Se préparer aux crises signifie remonter la chaîne de valeur
Points clés
- •70 % des emplois dans l’industrie minière philippine se concentrent dans des professions manuelles et orientées vers l’extraction, tandis que les emplois en aval offrent généralement de meilleurs salaires et une meilleure protection.
- •En mai 2026, 49,63 millions de Philippins occupaient un emploi, mais 6,04 millions, soit 12,2 %, étaient en situation de sous-emploi.
- •Selon les estimations, seulement 3,6 % des emplois philippins présentent le niveau d’exposition le plus élevé à l’IA générative, ce qui laisse penser que la modification des tâches sera plus fréquente que la suppression complète des emplois.
- •La feuille de route du Global Accelerator, approuvée en juin 2026, guidera les actions coordonnées en faveur de l’emploi et de la protection sociale de 2026 à 2028, avec des résultats ciblés pour 2030.
- •La stratégie proposée prévoit des plans de compétences liés aux investissements, des formations conçues avec les secteurs concernés et une protection sociale transférable pour les travailleurs des plateformes, les indépendants, les travailleurs employés sur des projets et les travailleurs informels.

Se préparer aux crises signifie remonter la chaîne de valeur
Par Khalid Hassan
Le nickel contribuera à alimenter la transition énergétique mondiale. Mais que fera-t-il progresser aux Philippines : les exportations de minerai brut, ou de nouvelles industries et de meilleurs emplois ?
Une grande partie de la chaîne d’approvisionnement du nickel du pays reste centrée sur l’extraction. Les recherches de l’Organisation internationale du Travail (OIT) montrent que 70 % des emplois dans l’industrie minière philippine se trouvent dans des professions manuelles et orientées vers l’extraction. Les emplois situés plus loin dans la chaîne d’approvisionnement, notamment dans la transformation et la fabrication, sont généralement plus formels, mieux rémunérés et mieux protégés.
Il ne s’agit pas seulement d’une question minière. Cela reflète un choix économique plus large. Les Philippines peuvent rester à l’extrémité de la chaîne de valeur mondiale, ou développer les compétences et les industries nécessaires pour évoluer vers la transformation, la fabrication, les services et l’innovation. Les ressources naturelles et les investissements étrangers ne suffisent pas à eux seuls. Ils doivent générer davantage de valeur et de meilleurs emplois dans le pays.
Le même principe s’applique aux bouleversements qui transforment le travail. L’intelligence artificielle modifie les tâches. La transition écologique crée certaines professions tout en réduisant la demande pour d’autres. La hausse des températures rend le travail plus dangereux. Le travail via des plateformes remet en question les règles conçues pour l’emploi traditionnel.
La réponse n’est pas de résister au changement. Il faut aider les travailleurs et les entreprises à évoluer vers des emplois plus productifs, mieux rémunérés et plus sûrs.
Les emplois doivent offrir davantage
Les Philippines disposent d’une main-d’œuvre nombreuse et dynamique. En mai 2026, 49,63 millions de Philippins occupaient un emploi. Pourtant, 6,04 millions, soit 12,2 % des personnes employées, étaient en situation de sous-emploi et souhaitaient travailler davantage d’heures ou exercer une activité supplémentaire.
Le chômage ne raconte donc qu’une partie de l’histoire. Le pays doit également se demander si les emplois sont productifs, sûrs, équitablement rémunérés et couverts par la protection sociale.
La technologie doit être abordée avec le même équilibre. Les recherches de l’OIT estiment que seulement 3,6 % des emplois aux Philippines se situent dans la catégorie la plus exposée à l’IA générative, où le risque de remplacement est le plus élevé. Pour un nombre bien plus important de travailleurs, l’IA devrait modifier les tâches plutôt que supprimer des emplois entiers.
Les Philippines ont ainsi le temps de se préparer. Les personnes doivent être formées avant que leurs fonctions n’évoluent, les travailleurs doivent être consultés lors de l’introduction de nouveaux systèmes et les gains de productivité doivent se traduire par de meilleurs salaires et des perspectives de carrière.
Les conditions de travail constituent également une question économique. L’OIT prévoit que le stress thermique pourrait faire disparaître 2,2 % des heures de travail dans le monde d’ici 2030, soit l’équivalent de 80 millions d’emplois à temps plein, la construction figurant parmi les secteurs les plus durement touchés. Les charges de travail mal gérées, l’insécurité, la violence, le harcèlement et d’autres risques psychosociaux coûteraient chaque année 1,37 % du PIB à l’économie mondiale.
Un travail sûr et sain n’est pas un avantage facultatif. Il est essentiel à la productivité.
Transformer des politiques distinctes en un effort national unique
Les Philippines n’ont pas besoin d’une nouvelle longue liste de programmes distincts. Elles doivent faire fonctionner ensemble les politiques, les budgets et les investissements existants.
Le plan Trabaho Para sa Bayan 2025-2034 définit l’orientation nationale. La feuille de route philippine du Global Accelerator on Jobs and Social Protection for Just Transitions, approuvée par le Trabaho Para sa Bayan Inter-Agency Council en juin 2026, peut traduire cette orientation en actions de 2026 à 2028 et en résultats mesurables d’ici 2030.
En termes simples, le Global Accelerator relie des décisions trop souvent prises séparément : où vont les investissements, quelles industries se développent, de quelles compétences les travailleurs ont besoin, comment les emplois sont protégés et comment le changement est financé.
Le gouvernement doit prendre la direction. Les employeurs et les travailleurs doivent contribuer à définir les choix par le dialogue social. Les partenaires du développement peuvent apporter leur expertise et aider à mobiliser des financements.
La feuille de route commence par la construction et les transports. Ces deux secteurs sont essentiels à la croissance, mais ils sont confrontés à l’informalité, aux risques pour la sécurité et à des changements technologiques et environnementaux rapides. La même approche pourra ensuite guider le secteur minier et d’autres chaînes d’approvisionnement importantes.
La réussite ne doit pas être mesurée uniquement par les montants investis ou la production réalisée. Elle doit aussi l’être par la valeur créée aux Philippines, le nombre de travailleurs formés, le renforcement des entreprises locales, les emplois décents créés et les communautés protégées.
Trois priorités pour les trois prochaines années
Premièrement, chaque investissement majeur devrait inclure un plan pour l’emploi et les compétences. Les projets d’infrastructures, de transports modernes, d’énergies renouvelables, d’exploitation minière et industriels devraient préciser les professions dont ils auront besoin, expliquer comment les Philippins seront formés et recrutés, et définir les mesures qui garantiront la sécurité des travailleurs.
Les aides publiques et les contrats devraient favoriser les entreprises qui développent des fournisseurs locaux, respectent les droits des travailleurs, fournissent une protection sociale et créent des passerelles vers des emplois plus qualifiés.
Deuxièmement, la formation doit suivre le rythme des investissements. Les formations devraient être courtes, pratiques, reconnues par le secteur et accessibles aux travailleurs salariés, informels et licenciés. Les employeurs devraient contribuer à leur conception et proposer des apprentissages. Le gouvernement devrait améliorer l’information sur l’évolution des besoins en compétences, renforcer les formateurs et mettre les personnes en relation avec les emplois. Les organisations de travailleurs devraient contribuer à garantir l’équité de la transition.
Sans cette passerelle, les emplois à forte productivité pourraient rester vacants ou être créés ailleurs.
Troisièmement, la protection doit suivre le travailleur. Les travailleurs des plateformes, les indépendants, les travailleurs employés sur des projets et les personnes passant d’un emploi formel à un emploi informel, ou inversement, ne devraient pas perdre leur protection chaque fois que leur travail change.
L’inscription devrait être simplifiée, les cotisations abordables et les systèmes publics mieux connectés. Les autorités locales et les Public Employment Service Offices peuvent aider les personnes à trouver un emploi, à accéder à une formation et à s’inscrire à un dispositif de protection sociale près de chez elles.
Des salaires équitables sont importants pour ces trois priorités. Miser principalement sur de faibles coûts de main-d’œuvre n’est pas une stratégie solide pour un pays qui cherche à atteindre le statut de pays à revenu intermédiaire supérieur. Une productivité accrue, une fixation efficace des salaires, la négociation collective et une répartition équitable des gains doivent progresser ensemble.
Les Philippines doivent être compétitives par la qualité, les compétences et le respect des droits.
Payer pour les résultats, pas pour les promesses
Les plans dépourvus de financement ne changeront pas la vie des populations. Les budgets nationaux, les investissements privés, les banques de développement et les financements responsables peuvent tous soutenir de meilleures infrastructures, des entreprises plus performantes, des formations modernes et une protection sociale plus étendue.
Mais le soutien public doit s’accompagner d’attentes claires. Chaque peso doit contribuer à produire des résultats économiques et en matière d’emploi mesurables.
D’ici la fin de 2028, le public devrait pouvoir constater la différence : des investissements liés à des emplois locaux, des petites et moyennes entreprises plus solides, des formations débouchant sur un emploi, de meilleures informations sur le marché du travail et des agences nationales et locales capables d’agir.
D’ici 2030, ces fondations devraient se traduire par moins de personnes enfermées dans le sous-emploi, davantage de travailleurs occupant des emplois plus sûrs et à plus forte valeur ajoutée, une hausse des salaires réels et une protection sociale plus étendue.
Le choix est clair : exporter un potentiel à l’état brut, ou le transformer en valeur, en compétences et en sécurité dans le pays. L’avenir ne consiste pas à choisir entre emplois et protection sociale. Il consiste à créer des emplois assortis d’une protection sociale, grâce à des investissements qui développent les capacités philippines et respectent les droits des travailleurs.
C’est ainsi que les bouleversements peuvent devenir une voie vers la compétitivité et une prospérité partagée.
Khalid Hassan est actuellement directeur du Bureau de pays de l’OIT pour les Philippines.