Le déclin démographique du Japon s'accélère tandis que le gouvernement durcit les règles pour les résidents étrangers
Points clés
- •La population totale du Japon a reculé de 2,5 % pour s'établir à 22,9 millions d'habitants en octobre 2025, un rythme plus de trois fois supérieur à la baisse de 0,7 % enregistrée lors du recensement de 2020.
- •Les résidents étrangers ont augmenté de 40 % pour atteindre un record de 3,84 millions et représentent désormais 3,4 % de la population, mais cette croissance ne compense pas la baisse de 3,5 % du nombre de ressortissants japonais, qui s'élève désormais à 119,1 millions.
- •Le gouvernement a relevé les frais de résidence permanente de 64 $ à 1 271 $, une hausse de 2 000 % présentée comme la plus importante de l'histoire du pays, tandis que le permis de séjour de cinq ans coûte désormais 475 $, contre 38 $ auparavant.
- •Les résidents permanents doivent désormais gagner au minimum 36 428 $ par an, et pour la première fois, les demandeurs seront évalués sur leurs compétences en japonais et leur connaissance des règles et coutumes japonaises.
- •La résidence permanente peut désormais être retirée en cas de non-paiement des cotisations de retraite, d'assurance maladie ou des impôts, ou de violation de la loi sur l'immigration ou du code pénal, ces motifs s'appliquant également aux 947 125 titulaires actuels du statut.

La population du Japon se réduit à un rythme croissant, selon les données de recensement publiées cette semaine — et quelques jours à peine après la publication de ces chiffres, le gouvernement a annoncé des règles nettement plus strictes pour les ressortissants étrangers souhaitant vivre dans le pays.
Les étrangers ne représentent que 3,4 % de la population japonaise, mais leur part a atteint un niveau record et une réaction politique se fait de plus en plus sentir — alors même que le pays fait face à un vieillissement démographique rapide et à un besoin pressant de nouveaux travailleurs pour soutenir la croissance économique.
La dernière enquête démographique quinquennale, publiée mardi, a dressé un tableau sans appel de la situation du Japon. En octobre 2025, la population totale, résidents étrangers compris, s'élevait à 22,9 millions d'habitants, en baisse de 2,5 % par rapport à cinq ans plus tôt. Le recensement de 2020 n'avait enregistré qu'un recul de 0,7 %.
Le nombre de ressortissants japonais a chuté encore plus fortement, reculant de 3,5 % pour s'établir à 119,1 millions, après une baisse de 1,4 % lors du décompte de 2020. Parallèlement, les résidents étrangers ont bondi de 40 % pour atteindre un record de 3,84 millions, et les résidents permanents ont augmenté de 17 % pour atteindre 947 125. Malgré cet afflux, l'arrivée d'étrangers ne compense pas la baisse du nombre de ressortissants japonais, ce qui laisse la population globale reculer à un rythme plus de trois fois supérieur à celui enregistré lors du recensement de 2020.
Comme les autres économies fortunées d'Asie, le Japon affiche depuis des décennies un taux de natalité inférieur au seuil de renouvellement de 2,1 enfants par femme, et sa population décline régulièrement depuis environ 2008. Le pays vieillit également rapidement : la part des personnes âgées de 65 ans et plus est passée de 28,5 % en 2020 29,4 % en 2025. Les couches pour adultes se vendent mieux que les couches pour bébés depuis 2011.
Les décideurs s'efforcent de trouver des moyens d'encourager les habitants à avoir plus d'enfants. Le gouvernement métropolitain de Tokyo, par exemple, a lancé une application de rencontres pour rapprocher davantage de couples. La ville a également instauré une semaine de travail de quatre jours et un congé partiel pour ses agents municipaux afin d'aider les parents à concilier garde d'enfants et vie professionnelle. À ce jour, ces mesures n'ont pas inversé la tendance, le recensement de cette semaine montrant une accélération du déclin.
À l'inverse, la politique envers les étrangers s'est durcie.
Jeudi, le gouvernement japonais a relevé les frais de résidence permanente de 64 $ à 1 271 $ — une hausse de 2 000 % constituant la plus forte augmentation de frais de l'histoire du pays. Le coût d'un permis de séjour de cinq ans est passé de 38 $ à 475 $.
Tokyo a également imposé des exigences de revenus plus détaillées aux résidents permanents, qui doivent désormais gagner au minimum 36 428 $ par an. Et pour la première fois, les demandeurs de résidence permanente seront évalués sur leurs compétences en japonais ainsi que sur leur connaissance des règles et coutumes japonaises.
De surcroît, le gouvernement peut retirer la résidence permanente en cas de non-respect des obligations de cotisation à la retraite, de non-paiement des cotisations d'assurance maladie ou des impôts, ou de violation de la loi sur l'immigration ou du code pénal — des motifs qui s'étendent aux 947 125 personnes déjà titulaires de ce statut.
Ces changements interviennent alors que la Première ministre Sanae Takaichi a instauré une posture plus nationaliste et de droite. Sur la scène internationale, cela s'est traduit par une ligne plus dure envers des rivaux tels que la Chine et la Corée du Nord, tout en renforçant l'armée japonaise. À l'intérieur du pays, ce virage s'est concrétisé par une répression de l'immigration — et même du tourisme — suscitant des critiques selon lesquelles Takaichi alimente la xénophobie. En juillet, le gouvernement a augmenté de plus de 400 % le prix de certains visas touristiques.
Dans un message sur X publié avant l'entrée en vigueur des nouvelles règles de séjour, Takaichi a déclaré que de nombreux résidents permanents ne pouvaient subvenir à leurs besoins de manière autonome. « Le gouvernement reconnaît qu'avec l'augmentation du nombre de résidents étrangers, certains citoyens ressentent de l'anxiété et un sentiment d'injustice, et il y répond en rendant la “politique étrangère” plus “ordonnée”, afin que citoyens et étrangers puissent vivre en toute sécurité », a-t-elle écrit.
Ce durcissement intervient au moment précis où le recensement montre que les résidents étrangers constituent le segment à la plus forte croissance d'une population par ailleurs en déclin — et les nouvelles règles de revenus, de langue et de retrait du statut détermineront désormais qui peut rester.
Cette article a été initialement publié sur Fortune.com.