Trump suspend pendant trois jours les droits de douane de 50 % sur le Canada à l'approche d'un accord commercial
Points clés
- •Trump a suspendu pour trois jours les droits de douane de 50 % qui devaient s'appliquer aux produits canadiens, tandis que les deux pays finalisent les formalités d'un accord commercial.
- •Les négociateurs américains et canadiens discutent d'une réduction des droits de douane sur les automobiles canadiennes de 25 % à 15 %, mais restent divisés sur les véhicules qui seraient éligibles aux taux réduits.
- •Trump a suggéré qu'un accord commercial définitif pourrait faciliter la relance du pipeline Keystone XL, abandonné par TC Energy en 2021 et qui nécessiterait un nouveau sponsor pour avancer.
- •Les États-Unis pressent le Canada de lever ses droits de douane de représailles sur les automobiles, d'ouvrir ses quotas laitiers sous gestion de l'offre à davantage de fromage américain et de mettre fin aux interdictions provinciales sur l'alcool américain.
- •Le Canada doit obtenir la coopération des premiers ministres provinciaux pour reprendre la vente d'alcool américain, car la réglementation des alcools relève des provinces et non du fédéral.

Les États-Unis attendront trois jours avant d'imposer de nouveaux droits de douane sur les produits canadiens, offrant un répit aux négociateurs alors que Washington et Ottawa s'efforcent de finaliser un accord commercial.
Le président Donald Trump a annoncé ce report, déclarant : « J'ai suspendu pour une période de trois jours les droits de douane de 50 % sur le Canada qui devaient entrer en vigueur demain matin. » Il a ajouté que les deux pays avaient déjà conclu un accord et qu'ils travaillaient désormais à finaliser les formalités administratives restantes.
Le premier ministre canadien Mark Carney a indiqué que les pourparlers ont considérablement progressé, bien qu'il reste des travaux importants. L'entretien de mardi était le deuxième appel entre Trump et Carney cette semaine, s'inscrivant dans des semaines de négociations menées depuis juillet. Trump avait initialement fixé au 19 août l'échéance des nouveaux droits sur le Canada.
La relance de Keystone XL évoquée
Les deux nations sont principalement divisées sur les droits de douane américains sur les automobiles et sur les interdictions provinciales canadiennes visant l'alcool américain. Dans une publication sur le site de la Maison-Blanche, Trump a déclaré que le Canada s'était engagé à répondre aux plaintes américaines concernant les produits laitiers, l'alcool et les droits sur les voitures.
Il a également suggéré qu'un accord commercial définitif pourrait faciliter la relance du pipeline Keystone XL, un projet destiné à relier l'Alberta aux États-Unis qui avait été rejeté sous les administrations Obama et Biden. Son développeur d'origine, TC Energy, a officiellement abandonné le projet en juin 2021, après que le président Joe Biden eut révoqué son permis transfrontalier dès son premier jour en fonction, ce qui signifie que toute relance exigerait que le pipeline trouve un nouveau sponsor. Le pipeline fait depuis longtemps l'objet d'une opposition de la part des environnementalistes et des communautés autochtones, mais Trump a appelé à plusieurs reprises à la reprise du projet. Il transporterait environ 830 000 barils de pétrole par jour.
Le bureau du représentant américain au commerce, Jamieson Greer, a également publié une déclaration, indiquant que l'accord États-Unis-Canada devrait élargir l'accès au marché pour les produits américains tout en alignant les deux pays sur le commerce numérique et la sécurité économique. L'accord contiendra « de nombreuses dispositions importantes qui continueront de protéger notre marché et les travailleurs américains, ainsi que nos partenaires canadiens », a précisé le bureau.
Carney, pour sa part, a insisté sur le fait que le Canada donnera la priorité à la construction d'une économie plus forte, plus autonome et mieux à même de rivaliser à l'échelle mondiale. Les négociateurs canadiens et les entreprises transfrontalières ont salué la prolongation de trois jours, après avoir averti à maintes reprises que les nouveaux droits de douane nuiraient aux deux économies.
Des droits de 15 % à l'étude
Les derniers droits de douane proposés par Trump visaient le vin, les produits laitiers, le ciment, les vêtements et l'équipement de hockey canadiens, s'ajoutant aux droits américains existants sur l'acier, l'aluminium, les automobiles et le bois d'œuvre canadiens. Le Canada reste concentré sur l'obtention d'un pacte commercial qui abrogera ou réduira fortement les droits américains dans ces domaines clés.
Les États-Unis, en retour, souhaitent que le Canada lève ses droits de douane de représailles sur les automobiles et ouvre ses quotas laitiers pour permettre davantage d'importations de fromage américain. Cette exigence touche au cœur du système canadien de gestion de l'offre dans le secteur laitier, qui fixe des quotas de production et impose des droits élevés sur les importations dépassant les quotas, et qui constitue un point de friction récurrent dans les négociations commerciales nord-américaines, y compris lors des pourparlers qui ont abouti à l'ACEUM. Washington demande également au Canada de mettre fin à l'interdiction de l'alcool américain que la plupart des provinces ont décrétée l'année dernière en réponse aux droits de douane de Trump.
Avant l'échéance de mercredi, les négociateurs américains et canadiens travaillaient sur un accord qui pourrait ramener les droits de douane sur les automobiles canadiennes de 25 % à 15 %, selon des sources. Des personnes proches du dossier ont indiqué que les deux parties restent divisées sur les véhicules qui bénéficieraient des taux réduits, les États-Unis exigeant des voitures utilisant principalement des composants américains. La majeure partie de l'assemblage de véhicules au Canada est concentrée en Ontario, et les composants franchissent régulièrement la frontière à plusieurs reprises avant qu'une voiture terminée ne sorte de la chaîne de production.
Le Canada doit également obtenir la coopération des premiers ministres provinciaux pour reprendre la vente d'alcool américain, la réglementation des alcools relevant strictement de la compétence provinciale et non fédérale. Le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford, dont la province est la plus durement touchée par les droits de douane américains sur l'automobile, a jusqu'à présent indiqué qu'il n'était disposé à lever les restrictions qu'en cas d'accord équitable.
Une fenêtre étroite s'ouvre
La pause de trois jours offre aux négociateurs une fenêtre étroite pour résoudre les désaccords restants avant que les droits de douane plus élevés n'entrent potentiellement en vigueur. Un échec des négociations pourrait raviver les inquiétudes des fabricants et des entreprises qui dépendent fortement des chaînes d'approvisionnement transfrontalières.
Les États-Unis et le Canada ont des économies profondément intégrées, avec des milliards de dollars de marchandises échangées chaque mois entre les deux pays dans le cadre de l'Accord États-Unis-Mexique-Canada (ACEUM), le pacte trilatéral qui a remplacé l'ALENA en 2020 et qui doit lui-même faire l'objet d'un examen conjoint prévu en 2026. Des droits de douane plus élevés pourraient donc augmenter les coûts pour les entreprises et les consommateurs tout en perturbant les industries qui dépendent de pièces et de matières premières venant de l'autre côté de la frontière.
Pour le Canada, ces négociations interviennent alors qu'Ottawa cherche à réduire sa dépendance au marché américain en développant ses relations commerciales ailleurs. Carney a de plus en plus insisté sur la résilience économique et la diversification — une priorité soulignée par le fait qu'environ les trois quarts des exportations canadiennes sont destinées aux États-Unis —, indiquant que le Canada veut que tout accord avec Washington renforce sa position plutôt que de laisser le pays vulnérable à de futures menaces tarifaires.
Les trois prochains jours pourraient s'avérer décisifs pour déterminer si les deux parties peuvent transformer leurs derniers progrès en un accord commercial plus large et durable.