ActualitésMacroLa Constitution exige 16 voix pour condamner lors d’une procédure de destitution

La Constitution exige 16 voix pour condamner lors d’une procédure de destitution

Auteur: Bworldonline·

Points clés

  • Le Sénat philippin compte 24 membres, ce qui porte à 16 voix le seuil constitutionnel des deux tiers requis pour condamner lors d’une procédure de destitution.
  • L’article interprète l’expression « tous les membres » comme imposant de retenir l’ensemble des membres du Sénat comme dénominateur, indépendamment de leur présence ou de leur participation.
  • L’auteur distingue cette disposition philippine de la Constitution américaine, qui fonde explicitement la condamnation en destitution sur les deux tiers des membres présents.
  • Selon cette interprétation, les sénateurs absents ou empêchés rendent la condamnation plus difficile, conformément à la volonté de la Constitution de fixer une barrière élevée à la destitution de responsables élus.
  • L’article soutient que les questions non résolues liées aux absences devraient être réglées par une révision constitutionnelle plutôt que par un écart au texte.
La Constitution exige 16 voix pour condamner lors d’une procédure de destitution

En matière de procès en destitution, la Constitution doit être lue telle qu’elle est rédigée.

Le juge de la Cour suprême des États-Unis Antonin Scalia avait coutume de dire : « La Constitution n’est pas un organisme vivant. C’est un document juridique : elle dit ce qu’elle dit et ne dit pas ce qu’elle ne dit pas. »

Ce principe est important dans le contexte de la confusion actuelle sur la manière dont la Constitution doit être interprétée. Les divergences d’opinion juridique sont naturelles. En revanche, il s’agit d’une tout autre question lorsqu’une interprétation ignore le texte clair de la loi afin d’atteindre un objectif politique ou de politique publique. C’est l’une des conséquences regrettables de la théorie de la « Constitution vivante », désormais discréditée.

En matière de procès en destitution, l’article XI, section 3 de la Constitution prévoit explicitement : « Nul ne peut être condamné sans l’assentiment des deux tiers de tous les membres du Sénat. »

Le Sénat compte 24 membres en vertu de l’article VI, section 2. Les deux tiers correspondent donc à 16.

Si la Constitution avait voulu que le dénominateur ne comprenne que les sénateurs aptes à voter ou effectivement présents, elle aurait pu le préciser, comme elle l’a fait à l’article VI, sections 16, 23 et 26, concernant respectivement le quorum, la déclaration de l’état de guerre et l’adoption des lois ordinaires.

L’article XI, section 3, emploie une formulation différente et claire : « tous les membres ». À cela s’ajoute la présomption juridique selon laquelle les lois — notamment les dispositions pénales, catégorie à laquelle les dispositions relatives à la destitution peuvent être assimilées — doivent être interprétées en faveur de l’accusé.

Pourquoi la Constitution parle-t-elle des « deux tiers » au lieu de préciser simplement 16 ? Cette formulation suit une rédaction traditionnelle et assure l’uniformité entre les deux chambres du Congrès. À la Chambre des représentants, qui fait également référence aux « deux tiers » et à « tous les membres », le dénominateur peut varier, car le redécoupage électoral peut modifier la composition de la Chambre. Le Sénat, en revanche, compte un nombre fixe de 24 membres.

Le même calcul s’applique à l’approbation des traités en vertu de l’article VII, section 21.

L’article I, section 3 de la Constitution des États-Unis, qui concerne les procès en destitution, est formulé ainsi : « Nul ne peut être condamné sans l’assentiment des deux tiers des membres présents. » La Constitution américaine emploie elle aussi l’expression « deux tiers », mais la fait immédiatement suivre de la précision « des membres présents ». Bien que la Constitution philippine soit, de l’aveu général, inspirée de la Constitution américaine, elle aurait facilement pu reprendre la même formulation. Elle ne l’a pas fait. Elle exige au contraire l’assentiment « de tous les membres ».

Certains soutiennent que la phrase « Lorsqu’ils siègent à cette fin » à l’article XI, section 3 indique que le calcul des deux tiers devrait reposer sur un dénominateur variable. Cette interprétation est pour le moins singulière. La phrase indique clairement que lorsque les sénateurs siègent en tant que membres du tribunal de destitution, ils doivent d’abord prêter un « serment ou une affirmation solennelle », car ces fonctions sont distinctes de leurs responsabilités législatives ordinaires. Elle ne modifie en rien l’exigence constitutionnelle des deux tiers « de tous les membres du Sénat » pour prononcer une condamnation.

Un autre argument consiste à dire que seuls les sénateurs ayant prêté serment en tant que juges de la destitution devraient être comptés. Mais la Constitution ne parle pas des deux tiers des « sénateurs juges » ni des deux tiers des sénateurs ayant prêté serment en tant que juges de la destitution. L’article XI, section 3, est direct : « Nul ne peut être condamné sans l’assentiment des deux tiers de tous les membres du Sénat. »

Ceux qui défendent des dénominateurs variables tentent de renforcer leur position en invoquant des situations hypothétiques, par exemple le cas d’un sénateur incarcéré, se trouvant à l’étranger ou autrement empêché de participer. Cette approche repose sur le sophisme de la « solution parfaite », c’est-à-dire une exigence irréaliste de perfection absolue. Il est erroné de rejeter une règle ou une solution généralement valable au seul motif qu’elle ne couvre pas tous les scénarios rares ou extrêmes.

Quelles que soient les circonstances, la Constitution exige toujours 16 sénateurs pour condamner lors d’un procès en destitution.

Cela rend-il la destitution plus difficile parce que chaque sénateur absent, empêché ou ne participant pas au vote devient de fait une voix en faveur de l’acquittement ? Oui. C’est le résultat recherché. La Constitution a délibérément fixé un seuil élevé, car la condamnation d’un haut responsable élu devait être difficile.

Une approche différente pourrait permettre ou encourager ceux qui cherchent à obtenir une condamnation à écarter ou à empêcher d’agir les sénateurs soupçonnés de favoriser l’acquittement. Le Sénat se retrouverait alors réduit et composé en grande partie de sénateurs favorables à la condamnation, qui pourraient l’emporter grâce à une majorité artificiellement abaissée. Un tel résultat serait contraire à l’orientation républicaine et démocratique de l’État de droit qui caractérise le système constitutionnel.

Il est difficile de justifier un système dans lequel le peuple se soumet au processus rigoureux d’élection de responsables nationaux pour voir ensuite sa volonté facilement renversée par un petit nombre de sénateurs.

Si l’argument est que la Constitution ne traite pas suffisamment les situations impliquant des sénateurs absents, la solution démocratique consiste à modifier la Constitution. Cette solution est préférable au fait d’ignorer son texte ou d’inventer une interprétation dans le seul but d’atteindre un objectif politique temporaire.

Jemy Gatdula est doyen de la UA\u0026P Law School et chargé de cours à la Philippine Judicial Academy en philosophie et jurisprudence constitutionnelles. Les opinions exprimées lui sont personnelles et ne reflètent pas nécessairement celles des institutions auxquelles il appartient.

Twitter @jemygatdula