Les banques centrales repositionnent leurs réserves d'or à Londres alors que les tensions géopolitiques s'intensifient
Points clés
- •De Nederlandsche Bank a transféré 86 tonnes d'or de New York et d'Ottawa vers Londres, invoquant des troubles géopolitiques.
- •Londres a été retenue car elle est le premier centre mondial de négociation d'or physique, maintenant les réserves à proximité d'une liquidité profonde.
- •Les Pays-Bas repositionnent leurs quelque 612 tonnes d'or officiel depuis dix ans, notamment via un rapatriement de 122 tonnes depuis la Fed de New York en 2014.
- •L'or se négociait autour de 4 470–4 490 dollars et l'argent autour de 66 dollars après une frappe américaine signalée en Iran, qui a accru l'incertitude géopolitique.
- •Selon le World Gold Council, les achats d'or des banques centrales avoisinent 1 000 tonnes par an depuis 2022, soit environ le double du rythme de la décennie précédente.

Les banques centrales repositionnent leurs réserves d'or à Londres alors que les tensions géopolitiques s'intensifient
Le gouverneur d'une banque centrale affirme qu'il n'attend jamais à avoir recours à l'or de son pays. Pourtant, son institution a consacré des mois — et de vraies sommes d'argent — à déplacer 86 tonnes de ce métal à travers un océan afin qu'il puisse être mobilisé dès que nécessaire. Cette contradiction est au cœur du sujet.
De Nederlandsche Bank (DNB) a rééquilibré ses réserves d'or en les retirant de New York et d'Ottawa pour les transférer à Londres, invoquant des « troubles géopolitiques ». Toutefois, l'explication la plus complète réside dans un seul mot, enfoui plus bas dans son communiqué de presse.
Cette décision soulève plusieurs questions : que s'est-il réellement passé, pourquoi Londres plutôt qu'un lieu plus proche est devenu la destination, et ce qu'un précédent des années 1930 révèle sur la portée de cette décision. Une pression croissante pèse également pour que l'or soit officiellement reconnu comme un actif liquide de haute qualité (HQLA) dans la réglementation bancaire — un changement qui a des implications pour quiconque détient de l'or physique personnellement plutôt que par l'intermédiaire d'un coffre de banque centrale.
Ce n'est pas la première fois que les Pays-Bas réorganisent leur or. En 2014, la DNB avait rapatrié 122 tonnes d'or de la Federal Reserve Bank of New York vers Amsterdam, une opération présentée à l'époque comme une répartition appropriée de ses réserves. Elle a ensuite expédié une partie de ce stock néerlandais vers les coffres de Francfort gérés par la Bundesbank allemande. Ce dernier rééquilibrage prolonge donc un repositionnement décennal des quelque 612 tonnes d'or officiel du pays.
Le choix de Londres reflète également les réalités pratiques du marché de l'or. Londres est le premier centre mondial de négociation et de règlement de l'or physique, abritant les coffres qui sous-tendent le marché de la London Bullion Market Association (LBMA). Y détenir de l'or le maintient à proximité du bassin de liquidité le plus profond, où les lingots peuvent être prêtés, échangés ou vendus rapidement — ce qui compte pour un actif de réserve qui doit être utilisable « dès que nécessaire ».
La France a déjà retiré la totalité de son or de la Fed de New York. L'Allemagne fait face à une pression similaire chez elle. Il est peu probable que ce soit la dernière opération du genre, et les conditions actuelles du marché en montrent les raisons.
Au moment de la rédaction, l'or se négociait autour de 4 470 à 4 490 dollars, en hausse d'un demi à un pour cent — s'ajoutant à un mois d'août déjà solide.
Fait révélateur, l'élément déclencheur provient précisément du type de troubles géopolitiques évoqués par la DNB dans son propre communiqué. Trump a qualifié mercredi de « très lourde » une frappe américaine sur l'Iran, tout en laissant entendre que le conflit ne s'éterniserait pas, et les traders réagissent depuis à ce signal mitigé. L'argent métal a suivi la même trajectoire, se négociant autour de 66 dollars — en hausse d'environ 60 pour cent par rapport à il y a un an.
Plus largement, la demande des banques centrales a été une caractéristique déterminante du marché de l'or ces dernières années. Selon le World Gold Council, les achats du secteur officiel tournent autour de 1 000 tonnes par an depuis 2022 — soit environ le double du rythme de la décennie précédente — portés principalement par les banques centrales des marchés émergents. Dans ce contexte, les questions relatives à l'endroit où se trouvent physiquement les réserves, et pas seulement à leur volume, ont pris une importance renouvelée pour les gestionnaires de réserves. Ce qu'il faudra surveiller ensuite, c'est si d'autres institutions européennes suivent l'exemple de la DNB et si les régulateurs se saisissent de la question du statut HQLA.
À propos de l'auteur
David Russell est le PDG de GoldCore. Jusqu'à l'été 2023, il était directeur du marketing et de la communication, responsable de l'ensemble des stratégies de marketing, de communication et de la marque. Il a rejoint GoldCore en 2008 comme directeur du développement commercial, avant de prendre la direction du marketing et de la communication en 2020. Auparavant, Russell a dirigé sa propre agence de marketing et obtenu plusieurs qualifications de coaching.
« Travailler pour GoldCore offre une lentille formidable pour observer les développements financiers et géopolitiques mondiaux. Je suis très fier de faire partie d'une entreprise qui contribue à améliorer la compréhension de ces développements par les investisseurs », a-t-il déclaré.
En dehors du travail, Russell est passionné de voile et a participé deux fois à la Round Ireland Yacht Race.
Source : GoldSeek