Destry Damayanti s'apprête à devenir la première femme à la tête de la Banque d'Indonésie
Points clés
- •Destry Damayanti, arrivée à la Banque d'Indonésie en 2019 comme gouverneure adjointe principale après avoir été économiste en chef de Bank Mandiri, dirige la banque centrale par intérim depuis la démission de Perry Warjiyo le 27 juillet.
- •La Commission XI du Parlement conduira un test d'éligibilité le 13 août, un vote en séance plénière étant attendu le 14 août, et aucun candidat indonésien à la tête de la banque centrale n'a été rejeté par le Parlement depuis 2008.
- •La roupie indonésienne s'est appréciée à la suite de la nomination, signe que les investisseurs anticipent une continuité de la politique monétaire plutôt qu'une rupture.
- •Si elle est confirmée, Damayanti deviendrait la première femme à diriger durablement la Banque d'Indonésie depuis la fondation de l'institution en 1953, ce qui placerait l'Indonésie aux côtés d'économies comme la zone euro où une femme dirige la banque centrale.
- •Damayanti hériterait d'un taux directeur de 5,75 %, fixé par une baisse d'un quart de point en mai 2025, tandis que le mandat de la Banque d'Indonésie repose sur la stabilité de la roupie, couvrant à la fois l'inflation et le taux de change.

L'Indonésie se trouve au seuil d'un jalon attendu depuis 73 ans. Le 10 août, le président Prabowo Subianto a proposé Destry Damayanti comme seule candidate au poste de gouverneure de la Banque d'Indonésie, la plaçant en position de devenir la première femme à diriger durablement la banque centrale depuis sa fondation en 1953, issue de la nationalisation de la banque coloniale néerlandaise d'époque Bank of Java.
La nomination fait suite à la démission de Perry Warjiyo, qui a quitté ses fonctions le 27 juillet après avoir exercé celles de gouverneur depuis mai 2018. Son départ intervient deux ans après le début d'un second mandat de cinq ans qui devait courir jusqu'en 2028. Damayanti dirige l'institution en tant que gouverneure par intérim depuis son départ, et une confirmation par le Parlement rendrait sa nomination définitive.
Une voie claire vers la confirmation
Le processus parlementaire avance rapidement. Un test d'éligibilité et de conformité devant la Commission XI, la commission de la Chambre des représentants chargée des finances, est prévu le 13 août, et un vote en séance plénière est attendu le 14 août. Pour rappel historique, aucun candidat au poste de dirigeant de la banque centrale n'a été rejeté par le Parlement indonésien depuis 2008.
Damayanti, née le 16 décembre 1963, a construit une carrière à la fois dans le secteur privé et au sein de la banque centrale. Avant de rejoindre la Banque d'Indonésie comme gouverneure adjointe principale en 2019, elle a été économiste en chef de Bank Mandiri, l'une des plus grandes banques publiques du pays. Elle a été reconduite dans ses fonctions de gouverneure adjointe principale en 2024, ce qui a consolidé sa position de successeuse la plus évidente de Warjiyo.
Le départ de Warjiyo a été attribué à des raisons personnelles, une explication générale qui a néanmoins ouvert la voie à une transition remarquablement fluide.
Les marchés réagissent
Les marchés financiers ont réagi positivement à la nomination de Damayanti. La roupie indonésienne s'est appréciée à l'annonce de sa candidature, un signe que les investisseurs voient dans ce changement de direction une continuité plutôt qu'une rupture.
Cette continuité a une dimension politique concrète. Le mandat de la Banque d'Indonésie repose sur le maintien de la stabilité de la roupie, une mission qui couvre à la fois l'inflation et le taux de change, et la future gouverneure hérite d'un taux directeur de 5,75 %, niveau fixé par une baisse d'un quart de point en mai 2025. Si elle est confirmée, elle commencerait également son mandat sous un président qui s'est publiquement fixé un objectif de croissance économique annuelle de 8 %, et ses premières décisions de taux montreraient comment le mandat de stabilité sera appliqué dans ce contexte.
Cette nomination revêt une importance qui dépasse largement la politique monétaire. L'Indonésie, économie du G20 forte de plus de 270 millions d'habitants, n'a jamais eu de femme à la tête de sa banque centrale. Dans un pays où les femmes restent sous-représentées aux plus hauts postes de direction économique, cette nomination marque une rupture notable avec le précédent — et elle placerait l'Indonésie parmi les économies où une femme occupe le poste le plus élevé d'une banque centrale, une liste qui comprend la Banque centrale européenne sous la direction de Christine Lagarde.
Le parcours de Damayanti vers ce poste s'est distingué par son absence de tumulte. Elle n'a été ni une candidate surprise, ni une figure extérieure au système propulsée pour des raisons symboliques. Elle a gravi les échelons de l'institution, passé des années au poste d'adjointe, puis assumé l'intérim lorsque le poste s'est libéré. Les gouverneurs de la Banque d'Indonésie exercent des mandats renouvelables de cinq ans, et une confirmation le 14 août lancerait le décompte de son premier mandat.