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La Corée du Sud envoie son premier porte-conteneurs d'essai par la route arctique vers l'Europe

Auteur: Korea Herald Business·

Points clés

  • Le PanStar Acro a quitté le nouveau port de Busan samedi et devrait faire escale à Felixstowe, Rotterdam et Gdansk avant de revenir, la traversée d'essai devant durer environ 45 jours.
  • Voyager par l'Arctique plutôt que par le canal de Suez permet de raccourcir le trajet Asie-Europe d'environ 7 000 kilomètres et une dizaine de jours, selon l'Institut coréen de politique économique internationale.
  • Cette traversée fait suite à celle du Dubai Tower chinois, parti de Ningbo vers l'Europe ce mois-ci, ces deux voyages constituant des tests précurseurs d'un service régulier de conteneurs sur une voie jusqu'ici principalement utilisée pour des cargaisons russes de ressources, comme le gaz naturel liquéfié.
  • Des experts avertissent que les navires sud-coréens empruntant cette route risquent d'enfreindre les sanctions occidentales contre la Russie, car les services russes de navigation, de brise-glaces et de gestion du trafic sont exploités uniquement par la société nucléaire d'État Rosatom et impliquent des paiements.
  • Selon les groupes environnementaux, la croissance du trafic arctique pourrait accélérer la perte de glace de mer, et de grands armateurs, dont CMA CGM, MSC et Hapag-Lloyd, se sont engagés à éviter les routes maritimes arctiques.
La Corée du Sud envoie son premier porte-conteneurs d'essai par la route arctique vers l'Europe

La Corée du Sud a dépêché samedi son premier porte-conteneurs d'essai par l'Arctique, afin de tester si un corridor ouvert par la fonte des glaces de mer peut devenir commercialement viable, alors même que des groupes environnementaux avertissaient qu'un trafic croissant sur cette route pourrait accélérer la fonte des glaces polaires.

Cette traversée intervient alors que la guerre au Moyen-Orient continue de perturber le transport maritime mondial. Le conflit, déclenché par des frappes américano-israéliennes contre l'Iran en février, a bouleversé les routes maritimes et poussé gouvernements et armateurs à chercher en urgence des itinéraires alternatifs. Les armateurs connaissent déjà de tels détours : depuis fin 2023, des attaques en mer Rouge ont reporté une grande partie du trafic Asie-Europe sur la route plus longue du cap de Bonne-Espérance, autour de l'Afrique.

Le porte-conteneurs « PanStar Acro » a quitté le nouveau port de Busan à destination de l'Europe via l'Arctique. « Nous souhaitons vous informer que le navire destiné au voyage d'essai sur la route arctique a pris le départ » à 21h30, a déclaré le ministère des Océans de Séoul dans un communiqué envoyé à l'AFP.

Le navire fait route vers Felixstowe au Royaume-Uni, Rotterdam aux Pays-Bas et Gdansk en Pologne avant de revenir, la traversée devant durer environ 45 jours, selon le ministère.

Cet essai fait suite à celui du porte-conteneurs chinois « Dubai Tower », qui a quitté ce mois-ci la ville portuaire orientale de Ningbo à destination de l'Europe, en se dirigeant vers le nord par le détroit de Béring avant de tourner vers l'ouest le long de la côte arctique russe.

La route maritime habituelle entre l'Asie et l'Europe passe par le canal de Suez, mais voyager par l'Arctique peut raccourcir le trajet d'environ 7 000 kilomètres et une dizaine de jours, selon l'Institut coréen de politique économique internationale. Le trafic sur cette voie arctique s'est jusqu'à présent composé en grande partie de cargaisons russes de ressources, comme le gaz naturel liquéfié, le transit de conteneurs restant rare, ce qui fait de ces deux traversées des tests précurseurs d'un service régulier de porte-conteneurs.

Pourquoi Lee Jae-myung mise gros sur la route arctique

Le président Lee Jae-myung a défendu la route arctique comme une liaison plus rapide entre l'Asie et l'Europe, et cet essai soumet cette politique à son premier test en conditions réelles.

Le vice-ministre coréen des Océans, Nam Jae-hon, a déclaré que la route arctique était « vouée à devenir une alternative » aux voies maritimes du Moyen-Orient, à mesure que les risques géopolitiques et les avancées technologiques la rendent de plus en plus compétitive.

Marc Lanteigne, professeur de sciences politiques à l'Université arctique de Norvège, a estimé que cette traversée — intervenant peu après le début du propre voyage arctique du « Dubai Tower » chinois — montrait que la route maritime du Nord se normalisait en tant que « corridor de transit maritime secondaire ».

Une traversée réussie démontrerait l'intérêt de la Corée du Sud pour le « développement de voies maritimes alternatives », a-t-il déclaré à l'AFP, dans un contexte de craintes que le pays ne prenne du retard alors que des entreprises chinoises développent des services réguliers via la route arctique de plus en plus viable.

Russie, glaces et changement climatique

Certains experts avertissent que les navires sud-coréens empruntant la route arctique risquent d'enfreindre les sanctions occidentales contre la Russie — actuellement un allié de sécurité clé de la Corée du Nord —, car ils recevraient des services russes de navigation et de météorologie impliquant des paiements, certes modestes. Ces services sont difficiles à éviter : Moscou a désigné la société nucléaire d'État Rosatom comme seul opérateur d'infrastructure de la route, chargé notamment du soutien des brise-glaces et de la gestion du trafic le long de la côte sibérienne russe.

Le ministère des Affaires étrangères de la Corée du Sud a refusé de tout commentaire lorsqu'il a été interrogé par l'AFP sur ces préoccupations liées à la Russie. Le ministère des Océans a indiqué cette semaine que des « consultations avec les principaux pays et organismes concernés » ont été menées à bien pour « mettre en œuvre les procédures administratives nécessaires » à la traversée.

Vladimir Tikhonov, professeur d'études coréennes à l'université d'Oslo, a déclaré que « strictement parlant, les sanctions américaines et de l'UE ne relèvent pas du droit international, à la différence des sanctions de l'ONU ».

« Et avec l'incertitude persistante au Moyen-Orient... la Corée du Sud pourrait avoir peu d'alternatives si la route arctique s'avère économiquement viable », a-t-il confié à l'AFP.

M. Lanteigne a indiqué que les ambitions de la Chine sur la route maritime du Nord étaient davantage d'ordre politique que celles de la Corée du Sud, Pékin considérant les régions polaires comme de « nouvelles frontières stratégiques », ce qui suscite des préoccupations de sécurité en Occident.

Parallèlement, des groupes environnementaux ont averti que la croissance du trafic sur la NSR, plus courte, pourrait accélérer la perte de glace de mer arctique déjà provoquée par le réchauffement climatique. De grands armateurs, dont CMA CGM, MSC et Hapag-Lloyd, se sont engagés à éviter les routes maritimes arctiques.

La NSR n'est censée être praticable qu'à la période de l'année où la glace a suffisamment fondu pour permettre les traversées sans brise-glaces.

« La route maritime du Nord est devenue de plus en plus viable à mesure que l'Arctique se réchauffe environ quatre fois plus vite que la moyenne mondiale, entraînant un fort déclin des glaces de mer », a déclaré l'année dernière dans un communiqué le groupe écologiste sud-coréen Paran Ocean Citizen Science Center.

« Mais rendre cette route commercialement viable exigerait un réchauffement supplémentaire, ce qui met cette politique en contradiction avec les efforts de lutte contre le changement climatique. » (AFP)

Source : Korea Herald Business