Défaillances de paliers : quand des relevés normaux masquent le risque
Points clés
- •La défaillance du palier arrière du pignon intermédiaire supérieur a entraîné la rotation de la coquille du palier, l'obstruction de l'orifice d'entrée d'huile et la coupure de la lubrification, provoquant des dégâts catastrophiques.
- •Un membre d'équipage a subi de graves brûlures, et le navire a dû être remorqué à travers l'Atlantique Nord jusqu'à Freeport, aux Bahamas, pour y être réparé.
- •Les relevés standard de pression et de température du moteur sont restés normaux avant l'incident, et toutes les alarmes se sont déclenchées en quatre secondes.
- •L'enquête n'a trouvé aucune preuve de mauvais entretien, de contamination de l'huile, d'alimentation en huile restreinte ou de désalignement, et les dégâts se sont limités au palier arrière du pignon.
- •Les experts recommandent de combiner la surveillance des tendances de température des paliers avec les détecteurs de brouillard d'huile, la surveillance vibratoire, les contrôles d'alignement et les inspections physiques, car la surveillance conventionnelle par paramètres ne peut pas détecter les points chauds localisés.

Les mesures de température des paliers sont un élément essentiel de la surveillance de l'état des machines. Toutefois, l'expérience montre qu'elles doivent toujours être considérées en complément d'autres systèmes de surveillance et de constatations d'inspection, comme le démontre un cas récent.
Brûlures d'un membre d'équipage et dégâts sur le navire
L'an dernier, une défaillance de palier sur un porte-conteneurs a provoqué une montée rapide de la température, la formation de brouillard d'huile, une surpression du carter et des dégâts mécaniques. Un membre d'équipage a subi de graves brûlures lors de l'incident, et le navire a dû être remorqué depuis l'Atlantique Nord jusqu'à Freeport, aux Bahamas, pour y être réparé.
La cause immédiate a été identifiée comme la défaillance du palier arrière du pignon intermédiaire supérieur. La rupture de la coquille du palier a entraîné un contact métal sur métal et la rotation de la coquille dans le logement de palier du pignon. En pivotant, la coquille a obstrué l'orifice d'entrée d'huile, coupant la lubrification du palier. Sans alimentation en huile, le frottement excessif a généré de la chaleur, créant un point chaud et, finalement, des dégâts catastrophiques sur le palier.
L'échauffement a créé un brouillard d'huile inflammable dans la partie supérieure du carter, zone non protégée par des détecteurs de brouillard d'huile. Lorsque le brouillard s'est enflammé, la surpression résultante dans le carter a actionné les soupapes de sécurité du carter. Dix-huit portes de la salle des machines ont été déformées et arrachées de leurs gonds.
Des relevés normaux juste avant
L'incident s'est développé extrêmement rapidement. Les alarmes pour une lecture anormale du détecteur de brouillard d'huile, le ralentissement du moteur principal, un incendie dans la salle des machines et l'activation du système local de lutte contre l'incendie ont toutes été enregistrées en quatre secondes seulement. Avant cela, les relevés standard de pression et de température du moteur étaient restés normaux.
Ce détail est significatif car il montre qu'une défaillance localisée d'un palier peut dégénérer en incident majeur avant que les systèmes de surveillance conventionnels ne donnent un avertissement clair. La surveillance standard du moteur suit généralement des paramètres globaux du système, comme la pression et la température de l'huile de lubrification en un nombre limité de points de mesure. Comme il s'agit de relevés globaux, un point chaud localisé sur un seul palier peut rester invisible tant que les dégâts ne sont pas déjà importants, ce qui constitue une limite reconnue de la surveillance conventionnelle par paramètres sur les grandes machines deux temps et à entraînement par engrenages.
L'enquête ultérieure n'a trouvé aucune preuve d'un mauvais entretien, d'une contamination de l'huile ou d'une alimentation en huile restreinte. Les orifices et les conduites d'huile étaient dégagés, et les échantillons d'huile étaient dans les limites acceptables. Le désalignement a également été écarté, et l'usure des dents d'engrenage était normale. Les dégâts se sont limités au palier arrière du pignon, tandis que les autres paliers alimentés par le même système de lubrification sont restés intacts. L'absence de cause racine identifiable au-delà de la rupture de la coquille du palier elle-même souligne que même des machines bien entretenues, avec une huile en bon état, peuvent subir ce type de défaillance.
Recommandations
Ce cas met en évidence les limites de la surveillance conventionnelle des paramètres du moteur. Une surveillance efficace de l'état devrait combiner les tendances de mesures de température supplémentaires avec les informations des détecteurs de brouillard d'huile, des systèmes de lubrification, de la surveillance vibratoire, des contrôles d'alignement et des inspections physiques. La surveillance de l'état des paliers fondée sur les tendances, plutôt que sur des seuils d'alarme absolus isolés, est particulièrement précieuse, car une lente élévation de température en un point peut être significative même si la lecture reste dans la plage nominale.
L'industrie maritime introduit de plus en plus des systèmes renforcés de surveillance des paliers. Ceux-ci peuvent mesurer des températures de palier supplémentaires en temps réel et déclencher des alarmes, une réduction automatique de charge ou un arrêt du moteur lorsque des températures ou tendances anormales sont détectées. De tels systèmes peuvent aider à prévenir la surchauffe, les dégâts moteur et des immobilisations coûteuses. Pour les armateurs qui pèsent ce type d'investissement, ce cas illustre le coût potentiel de l'alternative : une opération de remorquage à travers l'Atlantique Nord, des dégâts mécaniques étendus et de graves blessures d'équipage résultant d'une seule défaillance de palier.
Lorsque des données de surveillance sont disponibles, elles doivent être conservées avec les horodatages, la charge du moteur, le régime, la pression et la température de l'huile de lubrification, l'historique des alarmes et d'autres données de capteurs pertinentes. Ces informations peuvent s'avérer importantes aussi bien pour identifier des signes d'avertissement que pour enquêter sur un incident.
La leçon essentielle est que la surveillance de la température des paliers est indispensable, mais insuffisante à elle seule. Même des relevés moteur normaux n'excluent pas une défaillance localisée d'un palier. L'approche la plus efficace combine les tendances de température avec d'autres données de surveillance, des inspections physiques et les recommandations du fabricant, garantissant que tout signe d'avertissement soit traité rapidement.
Source : Gard,