L’action BioNTech recule de 8 % après l’arrêt d’un essai de vaccin mRNA contre le cancer colorectal
Points clés
- •BioNTech et Genentech ont mis fin à un essai de phase 2 dans le cancer colorectal d’autogene cevumeran après qu’un comité indépendant a constaté un déséquilibre de la survie globale.
- •L’étude testait le vaccin en complément après chirurgie chez des patients atteints d’un cancer colorectal de stade II ou III à haut risque.
- •Il s’agit du deuxième revers en 2026 pour autogene cevumeran, après la suspension d’un essai dans le cancer de la vessie en mars.
- •L’essai de BioNTech dans le cancer du pancréas pour autogene cevumeran reste en cours et associe inhibition des checkpoint et chimiothérapie.
- •L’action de Roche cotée aux États-Unis a reculé d’environ 1,2 % sur la nouvelle, tandis que celle de BioNTech a baissé d’environ 8 %.

Les actions de BioNTech ont reculé d’environ 8 % vendredi après que la société et Genentech ont mis fin à un essai clinique de phase 2 de leur vaccin anticancéreux mRNA dans le cancer colorectal. Le titre s’échangeait autour de 104 $ avant l’annonce.
L’essai évaluait autogene cevumeran comme traitement adjuvant chez des patients atteints d’un cancer colorectal de stade II ou III à haut risque après chirurgie. Autogene cevumeran, développé sous le code BNT122, est une thérapie néoantigénique individualisée — un vaccin adapté au profil de mutation propre à la tumeur de chaque patient — et il constitue l’élément central d’une collaboration sur les vaccins anticancéreux entre BioNTech et Genentech qui remonte à 2016. Le vaccin était testé en complément des soins standard après chirurgie, lesquels, dans les cas de stade II et III à haut risque, incluent généralement une chimiothérapie.
Un comité indépendant de surveillance des données de sécurité a constaté un déséquilibre de la survie globale entre les deux bras de traitement. Le comité a conclu que poursuivre l’étude serait vain et peu susceptible de modifier le résultat.
L’essai avait déjà franchi son seuil de futilité en octobre 2025. À ce moment-là toutefois, le comité avait estimé que les données n’étaient pas encore suffisamment matures pour tirer des conclusions fermes sur l’efficacité.
Il s’agit du deuxième revers pour autogene cevumeran en 2026. En mars, BioNTech et Genentech ont interrompu un essai dans le cancer de la vessie pour le même vaccin, invoquant des évolutions du paysage thérapeutique standard.
Un contraste avec le rallye mRNA de la semaine dernière
Le calendrier est particulièrement défavorable. La semaine dernière encore, l’action BioNTech avait signé sa meilleure séance depuis six ans après que Moderna et Merck ont annoncé le succès d’un essai de phase 3 de leur vaccin mRNA contre le mélanome, associé à Keytruda.
Ce résultat a fait grimper l’action Moderna d’environ 177 % et a soutenu l’ensemble du secteur mRNA. L’annonce de vendredi rappelle clairement que le succès dans un cancer ne se traduit pas nécessairement par un succès généralisé.
La différence tient aussi à la biologie tumorale. Le mélanome est considéré comme un cancer immunologiquement « chaud », avec un taux élevé de mutations et une tendance à bien répondre aux thérapies fondées sur l’immunité. Le cancer colorectal est généralement considéré comme « froid » et a historiquement été plus résistant à l’immunothérapie. La principale exception concerne la minorité de tumeurs colorectales dites microsatellite-instability-high, qui répondent aux inhibiteurs de checkpoint tels que Keytruda ; la plupart des cancers colorectaux sont microsatellite-stables et se sont avérés largement réfractaires aux approches immunitaires.
Il y avait également une différence de conception entre les études. Moderna associait son vaccin à Keytruda, un inhibiteur de checkpoint dont l’activité clinique est établie. BioNTech testait autogene cevumeran en monothérapie, ce qui plaçait la barre clinique beaucoup plus haut.
BioNTech met en avant des enseignements scientifiques
La directrice médicale de BioNTech, la professeure Özlem Türeci, a déclaré que les résultats étaient décevants, mais qu’ils apportaient un éclairage scientifique sur la résistance des tumeurs immunosuppressives aux traitements. Elle a ajouté que ces résultats aideraient à orienter les futures thérapies anticancéreuses basées sur le mRNA.
Malgré ce revers, la situation financière de BioNTech reste solide. La société a déclaré disposer de 16,6 milliards d’euros de liquidités et de titres au T2 2026, tout en affichant une perte nette de 820,8 millions d’euros sur le trimestre. Cette réserve provient en grande partie des bénéfices générés par Comirnaty, le vaccin COVID-19 développé avec Pfizer, et finance désormais l’orientation de l’entreprise vers l’oncologie.
Une étude reste en cours. L’essai de phase 2 de BioNTech dans le cancer du pancréas évalue autogene cevumeran en association avec une inhibition des checkpoint et une chimiothérapie, et il se poursuit comme prévu. Cette étude s’appuie sur un précédent petit essai de phase 1, publié dans Nature en 2023, dans lequel environ la moitié des 16 patients vaccinés ont développé des réponses T induites par le vaccin, et ces répondeurs sont restés sans récidive plus longtemps au suivi — un signal suggestif, bien que non définitif, qui a permis au programme de continuer.
Les investisseurs se tournent désormais vers le congrès de l’ESMO en octobre 2026, où des données de BioNTech et de Moderna pourraient être présentées côte à côte.
BioNTech attend également une analyse intermédiaire de son essai BNT113 dans les cancers de la tête et du cou. BNT113 cible une maladie associée au HPV16, et ce type de cancer est considéré comme plus sensible à l’immunothérapie, ce qui pourrait en faire un contexte plus favorable pour le vaccin.
Roche, la société mère de Genentech, a vu son action cotée aux États-Unis reculer d’environ 1,2 % vendredi après l’annonce.