Trouver un équilibre sur la question des importations de maïs et de l’accessibilité alimentaire
Points clés
- •Le maïs représente une part importante des coûts des aliments pour la volaille et le porc, de sorte que son prix peut se répercuter sur la chaîne d’approvisionnement alimentaire.
- •La production nationale de maïs est insuffisante pour couvrir entièrement la demande, ce qui crée un besoin d’importations pendant les déficits saisonniers d’approvisionnement.
- •Un sondage Social Weather de juin a montré que 36% des familles se considéraient comme pauvres sur le plan alimentaire, tandis que 20.3% ont connu la faim involontaire entre avril et juin.
- •Le régime tarifaire actuel applique 5% sur le maïs entrant dans le Minimum Access Volume et 15% sur les importations hors quota.
- •La Foundation for Economic Freedom propose un tarif unique de 5% pour réduire les coûts pendant que le gouvernement travaille à améliorer la productivité du maïs local.

Le maïs n’est peut-être pas un aliment courant dans l’assiette des familles philippines, mais il est présent sur leurs tables de façons qui ne sont pas toujours visibles. Le maïs représente 50% à 60% des formules d’aliments et compte pour 60% à 70% des coûts de production dans les secteurs de la volaille et du porc.
Cela signifie que l’alimentation quotidienne du Philippin moyen, qui comprend généralement du poulet, du porc, des œufs et d’autres sources de protéines, n’est pas à l’abri des hausses du prix du maïs.
Le problème est que la production nationale de maïs ne suffit pas à répondre à la demande.
Ce n’est pas une bonne situation. Les Philippins connaissent régulièrement la faim et se décrivent comme pauvres sur le plan alimentaire. Dans une enquête commandée par Stratbase et menée par Pulse Asia en juillet, 30% des Philippins ont déclaré être préoccupés par la nécessité de rendre les prix des aliments plus abordables dans leurs communautés locales, en particulier pour le riz, la viande et le poisson. Les répondants ont également indiqué vouloir que les dirigeants du gouvernement national agissent sur cette préoccupation.
Par ailleurs, le Social Weather Survey de juin a montré une baisse de la pauvreté alimentaire autoévaluée, de 42% en mars à 36% en juin, avec encore environ 10.2 millions de familles se considérant comme pauvres sur le plan alimentaire. L’enquête a également révélé que 20.3% des familles philippines ont subi la faim involontaire au moins une fois entre avril et juin, dont 15.8% ayant connu une faim modérée et 4.5% une faim sévère.
Lorsque l’offre intérieure de maïs est insuffisante, la réponse consiste à importer du maïs. Les importations devraient être disponibles lorsqu’il existe un véritable déficit d’offre. Le gouvernement ne devrait pas attendre qu’une pénurie d’approvisionnement se transforme en crise des prix. Si le maïs domestique ne peut pas répondre à la demande de manière adéquate et compétitive, l’accès aux importations doit être possible lorsque cela est nécessaire — en particulier pendant les déficits saisonniers d’approvisionnement.
Bien sûr, l’importation n’est pas une solution absolue. Si les importations peuvent aider à stabiliser l’offre et les coûts des intrants lorsque la production nationale ne peut pas satisfaire suffisamment la demande, elles présentent aussi des complications. Les droits de douane en sont un bon exemple. L’impact des tarifs sur le maïs s’étend des producteurs de maïs aux fabricants d’aliments pour animaux, aux producteurs de volaille et de bétail, aux transformateurs, aux commerçants, aux détaillants et aux consommateurs. Un tarif peut protéger un segment tout en augmentant les coûts pour les industries en aval qui dépendent du maïs comme intrant majeur.
Comment concilier ces intérêts concurrents ?
Voici la structure actuelle. Le régime tarifaire actuel renchérit le maïs importé lorsque l’industrie a besoin d’un approvisionnement supplémentaire. Le maïs entrant dans le cadre du Minimum Access Volume est soumis à un droit de 5%, tandis que les importations hors quota font face à un droit de 15%. Mais la Foundation for Economic Freedom propose d’abaisser le taux hors quota à 5%, créant ainsi un tarif unique et uniforme. Si l’offre intérieure de maïs est insuffisante pour répondre à la demande, il existe un argument solide en faveur d’un accès de l’industrie au maïs importé à un tarif plus faible plutôt que d’ajouter un coût supplémentaire à un intrant d’alimentation essentiel.
La réduction du tarif peut aider à traiter un problème de coûts immédiat pendant que se poursuivent les investissements agricoles à plus long terme. Abaisser le tarif hors quota de 15% à 5% peut aider à alléger aujourd’hui le coût d’un intrant alimentaire important, tandis que le gouvernement continue à travailler sur la compétitivité à long terme de la production locale de maïs.
Par ailleurs, les agriculteurs ne doivent pas être laissés livrés à eux-mêmes. Le soutien aux agriculteurs devrait se concentrer sur la productivité et la compétitivité. Plutôt que de s’appuyer principalement sur la protection pour rendre le maïs local compétitif, l’aide publique peut viser à aider les agriculteurs à réduire leurs coûts de production et à améliorer leur productivité. L’objectif devrait être de rendre le maïs local plus productif et plus compétitif, tout en veillant à ce que les industries en aval aient accès à des intrants à des prix raisonnables.
Des intrants compétitifs sont essentiels à une industrie compétitive. Des coûts plus élevés du maïs et des aliments pour animaux peuvent affaiblir la compétitivité des producteurs philippins de volaille et de bétail. Si les producteurs locaux font face à des coûts d’intrants nettement plus élevés que ceux d’autres pays, les produits importés de viande et de volaille peuvent devenir relativement plus compétitifs sur le marché philippin.
Protéger un segment de l’agriculture ne devrait pas, par inadvertance, affaiblir la compétitivité du secteur agricole dans son ensemble. L’équilibre de tous ces enjeux serait, au final, le meilleur pour la partie prenante la plus importante : le public consommateur.
La sécurité alimentaire signifie aussi maintenir le coût abordable des sources de protéines. Elle va au-delà de la simple disponibilité et détermine si les familles philippines peuvent se permettre une alimentation nutritive. Si les coûts des aliments pour animaux sont élevés, les producteurs de volaille et de bétail font face à des coûts de production plus élevés, et ces coûts finissent par être répercutés sur les consommateurs à travers les prix du poulet, du porc et des œufs.
L’objectif devrait être un secteur agricole plus compétitif qui profite à la fois aux agriculteurs, aux producteurs et aux consommateurs. L’orientation politique devrait être équilibrée : importer lorsqu’il existe un déficit d’offre, produire localement lorsque c’est compétitif, et investir pour rendre le maïs domestique plus compétitif. L’importation saisonnière peut servir d’outil de stabilisation du marché, en permettant les importations lorsque l’offre locale est contrainte par la saison tout en évitant une dépendance inutile aux importations lorsque l’offre intérieure est suffisante.
Ainsi, tout en travaillant à l’objectif à long terme de rendre les agriculteurs plus compétitifs et plus efficaces, nous avons quelque chose de réaliste à faire dès aujourd’hui : importer, oui, mais maintenir des tarifs bas. C’est une mesure pratique qui peut aider à réduire les pressions actuelles sur les coûts et à garantir des repas adéquats et sains pour les familles philippines.
Victor Andres “Dindo” C. Manhit est le président de la Stratbase ADR Institute.