La Corée devrait envisager de rejoindre la mission dirigée par le Royaume-Uni et la France dans le détroit d'Ormuz, estime un capitaine de marine à la retraite
Points clés
- •La Corée du Sud examine une demande américaine de contribution militaire dans le détroit d'Ormuz, mais un déploiement direct pourrait être interprété comme une participation à l'action militaire américaine contre l'Iran.
- •Une mission multinationale dirigée par le Royaume-Uni et la France serait axée sur des activités défensives telles que l'escorte de navires marchands, le déminage et la surveillance maritime, et ne commencerait qu'après un cessez-le-feu et le consentement des parties concernées.
- •L'an dernier, 61 % des importations de pétrole brut de la Corée du Sud ont transité par le détroit d'Ormuz, un point de passage emprunté par environ un cinquième du pétrole échangé dans le monde.
- •L'auteur fixe quatre conditions au déploiement : une fin effective des hostilités, un cadre multinational et neutre, une mission défensive strictement limitée et un contrôle démocratique par le consentement de l'Assemblée nationale.
- •L'auteur avertit que faire pression sur Séoul pour rejoindre une guerre sans consultation adéquate pourrait alimenter le sentiment anti-américain et la lassitude à l'égard de l'alliance en Corée.

Par Moon Keun-sik
La Corée est confrontée à un dilemme : faut-il déployer des moyens militaires dans le détroit d'Ormuz ? L'alliance avec les États-Unis est trop importante pour que Séoul ignore simplement la demande de contribution militaine formulée par Washington. Mais l'envoi d'un navire de guerre aurait de graves conséquences : un tel déploiement pourrait être interprété comme une participation de la Corée à l'action militaire américaine contre l'Iran, transformant inutilement Téhéran en adversaire.
La mission maritime multinationale élaborée par le Royaume-Uni et la France mérite une attention particulière. Selon les premiers rapports, une quinzaine de pays ont participé à la planification opérationnelle, tandis qu'un nombre considérablement plus élevé a ensuite rejoint les consultations diplomatiques et exprimé un soutien politique. La Corée a également approuvé une déclaration internationale appelant à la liberté de navigation dans le détroit et a discuté de contributions possibles avec les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France. Le choix de Séoul ne se réduit donc pas à une simple question d'acceptation ou de refus d'une demande américaine.
Une mission distincte des opérations américaines
La caractéristique la plus importante de l'initiative du Royaume-Uni et de la France est son objectif affiché de se distinguer des opérations militaires américaines contre l'Iran. Son but n'est pas d'attaquer ni de riposter contre l'Iran, mais d'assurer le passage en sécurité des navires civils et d'éliminer les mines et autres menaces à la navigation. La mission proposée se concentrerait sur des activités défensives telles que l'escorte des navires marchands, le déminage et la surveillance maritime et aérienne. Elle ne devrait en outre commencer qu'après un cessez-le-feu, le consentement des parties concernées et la réunion d'autres conditions nécessaires à un environnement opérationnel suffisamment permissif.
Cette distinction est cruciale pour la Corée. Envoyer un navire de guerre coréen pour soutenir les opérations américaines contre l'Iran aurait une signification politique et militaire fondamentalement différente de la participation à un effort multinational visant à restaurer une voie maritime internationale. Le premier cas exposerait Séoul à des accusations d'être effectivement devenu partie prenante à la guerre de l'Amérique. Le second pourrait se justifier comme une coopération internationale pour protéger un bien public mondial essentiel à l'économie mondiale.
Le détroit d'Ormuz n'est pas une question lointaine pour la Corée. L'an dernier, 61 % des importations de pétrole brut du pays ont transité par cette voie d'eau, l'un des points de passage énergétiques les plus critiques au monde, par lequel s'écoule environ un cinquième du pétrole échangé dans le monde. Une instabilité prolongée ferait augmenter non seulement les prix du pétrole et du gaz naturel liquéfié, mais aussi les coûts du transport, de la logistique et de la fabrication. Le choc qui en résulterait pourrait se propager aux prix à la consommation et affaiblir la compétitivité des exportations coréennes. La liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz n'est donc pas seulement un intérêt américain ; elle est directement liée à la sécurité économique et nationale de la Corée.
Quatre principes pour une approche progressive
Plutôt que de répondre à la demande de Washington par un déploiement immédiat, Séoul devrait adopter une approche progressive fondée sur quatre principes.
Premièrement, les hostilités doivent avoir effectivement pris fin. Si les combats se poursuivent ou sont susceptibles de reprendre, l'envoi d'un navire de guerre coréen pourrait être interprété non comme la protection d'une voie maritime, mais comme un soutien militaire à l'une des parties belligérantes. La Corée ne devrait pas exposer ses navires et ses militaires à des risques inacceptables au seul nom de la solidarité de l'alliance.
Deuxièmement, la mission doit s'inscrire dans un cadre véritablement multinational et avoir un caractère clairement neutre. La Corée ne devrait pas se déployer seule ni placer ses forces directement au sein de la structure de commandement des opérations américaines contre l'Iran. Un cadre international plus large impliquant des États non belligérants comme la Grande-Bretagne et la France, avec des missions et des relations de commandement clairement définies, serait préférable.
L'étiquette de « multinationale » ne suffit toutefois pas en soi. Séoul doit déterminer si la mission est réellement séparée des opérations de combat américaines sur les plans du renseignement, du commandement et de la logistique. Il doit également vérifier si l'Iran, Oman et d'autres États côtiers ont accepté la mission, ou s'y sont du moins ralliés tacitement. Si l'Iran rejette purement et simplement la présence de forces étrangères, un déploiement multinational pourrait lui-même devenir la source d'une nouvelle confrontation.
Troisièmement, le rôle de la Corée doit être strictement limité. Toute contribution coréenne devrait se limiter à des missions défensives telles que l'escorte de navires marchands, la détection et le déminage, la surveillance maritime, la recherche et le sauvetage, ainsi que le soutien logistique. L'autorisation de déploiement devrait préciser clairement la mission et les règles d'engagement afin d'éviter toute extension vers des attaques contre le territoire iranien ou des installations militaires, un blocus naval ou un soutien à des opérations offensives. Tout élargissement substantiel de la mission devrait nécessiter une nouvelle approbation de l'Assemblée nationale.
Quatrièmement, le déploiement doit être soumis à un contrôle démocratique. L'envoi de troupes à l'étranger est une décision grave, engageant la vie des militaires et les relations de la Corée avec d'autres pays. Le gouvernement ne devrait pas chercher à produire l'effet d'un nouveau déploiement en se contentant d'étendre la zone d'opération de l'unité anti-piraterie Cheonghae existante, qui opère dans la région du golfe d'Aden depuis 2009. Il devrait plutôt expliquer au public le but, la durée, l'ampleur, les relations de commandement, les règles d'engagement et les conditions de retrait de la mission, et obtenir le consentement de l'Assemblée nationale.
Ce processus ne devrait pas être considéré simplement comme un obstacle retardant l'action. L'approbation parlementaire pourrait renforcer la position de négociation du gouvernement en permettant à Séoul d'exiger des limites clairement définies et un partage équitable des risques avant d'engager ses forces.
Contributions et limites de l'alliance
L'alliance entre Washington et Séoul demeure le pilier central de la sécurité de la Corée, et celle-ci n'a jamais pris à la légère ses responsabilités alliées. Elle a déployé plus de 320 000 militaires, cumulativement, pendant la guerre du Vietnam. Pendant la guerre du Golfe, elle a envoyé une unité de soutien médical et une unité de transport aérien. Elle a envoyé des forces de génie, médicales et de reconstruction en Irak et a fourni un soutien en matière de reconstruction, médicale et de sécurité en Afghanistan. La Corée a assumé d'importantes responsabilités et sacrifices en tant qu'alliée des États-Unis et participante à des opérations de sécurité multinationales.
Une alliance mature n'exige toutefois pas qu'un allié suive automatiquement chaque action militaire de l'autre. Elle devrait être un partenariat dans lequel les deux pays respectent les intérêts nationaux et les contraintes internes de l'autre, se consultent à l'avance et partagent les responsabilités là où existe une menace ou un intérêt commun clairement défini.
La campagne militaire actuelle contre l'Iran n'a pas été menée sur la base de consultations stratégiques préalables ou d'une planification conjointe avec la Corée, et les deux alliés n'ont pas non plus subi une attaque armée commune. Faire pression sur Séoul pour qu'il rejoigne une telle guerre sans consultation adéquate pourrait alimenter le sentiment anti-américain et la lassitude à l'égard de l'alliance en Corée, fragilisant ainsi les fondements de l'alliance à long terme.
Une issue pratique
Une mission multinationale dirigée par le Royaume-Uni et la France pourrait offrir une issue pratique à ce dilemme. Elle permettrait à Séoul de démontrer à Washington qu'il ne tient pas pour acquis ni les préoccupations d'un allié, ni la menace pesant sur la navigation à travers Ormuz. En même temps, la Corée pourrait expliquer à l'Iran qu'elle ne rejoint pas une guerre contre Téhéran, mais qu'elle contribue à une mission neutre et défensive destinée à restaurer la sécurité d'une voie maritime internationale.
Washington devrait également respecter les contributions antérieures de Séoul et ses contraintes actuelles, et ne pas traiter un déploiement coréen comme une obligation automatique de l'alliance. Avant de demander une participation militaire, les États-Unis devraient consulter soigneusement la Corée sur l'objectif commun, le fondement juridique, la portée de la mission, les dispositions de commandement et la répartition des risques. Entraîner un allié dans une guerre qu'il n'a pas choisie et sur laquelle il n'a pas été adéquatement consulté ne renforce pas une alliance ; cela érode la confiance.
La conduite appropriée pour Séoul est claire : la Corée devrait rester prudente quant à une participation aux opérations de combat américaines contre l'Iran tout en contribuant de manière responsable à un effort international visant à restaurer une voie maritime vitale. Si quatre conditions sont réunies — un cessez-le-feu effectif, un cadre véritablement multinational et neutre, une mission défensive limitée et un contrôle démocratique par l'Assemblée nationale —, une mission dirigée par le Royaume-Uni et la France pourrait protéger les intérêts nationaux de la Corée sans porter atteinte à son alliance avec les États-Unis.
La question essentielle à Ormuz n'est pas simplement de savoir si la Corée doit se déployer. Ce qui compte davantage, c'est avec qui elle y va, quand elle y va, dans quel but et à quelles conditions.
Le capitaine de marine à la retraite Moon Keun-sik est professeur adjoint à l'École supérieure de politiques publiques de l'université Hanyang à Séoul.