Le pétrole recule face à des perspectives de demande mondiale affaiblie et à la hausse des stocks américains de brut
Points clés
- •Le Brent a reculé de 1,7 % à 87,44 dollars le baril et le WTI a baissé de 1,9 % à 81,66 dollars, inversant les gains de leurs récentes séries de hausses sur plusieurs séances.
- •Les stocks commerciaux américains de brut ont augmenté de 17,4 millions de barils pour atteindre 424,4 millions lors de la semaine close le 7 août, la plus forte hausse hebdomadaire depuis janvier 2023, dépassant de loin les anticipations des analystes qui tablaient sur un recul de 1,4 million de barils.
- •L'OPEC a ramené ses prévisions de croissance de la demande mondiale de pétrole pour 2026 à 580 000 barils par jour, tandis que l'IEA a approfondi la contraction de la consommation qu'elle anticipe pour 2025 à 1,6 million de barils par jour.
- •Les États-Unis et l'Iran ont émis des revendications contradictoires sur le contrôle du détroit d'Ormuz, le nombre de passages de navires chutant à cinq mercredi — le plus bas en trois semaines.
- •La Russie a frappé le port d'Izmaïl en Ukraine au cours de la nuit, et une attaque de drone a provoqué un incendie dans une zone industrielle de Salavat, en Russie, qui abrite une raffinerie de pétrole majeure.

Par Enes Tunagur
LONDRES, 13 août (Reuters) — Les cours du pétrole ont reculé jeudi alors que les investisseurs évaluaient les perspectives d'un affaiblissement de la demande mondiale cette année, conjointement à une hausse substantielle des stocks de brut américains. Toutefois, les pertes ont été partiellement atténuées par l'absence de progrès dans les négociations sur le blocus du détroit d'Ormuz et par les perturbations persistantes de l'approvisionnement.
Les contrats à terme sur le Brent ont chuté de 1,54 dollar, soit 1,7 %, à 87,44 dollars le baril vers 11h40 GMT, effaçant les gains accumulés au cours des six séances précédentes. Le brut américain West Texas Intermediate (WTI) a baissé de 1,61 dollar, soit 1,9 %, à 81,66 dollars, reculant après cinq séances consécutives de progression.
Giovanni Staunovo, analyste chez UBS, a indiqué que la forte hausse des stocks de brut américains la semaine dernière constitue un frein aux prix, mais a ajouté que la baisse devrait rester limitée tant que les flux à travers le détroit d'Ormuz demeurent réduits.
Les données publiées mercredi par l'Energy Information Administration (EIA) ont montré que les stocks commerciaux américains de brut ont enregistré leur plus forte hausse hebdomadaire depuis janvier 2023, conséquence d'une chute des exportations. Les réserves de brut ont augmenté de 17,4 millions de barils pour atteindre 424,4 millions lors de la semaine close le 7 août, leur niveau le plus élevé depuis le 5 juin. Un sondage Reuters auprès d'analystes anticipait un recul de 1,4 million de barils. L'ampleur de cette hausse surprise souligne comment l'affaiblissement de la demande à l'exportation laisse davantage de brut bloqué dans les stocks, renforçant les inquiétudes selon lesquelles la consommation mondiale ralentit alors même que les risques d'approvisionnement persistent.
Par ailleurs, l'OPEC a révisé à la baisse ses prévisions de croissance de la demande mondiale de pétrole pour 2026, les ramenant à 580 000 barils par jour dans son rapport mensuel sur le marché pétrolier.
L'Agence internationale de l'énergie (IEA) a déclaré qu'elle prévoyait désormais une contraction de 1,6 million de barils par jour de la consommation cette année, contre une précédente prévision de baisse de 1 million de barils par jour publiée le mois dernier. L'agence a attribué cette contraction plus prononcée à une réduction de la demande résultant de la hausse des prix et d'un approvisionnement restreint en raison de la guerre américano-israélienne contre l'Iran. La convergence des révisions à la baisse de l'OPEC et de l'IEA — deux organisations qui diffèrent souvent dans leurs évaluations de la demande — a renforcé le narratif baissier sur la demande.
Les perturbations de l'approvisionnement au Moyen-Orient et dans la région de la mer Noire ont continué de soutenir les prix. Les États-Unis et l'Iran ont émis des revendications concurrentes sur le détroit d'Ormuz, le récemment nommé chef de l'unité paramilitaire iranienne Basij déclarant jeudi que la voie navigable est « sous le contrôle et la gestion de l'Iran ». Ses déclarations intervenaient un jour après que le président américain Donald Trump a affirmé que les États-Unis avaient le « contrôle total » du détroit stratégique. Ce détroit assure normalement environ un cinquième de la consommation mondiale de pétrole, ce qui fait de toute perturbation durable une variable centrale pour les marchés de l'énergie.
Les passages de navires à travers le détroit d'Ormuz, hors porte-conteneurs, sont tombés à cinq mercredi — leur plus bas niveau en trois semaines, selon les données de transport maritime de Kpler.
Par ailleurs, la Russie a frappé la zone portuaire d'Izmaïl en Ukraine, dans le sud de la région d'Odessa, au cours de la nuit. Parallèlement, une attaque de drone a provoqué un incendie dans une zone industrielle de Salavat, située dans la république russe de Bachkirie, qui abrite une grande raffinerie de pétrole.
(Rédigé par Sam Li à Pékin et Siyi Liu à Singapour ; édité par Mark Potter et David Goodman)