La Chine s'impose discrètement comme la force derrière le dernier différend commercial de Trump avec le Canada
Points clés
- •Les responsables américains craignent que l'acier et l'aluminium produits en Chine ne subissent une transformation limitée au Canada ou au Mexique et ne soient comptés comme contenu régional au titre des règles de l'USMCA, ce qui leur donnerait droit à un traitement en franchise de droits.
- •Dans une déclaration conjointe de 2019 mettant fin au différend tarifaire lié à l'article 232, les États-Unis et le Canada se sont engagés à empêcher que l'acier et l'aluminium produits hors de ces deux pays ne soient réexpédiés vers l'un ou l'autre marché.
- •Le Canada restreint certaines importations d'acier en provenance de pays sans accord de libre-échange, dont la Chine, et applique un surcroît de droits de 50 % une fois ces limites dépassées.
- •En mars, la Chine a accepté de rouvrir son marché aux exportations agricoles et de la mer canadiennes telles que le canola, les pois, le homard et le crabe, assouplissant des restrictions instaurées en 2019.
- •Le Canada a supprimé sa surtaxe de 100 % sur les véhicules électriques chinois, instaurée fin 2024, et l'a remplacée par un contingent annuel de 49 000 véhicules au taux tarifaire de la nation la plus favorisée de 6,1 %.

La Chine se trouve au cœur de la dernière confrontation commerciale du président Donald Trump avec le Canada, alors même que le différend se déroule entre deux voisins nord-américains.
Alors que Washington presse Ottawa d'en faire davantage pour empêcher l'acier, l'aluminium et d'autres produits chinois d'atteindre le marché américain par le biais des chaînes d'approvisionnement nord-américaines, le Canada poursuit parallèlement un rapprochement économique avec Pékin — une combinaison qui a ajouté une nouvelle complication à des négociations commerciales déjà tendues.
Le différend repose sur la réexpédition : la pratique consistant à acheminer des marchandises via un pays intermédiaire, parfois après une transformation limitée seulement, avant qu'elles n'atteignent leur marché final. Les responsables américains craignent que l'acier et l'aluminium produits en Chine ou ailleurs ne soient transformés au Canada ou au Mexique, puis n'entrent aux États-Unis en étant comptabilisés comme contenu régional — la désignation qui détermine si les marchandises peuvent bénéficier d'un traitement préférentiel en franchise de droits au titre des règles d'origine de l'Accord États-Unis–Mexique–Canada.
Washington et Ottawa ont déjà été confrontés à ce risque. Dans une déclaration conjointe de 2019 qui a résolu un précédent différend concernant les droits de douane de l'article 232 imposés pour des raisons de sécurité nationale sur l'acier et l'aluminium, les deux pays se sont engagés à empêcher que l'acier et l'aluminium produits hors des États-Unis ou du Canada ne soient réexpédiés vers l'autre pays, et ont indiqué être en mesure de distinguer l'acier fondu et coulé en Amérique du Nord de celui produit ailleurs.
Les partisans d'une politique commerciale dure aux États-Unis estiment désormais que le Canada devrait accepter des garanties plus strictes, alors que Washington cherche à limiter le rôle de la Chine dans les chaînes d'approvisionnement critiques de l'industrie manufacturière.
Le Canada soutient qu'il prend déjà des mesures pour empêcher l'acier étranger d'inonder son marché. Ottawa limite certaines importations d'acier en provenance de pays sans accord de libre-échange, dont la Chine, et applique un surcroît de droits de 50 % une fois ces limites dépassées.
Dans le même temps, le Canada a entrepris de renforcer sa relation commerciale avec Pékin. En mars, la Chine a accepté de rouvrir son marché à plusieurs exportations agricoles et de la mer canadiennes, notamment le canola, les pois, le homard et le crabe — assouplissant des restrictions instaurées en 2019, lorsque la Chine avait suspendu ses achats de canola auprès de grands exportateurs canadiens en invoquant des ravageurs, dans un contexte de fort refroidissement des relations suivi de la détention au Canada de la dirigeante de Huawei Meng Wanzhou à Vancouver, à la suite d'une demande d'extradition des États-Unis. En retour, le Canada a établi un contingent annuel de 49 000 véhicules pour les véhicules électriques chinois au taux tarifaire de la nation la plus favorisée de 6,1 %, supprimant ainsi sa surtaxe précédente de 100 % — un droit qu'Ottawa avait imposé fin 2024, en phase avec les fortes hausses de droits de douane décidées par Washington sur les véhicules électriques chinois.
Ottawa a également prolongé des allègements tarifaires pour certains produits chinois d'acier et d'aluminium dont elle affirme qu'ils sont en pénurie. Les responsables décrivent cet arrangement comme s'inscrivant dans un effort plus large de diversification des relations commerciales du Canada — une préoccupation pressante pour une économie qui envoie environ les trois quarts de ses exportations vers les États-Unis. La Chine est le deuxième partenaire commercial de marchandises du Canada, bien qu'elle demeure loin derrière les États-Unis.
Cet arrangement a alimenté les critiques à Washington, où certains estiment que le Canada va à contresens des efforts de l'administration Trump pour bâtir un bloc commercial nord-américain plus résistant à la Chine.
Pour Trump, la question qui se pose de plus en plus est de savoir si le Canada est prêt à adopter la même approche — ou si sa volonté d'étendre son commerce avec Pékin deviendra une nouvelle ligne de fracture dans une relation déjà tendue.