Les jeunes diplômés affrontent un marché du travail américain exceptionnellement faible alors que l'écart de chômage se creuse
Points clés
- •Les jeunes diplômés affrontent un taux de chômage de 5,7 % contre 4,1 % pour l'ensemble des travailleurs, inversant une tendance historique de 1990 à 2020 où les diplômés bénéficiaient systématiquement de meilleures perspectives d'emploi que l'ensemble de la population active.
- •Le sur-embauche post-pandémique est probablement le facteur dominant de la faiblesse de l'embauche de niveau d'entrée, les entreprises ayant actuellement peu besoin d'ajouter du personnel junior.
- •L'intelligence artificielle pourrait accélérer le déclin de l'emploi des diplômés en automatisant les tâches traditionnellement confiées aux jeunes professionnels dans les métiers de cols blancs, bien que la tendance ait commencé avant le lancement de ChatGPT en novembre 2022.
- •La Banque Nationale Financière considère la série sur le chômage des diplômés comme un signal d'alerte précoce potentiel d'un assouplissement plus large du marché du travail, tout en maintenant une vision optimiste du marché du travail dans son ensemble.
- •La faiblesse persistante de l'embauche de niveau d'entrée pourrait fournir à la Réserve fédérale des preuves supplémentaires que le marché du travail est plus souple que ne le suggèrent les chiffres globaux du chômage, ce qui pourrait influencer la politique dans le cadre de son double mandat.

Le débat sur le marché du travail américain est profondément divisé. Les consommateurs signalent que les conditions d'embauche sont les pires depuis le milieu des années 2010, hors période pandémique. Pourtant, les données sur les demandes initiales d'allocations chômage suggèrent que les entreprises restent réticentes à licencier leurs effectifs. Le président de la Réserve fédérale de Richmond, Thomas Barkin, a réitéré cette semaine que l'environnement actuel se décrit au mieux comme une économie de « faible embauche, faible licenciement ».
En prenant du recul, la douleur se concentre surtout parmi ceux qui tentent de décrocher leur premier emploi professionnel.
Dans le graphique hebdomadaire Hot Chart de la Banque Nationale du Canada, l'économiste Jocelyn Paquet souligne que le taux de chômage des jeunes diplômés s'établit désormais à 5,7 %, contre 4,1 % pour l'ensemble des travailleurs. Si cet écart peut paraître modeste, le contexte historique souligne son importance : de 1990 à 2020, les jeunes diplômés bénéficiaient systématiquement de meilleures perspectives d'emploi que l'ensemble de la population active. Cette relation de longue date s'est inversée après la pandémie et n'a cessé de se creuser depuis.
Paquet identifie deux facteurs probables. Le premier est simple et constitue probablement le facteur dominant : les entreprises ont sur-embauché pendant la course post-pandémique et ont actuellement peu besoin d'ajouter du personnel de niveau d'entrée. Le second facteur est l'intelligence artificielle. L'IA est particulièrement efficace pour automatiser le type de tâches traditionnellement confiées aux jeunes professionnels dans les métiers de cols blancs, ce qui soulève la possibilité que certaines entreprises aient discrètement réduit leur recrutement sur les campus.
La Banque Nationale Financière (NBF) veille à ne pas aller trop loin dans son analyse. La dégradation des perspectives d'emploi des diplômés a commencé avant le lancement de ChatGPT en novembre 2022, ce qui signifie que l'IA à elle seule ne peut expliquer la tendance. Toutefois, la technologie pourrait agir comme un accélérateur, et le moment où l'écart se creuse reste préoccupant.
Les implications sont importantes pour les marchés. Historiquement, les entreprises ralentissent l'embauche avant de commencer à réduire leurs effectifs. La NBF se positionne dans le camp optimiste concernant le marché du travail dans son ensemble, et l'auteur de cette analyse partage cette inclination — mais la série sur le chômage des diplômés mérite une surveillance attentive en tant que signal d'alerte précoce potentiel. Le dernier rapport sur les emplois non agricoles n'a guère offert d'encouragement.
Pour la Réserve fédérale, cela ajoute une donnée supplémentaire suggérant que le marché du travail est plus faible que ne l'indiquent les chiffres globaux. Dans le cadre de son double mandat de plein emploi et de stabilité des prix, une faiblesse persistante de l'embauche de niveau d'entrée pourrait renforcer l'argument selon lequel le marché du travail s'assouplit au-delà de ce que le taux de chômage global reflète. Combinées aux pressions sur le logement et l'inflation, les perspectives pour la prochaine génération de travailleurs donnent matière à s'inquiéter.