque géopolitique intégrée aux prix du pétrole, et les opérateurs devraient rester prudents à l'approche de l'annonce de lundi de Washington sur les nouvelles sanctions. Les coûts de fret et d'assurance des pétroliers traversant le détroit devraient rester élevés, quel que soit l'issue de la décision concernant les sanctions.
Le président Trump a averti que tout pays offrant une « bouée de sauvetage » économique à l'Iran devrait en subir les conséquences, un message visant en partie la Chine, qui a acheté plus de 80 pour cent du pétrole exporté par l'Iran en 2025, selon la société d'analyse Kpler. Tout signe que la Chine, premier acheteur de brut iranien, s'engagerait à se conformer à la pression américaine serait interprété comme un décalage potentiel côté offre, même si la préférence affichée publiquement par Pékin pour une résolution diplomatique laisse penser qu'elle a peu d'appétit pour ce faire à court terme. Pékin a publiquement appelé à ce que le conflit soit résolu par la diplomatie.
Le Pakistan a pris un rôle de médiateur dans ce conflit de six mois, et les marchés observeront ses efforts pour y déceler tout signe d'une issue diplomatique susceptible d'atténuer la prime de risque intégrée aux prix du pétrole. Le chef d'état-major de l'armée pakistanaise, Asim Munir, doit se rendre à Téhéran dans le cadre de ces efforts de médiation, afin d'évoquer les évolutions récentes, y compris la menace de nouvelles sanctions.
Les responsables iraniens ont envoyé des signaux contradictoires sur la voie à suivre. Le président du Parlement, Mohammad Baqer Qalibaf, a évoqué l'intérêt des États voisins pour de nouveaux arrangements régionaux en matière de sécurité et d'économie, tout en accusant Washington de privilégier la sécurité d'Israël par rapport à celle de ses propres alliés régionaux. Le président Masoud Pezeshkian, en revanche, a continué d'appeler à une solution diplomatique pour sortir de ce bras de fer, estimant que l'Iran négocie depuis une position de force plutôt que de faiblesse.
Par ailleurs, un rapport publié vendredi semble devoir compliquer tout mouvement vers un accord entre les deux parties : L'Iran prépare des frappes pétrolières pour nuire à Trump avant les élections de mi-mandat, affirme un responsable.
Avec de nouvelles sanctions attendues lundi, un régime de frais de transit en cours d'examen au Parlement iranien et l'effort de médiation du Pakistan toujours en cours, les jours à venir devraient déterminer si la pression économique, le contrôle formalisé du détroit ou la diplomatie fixera les termes de la prochaine phase du bras de fer entre Téhéran et Washington.