Les obligations vertes de l'Inde trouvent leur place, un « greenium » stable confirmant l'appétit des investisseurs
Points clés
- •Les assureurs indiens manifestent un intérêt marqué pour les obligations vertes souveraines, car ces titres correspondent à leurs engagements à long terme et, en tant que titres publics, entrent dans le calcul des détentions d'instruments approuvés exigées par l'IRDAI.
- •L'Inde a émis environ 16 000 crores de roupies (environ 2 milliards de dollars) d'obligations vertes souveraines sur des titres à cinq et dix ans lors de son premier exercice fiscal 2022-23, après la publication de son cadre en novembre 2022 et les premières adjudications en janvier 2023.
- •Le greenium désigne l'avantage de prix auquel les obligations vertes s'échangent par rapport aux obligations classiques comparables, les investisseurs acceptant des rendements légèrement inférieurs ; sa stabilité est interprétée comme le signe d'une demande durable soutenant une offre élargie.
- •Le Cadre d'obligations vertes souveraines de l'Inde est aligné sur les Green Bond Principles de l'International Capital Market Association et prévoit un Green Finance Working Committee chargé de sélectionner les dépenses admissibles, ainsi que des rapports périodiques d'affectation.
- •Le programme soutient les engagements climatiques de l'Inde, notamment la réduction de 45 % d'ici 2030 de l'intensité des émissions du PIB par rapport aux niveaux de 2005, le passage des capacités non fossiles à la moitié de la capacité installée d'ici 2030 et l'atteinte de la neutralité carbone d'ici 2070.

Le marché indien des obligations vertes souveraines trouve peu à peu sa place, un « greenium » stable soulignant l'appétit constant des investisseurs pour la dette publique verte du pays.
Les assureurs en Inde manifestent un intérêt marqué pour les obligations vertes souveraines, une évolution qui contribue à l'établissement d'un greenium substantiel. Le marché étant confiant dans sa capacité à absorber un volume supérieur de ces titres, des appels se font entendre en faveur d'une émission accrue de ces obligations. Les assureurs en ont besoin pour une allocation d'actifs optimale et pour des avantages réglementaires, ce qui souligne l'importance de soutenir cette demande dans le paysage financier indien.
Une obligation verte est un instrument de dette dont le produit est affecté à des projets durables pour l'environnement. Étant donné que les obligations vertes souveraines bénéficient de la garantie de l'État national, elles combinent la qualité de crédit des titres publics classiques avec un mandat environnemental dédié. Le format souverain a été initié par la Pologne, qui a émis la première obligation verte d'État en 2016, et les gouvernements de la France, de l'Allemagne et du Royaume-Uni sont depuis devenus des émetteurs réguliers, offrant à l'Inde un modèle mondial établi sur lequel s'appuyer.
L'Inde a posé les bases de son programme d'obligations vertes avec la publication de son Cadre d'émission d'obligations vertes souveraines (Sovereign Green Bond Framework) en novembre 2022, et la Reserve Bank of India a mené les premières adjudications d'obligations vertes souveraines en janvier 2023. L'émission totale du premier exercice fiscal 2022-23 s'est élevée à environ 16 000 crores de roupies (soit environ 2 milliards de dollars), répartie sur des titres à cinq et dix ans. Aligné sur les Green Bond Principles de l'International Capital Market Association, le cadre prévoit un Green Finance Working Committee chargé de sélectionner les dépenses admissibles, ainsi que des rapports périodiques sur l'affectation du produit des émissions. Ces instruments sont depuis proposés aux côtés du programme d'emprunt régulier du gouvernement, le produit étant orienté vers les dépenses publiques vertes admissibles.
Le programme relie les plans d'emprunt de l'Inde à ses engagements climatiques annoncés : dans le cadre de l'Accord de Paris, le pays s'est engagé à réduire de 45 % d'ici 2030 l'intensité des émissions de son PIB par rapport aux niveaux de 2005 et à porter les sources non fossiles à la moitié de la capacité électrique installée d'ici 2030, parallèlement à un objectif national de neutralité carbone d'ici 2070, annoncé au sommet de la COP26 à Glasgow en 2021.
Le « greenium », ou prime verte, désigne l'avantage de prix auquel les obligations vertes peuvent s'échanger par rapport aux obligations classiques de maturité comparable, les investisseurs acceptant un rendement légèrement inférieur en échange de la désignation environnementale. Un greenium stable est interprété comme le signe que la demande pour ces instruments est durable, ce qui renforce à son tour l'argument en faveur d'une augmentation de l'offre.
Les assureurs sont naturellement détenteurs de dette publique de longue durée, car leurs engagements à long terme correspondent aux maturités étendues de ces titres. Selon les normes d'investissement réglementaires indiennes établies par l'Insurance Regulatory and Development Authority of India (IRDAI), les assureurs doivent détenir une partie de leurs actifs dans des instruments approuvés, et les obligations vertes souveraines, en tant que titres publics, entrent dans le calcul de ces exigences — un avantage réglementaire souligné dans les commentaires de marché.
Avec une demande du secteur de l'assurance offrant une base stable et la confiance dans la capacité du marché à absorber une offre accrue, le maintien d'une demande institutionnelle de ce type est considéré comme essentiel pour approfondir le marché indien des obligations vertes et préserver le greenium qui s'est formé. Les indicateurs à venir sont le volume des émissions vertes souveraines dans les calendriers d'emprunt successifs et le rythme des rapports d'affectation post-émission exigés par le cadre, qui indiquent ensemble à quel point le marché s'institutionnalise de manière régulière.
Source : Economic Times Markets