Les négociations commerciales entre les États-Unis et le Canada échouent dans une impasse de dernière minute sur l'allègement tarifaire pour les camions
Points clés
- •L'accord esquissé aurait ramené le tarif automobile américain de 25 % à 15 %, un taux correspondant à celui que Washington a déjà accordé à l'Union européenne et au Japon.
- •Le Canada exigeait que l'allègement tarifaire couvre également les véhicules de moyenne et forte tonnalité, avertissant que l'usine de Ford à Oakville, en Ontario, reconvertie pour produire les camions F-350 Super Duty, serait sinon exclue.
- •Cet échec a conduit les États-Unis à imposer de nouveaux droits de douane de 50 % sur environ 20 milliards de dollars de produits canadiens, au sein d'une relation commerciale dont les flux annuels bilatéraux de marchandises dépassent 700 milliards de dollars.
- •Le Premier ministre canadien Mark Carney a annoncé des contre-tarifs dollar pour dollar sur les produits américains à partir du 8 septembre, date désormais considérée comme le prochain jalon pour une éventuelle reprise des négociations.
- •La présidente d'Unifor, Lana Payne, a averti qu'une dérogation tarifaire ne couvrant que les pièces américaines pourrait susciter des exigences américaines plus agressives à l'approche de la révision conjointe de 2026 de l'Accord États-Unis-Mexique-Canada.

Les négociations commerciales entre les États-Unis et le Canada ont échoué vendredi, en partie en raison d'une impasse de dernière minute sur la réduction des droits de douane américains visant les véhicules canadiens de moyenne et forte tonnalité, selon des personnes proches du dossier.
Les deux pays avaient esquissé les contours d'un accord qui aurait réduit les droits de douane sectoriels américains sur les automobiles, l'acier, l'aluminium et le bois d'œuvre, et les négociateurs étaient encore au cœur des discussions vendredi. Mais les deux parties sont demeurées en désaccord sur le traitement des véhicules plus lourds, ont indiqué ces personnes, qui ont parlé sous couvert d'anonymat afin de décrire des négociations privées. Les Canadiens ont insisté sur cet allègement supplémentaire lors d'un appel téléphonique tardif vendredi, et les Américains ont refusé.
Selon l'accord en train de prendre forme, le tarif automobile ordinaire serait passé de 25 %, son niveau actuel, à 15 % — un droit que Trump avait instauré en avril 2025 en vertu des pouvoirs en matière de sécurité nationale de l'article 232. Le seuil de 15 % correspond au taux que Washington a déjà accordé à l'Union européenne et au Japon dans le cadre d'accords commerciaux antérieurs. Le Canada souhaitait que cet allègement soit étendu aux véhicules de moyenne et forte tonnalité, qui vont généralement des grands pick-ups aux véhicules utilitaires, un segment où les chaînes d'approvisionnement nord-américaines sont étroitement imbriquées et où les pièces traversent régulièrement la frontière à plusieurs reprises avant l'assemblage final.
Le Premier ministre canadien Mark Carney a déclaré samedi que refuser un tel allègement aux camions « représente un grand changement, de toute évidence ». Sans cet allègement tarifaire sur les camions, la nouvelle usine de Ford en Ontario, qui produit des F-350 et des pick-ups plus grands, « aurait été exclue. Aucune justification », a-t-il ajouté. Ford a réaménagé son complexe d'assemblage d'Oakville, en Ontario, pour y ajouter la production Super Duty, étendant ainsi au Canada une gamme de camions de forte tonnalité historiquement fabriquée dans ses usines du Kentucky et de l'Ohio.
Les États-Unis considéraient cette demande comme une exigence supplémentaire qui ne faisait pas partie de l'accord, ont indiqué ces personnes. Mais un responsable canadien du secteur a affirmé que ce sont les Américains qui ont tenté de diviser l'industrie.
« À la dernière minute, les Américains ont retiré cette classification de la catégorie de produits devant bénéficier d'un tarif réduit », a déclaré samedi à la Canadian Broadcasting Corp. Flavio Volpe, président de l'Automotive Parts Manufacturers' Association, en référence aux pick-ups super-duty tels que les Ford F-350. Selon M. Volpe, l'objectif était peut-être d'« éliminer la fabrication automobile au Canada ».
Chaque camp a reproché à l'autre l'effondrement soudain des négociations, qui a conduit les États-Unis à imposer de nouveaux droits de douane de 50 % sur environ 20 milliards de dollars de produits canadiens. Les produits visés ne représentent qu'une part d'une relation commerciale dans laquelle les flux bilatéraux de marchandises dépassent 700 milliards de dollars américains par an. Samedi, M. Carney a annoncé des contre-tarifs dollar pour dollar sur les produits américains à partir du 8 septembre (Le Canada dévoile des contre-tarifs de 20 milliards de dollars pour refléter la taxe de Trump). La date du 8 septembre constitue désormais le prochain jalon pour savoir si les négociations pourront être relancées.
Lana Payne, présidente nationale d'Unifor, le plus grand syndicat du secteur privé au Canada, a déclaré aux journalistes samedi que le Canada n'avait d'autre choix que de tracer une limite. Selon elle, les travailleurs de l'automobile craignaient qu'accepter une dérogation tarifaire ne couvrant que les pièces américaines n'entraîne des exigences plus agressives lors des négociations sur le pacte commercial nord-américain élargi, l'Accord États-Unis-Mexique-Canada, dont une révision conjointe par ses trois pays membres est prévue en 2026.
« Et à terme, on s'éloigne de la possibilité d'avoir un secteur compétitif au Canada. Et c'était vraiment problématique », a-t-elle ajouté.
Unifor avait fait savoir au gouvernement Carney qu'elle souhaitait que les pièces automobiles conformes à l'accord commercial nord-américain existant soient exemptées de droits de douane.
Le cabinet de M. Carney a décliné tout commentaire, tandis que la Maison-Blanche et le bureau du représentant américain au commerce n'ont pas immédiatement répondu à une demande de commentaire.