L'Iran et Oman sur le point de conclure un accord sur le cadre de navigation dans le détroit d'Ormuz, remettant en question des décennies de libre navigation
Points clés
- •L'accord proposé entre l'Iran et Oman établirait une supervision conjointe du détroit d'Ormuz, exigeant une autorisation iranienne pour les navires entrants tandis qu'Oman gère la navigation sortante.
- •Le détroit gère actuellement environ 20 % de la consommation mondiale quotidienne de pétrole, ce qui rend toute modification de sa gouvernance économiquement significative à l'échelle mondiale.
- •L'Iran prévoit de percevoir des frais de service de la part des pétroliers pour la sécurité et la protection de l'environnement, les revenus étant partagés à parts égales entre l'Iran et Oman.
- •Les responsables américains ont rejeté ce cadre, niant que tout arrangement nécessitant l'approbation iranienne ou impliquant des paiements à Téhéran ait été accepté.
- •L'arrangement proposé testerait les dispositions de l'UNCLOS qui garantissent un passage en transit non suspendu à travers les détroits internationaux utilisés pour la navigation mondiale.

L'Iran et Oman seraient sur le point de finaliser un accord qui établirait un nouveau cadre pour gérer le trafic maritime à travers le détroit d'Ormuz, mettant potentiellement fin à des décennies de libre navigation sans restriction à travers l'un des goulets d'étranglement maritimes les plus critiques au monde. Environ 20 % de la consommation mondiale quotidienne de pétrole transite par ce détroit, faisant de toute modification de sa gouvernance une question d'importance économique mondiale immédiate.
Selon les rapports, l'arrangement proposé placerait les mouvements des navires à travers la voie navigable stratégique sous une supervision conjointe irano-omanaise, sans aucune implication directe des États-Unis. S'il est mis en œuvre, l'accord représenterait un écart significatif par rapport au statut de longue date du détroit en tant que voie navigable internationale ouverte à tous les navires commerciaux et militaires sans restriction. En vertu de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (UNCLOS), les détroits utilisés pour la navigation internationale sont soumis à un régime de passage en transit qui ne peut être suspendu par les États riverains — un principe juridique que le cadre proposé semblait tester.
Selon le plan proposé, les navires entrant dans le golfe Persique emprunteraient la voie de navigation nord le long de la côte iranienne, tandis que les navires sortant du Golfe emprunteraient la voie sud près d'Oman. Le détroit mesure environ 21 milles de large à son point le plus étroit, avec des voies de navigation dans les deux sens ne faisant que deux milles de large chacune. Cet arrangement diviserait effectivement les responsabilités opérationnelles entre Téhéran et Mascate, créant une nouvelle structure de gestion bilatérale pour le trafic maritime à travers le détroit.
Une source iranienne de haut niveau a déclaré à Reuters que Téhéran exercerait un contrôle total sur la navigation entrante. Dans le cadre de ce dispositif, les navires entrant dans le Golfe nécessiteraient une autorisation iranienne, tandis que le trafic sortant serait géré par Oman après notification aux autorités iraniennes. La source a qualifié la proposition de mesure temporaire conçue pour rétablir les flux commerciaux tout en maintenant la supervision de la sécurité suite au conflit récent. L'Iran a périodiquement menacé de fermer le détroit lors de précédentes périodes de tensions exacerbées et a saisi des navires commerciaux dans et autour de la voie navigable à plusieurs reprises, ce qui rend la formalisation de tout rôle de supervision un sujet sensible pour les États du Golfe et les assureurs maritimes mondiaux.
Le plan comprend également une composante financière. Des responsables iraniens ont déclaré que Téhéran n'avait pas l'intention d'imposer des péages de transit formels, mais collecterait plutôt ce qu'il décrit comme des "frais de service" liés à la sécurité et à la protection de l'environnement pour les pétroliers transitant par la voie navigable. Les revenus de ces paiements seraient partagés à parts égales entre l'Iran et Oman.
Un responsable américain a rejeté les affirmations selon lesquelles les navires auraient besoin de l'approbation iranienne pour transiter par le détroit et a nié qu'un quelconque arrangement impliquant des paiements à Téhéran ait été accepté. Ce désaccord souligne l'écart important entre les positions américaines et iraniennes sur la future gouvernance de la voie navigable. La cinquième flotte américaine, basée à Bahreïn, aide depuis des décennies à sécuriser la navigation commerciale à travers le détroit et dans l'ensemble de la région du Golfe.
Le secrétaire d'État américain Marco Rubio a publiquement mis en garde contre tout accord qui ne rétablirait pas pleinement le détroit d'Ormuz en tant que passage international ouvert. Rubio a soutenu que permettre à un seul pays de contrôler l'accès à une voie navigable internationale, d'imposer des frais de transit et de conditionner les droits de navigation à une approbation politique établirait un précédent dangereux avec une réplique potentielle dans d'autres goulets d'étranglement à travers le monde. Les grandes économies asiatiques, notamment la Chine, le Japon, la Corée du Sud et l'Inde, dépendent fortement du brut du Golfe transitant par le détroit et seraient directement affectées par toute nouvelle exigence de transit.
Un cadre visant à rouvrir le détroit pourrait réduire le risque immédiat de perturbations de l'approvisionnement et soutenir la normalisation de l'activité maritime. Cependant, la perspective que l'Iran obtienne un rôle formel dans la supervision du trafic à travers le goulet d'étranglement restera probablement une source persistante de tensions géopolitiques, compte tenu notamment de la forte opposition des États-Unis et de leurs alliés.
À court terme, l'évolution des prix du pétrole continuera d'être dictée par les développements américano-iraniens, l'incertitude entourant les pourparlers en cours et la possibilité de frappes militaires le week-end continuant de soutenir les prix.