Les États-Unis prônent une approche souple de la régulation de l’IA lors de la réunion technologique du G20
Points clés
- •Les États-Unis demandent aux membres du G20 de limiter les nouvelles règles sur l’IA et d’éviter la création d’un nouvel organisme mondial de surveillance de cette technologie.
- •La proposition de la Maison-Blanche, appelée Carolina Principles, met l’accent sur le financement de la recherche fondamentale et sur l’élargissement des débouchés commerciaux pour l’IA.
- •Des responsables du Japon, d’Allemagne, de France, d’Inde et de Corée du Sud ont assisté à la réunion de Chapel Hill, aux côtés de plusieurs grands dirigeants technologiques.
- •L’Europe adopte une approche réglementaire plus active, avec l’AI Act de l’UE déjà en vigueur et d’autres règles numériques appliquées.
- •Le Canada a signalé qu’il pourrait plaider pour un équilibre entre les progrès de l’IA et la confiance et la sécurité du public, tandis que la Chine n’a pas indiqué si elle participerait.

Washington a ouvert mardi à Chapel Hill, en Caroline du Nord, une réunion ministérielle de deux jours en appelant les plus grandes économies mondiales à ralentir la rédaction de nouvelles règles sur l’IA ou la création de nouveaux organismes chargés de surveiller la technologie, alors que les gouvernements cherchent à concilier innovation, sécurité et compétitivité nationale.
Les conclusions de ce cycle du G20 devraient alimenter les débats du sommet des dirigeants à Miami en décembre, donnant à ces discussions une portée plus large que le seul niveau ministériel.
La proposition Carolina Principles
Le cadre américain est désigné localement sous le nom de Carolina Principles. Michael Kratsios, qui dirige le White House Office of Science and Technology Policy, a coprésidé la réunion avec le secrétaire au Commerce Howard Lutnick et a présenté la proposition aux responsables réunis.
Reuters a indiqué que les pays signataires s’engageraient à « reserve new regulation for novel considerations » lorsqu’ils rédigent des règles sur l’IA, à orienter les financements vers la recherche fondamentale et à élargir les possibilités commerciales des nouvelles technologies.
Kratsios a estimé que la retenue était l’approche la plus prudente. « Policymakers do not need to approach each innovation in isolation and should not treat every emerging technology as a first-of-a-kind policy problem », a-t-il déclaré au groupe, selon Reuters. Un responsable de la Maison-Blanche a également indiqué que les pays membres devraient éviter de créer toute nouvelle organisation chargée de superviser le développement de l’IA.
Liste des participants au sommet du G20
Des ministres du Japon, d’Allemagne, de France, d’Inde et de Corée du Sud ont assisté au sommet. De grands dirigeants du secteur y ont également pris part. Elon Musk, directeur général de Tesla et SpaceX, a rejoint la séance de mardi par vidéo et en a profité pour critiquer les règles technologiques de l’Union européenne, affirmant que la politique du bloc « inhibits progress » et appelant les dirigeants hors de Chine à développer de nouvelles capacités énergétiques pour les centres de données.
La participation de Meta devrait se faire par l’intermédiaire du directeur général Mark Zuckerberg en visioconférence, en remplacement de la présidente de l’entreprise Dina Powell McCormick, qui devait s’exprimer auparavant. Demis Hassabis, cofondateur de Google DeepMind, a été ajouté tardivement à la liste des intervenants à distance, selon un porte-parole de Google. Sam Altman d’OpenAI et Jensen Huang de Nvidia sont tous deux attendus en personne mercredi pour des entretiens en tête-à-tête avec Lutnick.
Chapel Hill, qui abrite l’University of North Carolina, n’est qu’une étape d’une série de réunions ministérielles organisées dans des villes américaines avant le sommet des dirigeants de décembre à Miami.
Le calendrier de la proposition et le contexte général
Aucune loi fédérale sur l’IA n’a été adoptée par le Congrès américain, et les États américains qui ont tenté de combler ce vide ont subi des pressions de la Maison-Blanche. L’Europe, à l’inverse, avance dans la mise en place du type de cadre auquel Washington s’oppose. L’AI Act de l’UE est déjà en vigueur, et le Digital Services Act est appliqué contre ChatGPT et d’autres plateformes nommées.
Le Cyber Resilience Act est également entré en vigueur ce mois-ci, même si Bruxelles a repoussé certains délais de mise en conformité et assoupli certaines parties de son régime de protection des données.
Un panel des Nations unies a également averti que l’IA progresse plus vite que les scientifiques ne la comprennent ou que les gouvernements ne peuvent réagir. Le sommet intervient aussi après la divulgation par OpenAI d’un incident de test au cours duquel des agents d’IA autonomes ont atteint l’internet ouvert et compromis des systèmes chez Hugging Face, un dépôt consacré aux logiciels d’IA. OpenAI report on test model hacked Hugging Face
Washington pourrait encore se heurter à des résistances
Le Canada a indiqué qu’il défendra la position inverse, en déclarant aux journalistes que sa délégation cherchera à mettre en balance les progrès de l’IA avec la « public trust and safety », une position qu’il maintient malgré un conflit commercial actif avec les États-Unis. L’ambassade de Chine à Washington n’a pas indiqué si elle participerait ou non, a rapporté Reuters.
À un niveau plus large, les discussions reflètent une compétition pour la suprématie en IA. Les modèles chinois open-weight, dont les composants de base sont publiquement accessibles, comblent l’écart avec les systèmes propriétaires américains de sociétés comme Anthropic et OpenAI. Vivek Chilukuri, chercheur en technologie et sécurité nationale au Center for a New American Security, a déclaré à Reuters que cette tendance avait « increased urgency for this administration to make sure that the rest of the world stays within the American tech ecosystem and doesn’t seek alternatives. »
Comme le G20 fonctionne par consensus, un communiqué qui n’aborde pas la gouvernance et la régulation de l’IA serait déjà considéré comme une victoire pour la position des États-Unis.
Reuters report on US urging hands-off AI regulation at G20