Les prix de l'électricité en France bondissent de 22 % alors que la canicule réduit la production nucléaire
Points clés
- •Les prix français de l'électricité à livraison au lendemain ont bondi de 21,8 % à 164,39 $ le mégawattheure alors qu'une canicule a forcé EDF à réduire sa production nucléaire de 7,3 gigawatts, soit environ 12 % de la capacité totale.
- •Cet épisode constitue au moins le cinquième événement de chaleur extrême à affecter la France depuis juin, une canicule antérieure en milieu d'été ayant déjà provoqué une réduction de 6,4 GW de la production nucléaire.
- •L'énergie nucléaire fournit environ 70 % de l'électricité française, et la réglementation exige que les centrales réduisent leurs opérations lorsque les températures des rivières dépassent les seuils de protection des écosystèmes.
- •La Hongrie et la Roumanie ont également été contraintes d'arrêter des réacteurs ce mois-ci après que le Danube a atteint son niveau le plus bas en 90 ans, la Roumanie faisant sauter des formations rocheuses et coulant des barges remplies de roches pour rediriger l'eau de refroidissement vers sa centrale de Cernavoda.
- •Les perturbations thermiques répétées en Europe exposent un défi structurel du nucléaire, dont la dépendance au refroidissement par eau douce lie la capacité de production à des conditions hydrologiques de plus en plus menacées.

Une nouvelle canicule balayant la France entraîne une réduction de la production d'énergie nucléaire chez le plus grand fournisseur d'électricité nucléaire d'Europe, provoquant une hausse brutale des prix de l'électricité à livraison au lendemain et soulignant la vulnérabilité du système électrique du continent face aux perturbations climatiques.
Les prix français de l'électricité à livraison au lendemain ont bondi de jusqu'à 21,8 %, atteignant 164,39 $ (142,5 €) le mégawattheure (MWh) mardi matin, heure locale, selon les données de LSEG citées par Reuters. Cette envolée survient alors que la production d'énergie nucléaire devait être réduite lors du pic de mi-journée mercredi. La France est généralement le plus grand exportateur net d'électricité d'Europe, et les réductions de sa production nucléaire peuvent se répercuter sur les marchés électriques voisins, notamment l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne, qui dépendent en partie des importations transfrontalières pour équilibrer l'offre.
Les données de l'exploitant de centrales nucléaires EDF ont montré que la France verrait sa production nucléaire réduite de 7,3 gigawatts (GW) mercredi, soit environ 12 % de la capacité totale. Cette réduction intervient dans le contexte de la canicule de cette semaine, qui constitue au moins le cinquième épisode de chaleur extrême à frapper le pays depuis juin.
En France, l'énergie nucléaire représente environ 70 % du mix électrique. Les prix de l'électricité subissent une pression à la hausse sur deux fronts : la réduction de la production nucléaire, en raison des niveaux d'eau des rivières utilisées pour refroidir les réacteurs qui deviennent trop bas ou trop chauds, et l'augmentation de la consommation d'électricité entraînée par la canicule elle-même. La réglementation française exige que les centrales nucléaires limitent ou interrompent leurs opérations lorsque les températures des rivières dépassent les seuils fixés pour protéger les écosystèmes aquatiques, et EDF a périodiquement obtenu des dérogations temporaires pour continuer à fonctionner dans des conditions restreintes.
La France a déjà été contrainte de réduire sa production nucléaire à plusieurs reprises lors des canicules prolongées et intenses de cet été. Vers le milieu du mois dernier, la production nucléaire a été amputée de 6,4 GW lors d'une canicule qui a fait monter les températures des rivières et limité la capacité des centrales à puiser de l'eau de refroidissement. Ces réductions récurrentes surviennent après plusieurs années de défis opérationnels pour le parc de 56 réacteurs d'EDF, notamment des arrêts prolongés pour maintenance et la découverte de corrosions sous contrainte qui ont considérablement réduit la production en 2022.
Les canicules ont également perturbé la production d'énergie nucléaire en Europe centrale et orientale. La Hongrie et la Roumanie ont toutes deux été contraintes d'arrêter des réacteurs dans leurs uniques centrales nucléaires respectives ce mois-ci, en raison du niveau du Danube atteignant son plus bas en 90 ans.
En Hongrie, l'une des turbines de la centrale nucléaire de Paks a repris la production d'électricité lundi, alors que le niveau du Danube remontait légèrement, grâce aux précipitations en Autriche.
La Roumanie a pris des mesures plus radicales. La semaine dernière, les autorités ont fait sauter une formation rocheuse sur le Danube et coulé des barges remplies de roches pour dévier le cours du fleuve, garantissant ainsi une quantité d'eau de refroidissement suffisante pour les réacteurs de l'unique centrale nucléaire du pays, située à Cernavoda.
Les réductions répétées liées à la chaleur dans plusieurs pays mettent en évidence un défi structurel pour l'énergie nucléaire en Europe : si les réacteurs fournissent de grandes quantités d'électricité de base à faible émission de carbone, leur dépendance à l'eau douce pour le refroidissement lie leur production à des conditions hydrologiques que les climatologues projettent comme étant de plus en plus menacées par des canicules plus fréquentes et plus intenses.
Par Michael Kern pour Oilprice.com