La stratégie d'intimidation publique que Trump utilise contre ses critiques
Points clés
- •Des agents fédéraux de Homeland Security Investigations ont fouillé le domicile washingtonien de la représentante Ilhan Omar, apparemment à la recherche de documents de réfugiée remplis par son défunt père ; elle n'a pas été inculpée.
- •Trump a dénoncé Omar comme « totally crooked » (totalement véreuse) lors d'un meeting à Youngstown, dans l'Ohio, le jour même de la fouille, tandis que la foule scandait « deport » (expulsez).
- •Selon un reportage de Reuters cité dans l'article, un groupe de travail interagences a coordonné des représailles contre au moins 470 cibles, dont 128 agents fédéraux licenciés et 112 habilitations de sécurité révoquées.
- •L'article relie la fouille du domicile d'Omar à un schéma plus large d'actions impliquant James Comey, Letitia James, Lisa Cook, les journalistes Don Lemon et Georgia Fort, ainsi que des menaces contre des juges fédéraux.
- •Les tribunaux ont jusqu'ici résisté à plusieurs de ces actions, avec des grands jurys refusant d'inculper Letitia James et la Cour suprême bloquant la tentative de Trump de renvoyer Lisa Cook.

Les premières étapes de la répression autoritaire n'impliquent pas toujours des chars dans les rues. Plus souvent, un pouvoir cible publiquement et visiblement un petit nombre de personnes, envoyant un avertissement à tous les autres. La perquisition du domicile de la représentante Ilhan Omar, ainsi que d'autres actions décrites dans cet article, est présentée comme un exemple de cette stratégie.
La méthode a une longue histoire. Le 14 mars 1757, le roi George II ordonna l'exécution de l'amiral John Byng par un peloton d'exécution sur le pont du HMS Monarch dans le port de Portsmouth, après que Byng eut perdu une bataille au large de Minorque. Deux ans plus tard, Voltaire intégra cet épisode dans Candide, dans lequel un matelot demande pourquoi Byng a été exécuté. La réponse fut : « Dans ce pays, il est bon de tuer de temps en temps un amiral, pour encourager les autres. Pour encourager les autres. »
La logique est simple : choisir quelques personnes, en faire des exemples et répandre la peur dans l'ensemble de la population. Cela peut influencer le comportement public sans la dépense que représente une armée de police secrète
L'article soutient que le président Donald Trump a utilisé cette approche depuis son entrée en fonction et l'a de nouveau employée contre une membre du Congrès trois semaines avant une élection. Selon les informations rapportées, Homeland Security Investigations, une division de l'ICE (U.S. Immigration and Customs Enforcement), a fouillé le domicile d'Ilhan Omar à Washington à la recherche de documents remplis par son défunt père lorsqu'elle était enfant réfugiée. Omar n'a pas été inculpée, et l'ICE n'a pas expliqué le but de cette perquisition. Des reportages sur la perquisition ont été publiés par NBC News et CBS News.
Cet après-midi-là, Trump a qualifié Omar de « totally crooked » (totalement véreuse). Plus tard dans la soirée, lors d'un meeting à Youngstown, dans l'Ohio, il a décrit le pays d'origine d'Omar comme « l'un des pires pays de la planète » tandis que la foule scandait « deport » (expulsez). NBC News a rendu compte des propos de Trump.
L'article indique que l'administration cherchait apparemment depuis mars des moyens de s'attaquer à Omar. Dans une interview accordée à un podcasteur d'extrême droite, le-président JD Vance a affirmé qu'Omar avait « definitely committed immigration fraud » (certainement commis une fraude à l'immigration) et a déclaré que Stephen Miller examinait « comment t'attaquer, comment t'enquêter, comment monter un dossier ». Fox News a rendu compte des affirmations de Vance.
Miles Taylor, ancien chef de cabinet du département de la Sécurité intérieure, avait précédemment déclaré à l'auteur de l'article, dans une émission de radio et de télévision, que lorsque Trump s'est attaqué à lui, à James Comey et à d'autres, la perquisition elle-même constituait la punition. Une condamnation, voire un procès, n'est pas nécessaire pour infliger des dommages financiers et émotionnels ou faire taire des collègues par la peur. Des assignations, des lettres de menaces d'avocats et des perquisitions peuvent entraîner des centaines de milliers de dollars de frais juridiques et des mois d'angoisse.
L'article décrit cette pratique comme de plus en plus courante, allant de personnalités publiques de premier plan à une mère célibataire de deux enfants dans le New Jersey. Joanne Carducci, qui publie sous le nom de JoJoFromJerz sur Substack, a révélé le mois dernier que les avocats du président et de la première dame ont passé la première moitié de l'année à lui envoyer des lettres exigeant une rétractation, des excuses et de l'argent en raison de ses critiques en ligne contre Melania Trump. Dans son récit, publié sur Substack, Carducci a décrit ses inquiétudes pour ses enfants, son domicile et ses moyens de subsistance. L'article soutient que de nombreux autres auteurs et commentateurs ont pu recevoir des menaces similaires sans jamais les divulguer, en particulier lorsqu'une confidentialité était exigée.
L'article énumère plusieurs autres affaires qu'il associe à ce même schéma :
- James Comey a été inculpé deux fois, la plus récemment pour une photographie de coquillages publiée sur les réseaux sociaux. Six mois après sa mise en examen, il n'avait pas encore comparu et ne devait pas le faire avant janvier de l'année suivante. Le département de la Justice a également renvoyé sa fille de son poste de procureure fédérale à Manhattan. MS NOW a rendu compte du report de la comparution.
- Letitia James, la procureure générale de l'État de New York qui a obtenu une condamnation pour fraude contre Trump, a été inculpée pour fraude hypothécaire en octobre. Après que l'affaire a été classée en novembre, le procureur général adjoint Todd Blanche a présenté la même affaire à deux autres grands jurys en deux semaines ; aucun des deux n'a voté son inculpation. L'article indique que le directeur de l'Agence fédérale de financement du logement, Bill Pulte, poursuit désormais des actions contre elle. Des reportages sur les procédures des grands jurys sont parus sur NBC News et NBC News.
- Lisa Cook, première femme noire à siéger au conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale, est restée en fonction après que la Cour suprême a bloqué la tentative de Trump de la renvoyer. L'article indique que Trump a ensuite signé un ordre l'obligeant à comparaître à une audience à huis clos le 5 novembre, deux jours après l'élection. Law & Commentary a rendu compte du différendhttps://lawcommentary.com/articles/trump-lisa-cook-white-house-hearing-supreme-court).
- Le sénateur Adam Schiff a dû créer un fonds de défense juridique — un mécanisme permettant aux élus de couvrir leurs frais juridiques par des dons privés — pour faire face aux conséquences des actions dirigées contre lui.
- Cassidy Hutchinson, qui avait 25 ans lorsqu'elle a témoigné devant la commission du 6 janvier, est poursuivie par la division des droits civiques du département de la Justice, selon l'article.
- Après que Trump s'est attaqué à l'ancien directeur de la CIA John Brennan, critique public du président, deux procureurs ont démissionné successivement. Le dossier a ensuite été confié à des avocats militaires et à un ancien greffier de la juge Aileen Cannon.
- Davey Hearn, triple olympien, a été arrêté après avoir touché le Reflecting Pool, que Trump avait payé un donateur et ami pour repeindre. Jeanine Pirro, procureure fédérale du district de Columbia, a inculpé Hearn pour un felony passible de dix ans de prison. Ses avocats ont ensuite demandé aux inspecteurs généraux d'enquêter sur ce qu'ils ont qualifié de « cauchemar ». [ABC News a rendu compte de l'inculpation, et NBC News a rendu compte de la demande d'enquête.
L'article indique que la presse a subi un traitement similaire. Don Lemon et Georgia Fort, deux journalistes noirs, ont été arrêtés en janvier sur instruction personnelle de la procureure générale Pam Bondi alors qu'ils couvraient une manifestation devant une église de St. Paul. Un magistrat fédéral avait auparavant refusé de signer le mandat, invoquant l'absence de cause probable. Les procureurs ont ensuite reconnu que l'allégation sous serment selon laquelle les deux journalistes « chantaient avec des agitateurs » était fausse, mais leurs requêtes en annulation de l'arrestation sont toujours en attente et leurs frais juridiques continuent d'augmenter. Des reportages sont parus sur Minnesota Reformer et Yahoo News.
Trump s'est également attaqué à George Stephanopoulos et à ABC, qui a versé 16 millions de dollars pour régler l'affaire. L'article indique que Trump a ensuite tourné son attention, avec la participation de Brendan Carr, président de la Federal Communications Commission, vers Jimmy Kimmel d'ABC. À compter de vendredi, le département de la Justice avait adressé des demandes antitrust aux cinq grandes chaînes de télévision après qu'elles ont brièvement suspendu la couverture collective suite à l'interdiction de CNN par la Maison-Blanche. Une déclaration du Congrès sur cette question est disponible auprès du bureau du représentant Brad Friedman, tandis que NBC News a rendu compte de l'enquête du département de la Justice.
L'article cite un reportage de Reuters indiquant que l'administration Trump a mis en place un groupe de travail interagences, qui se réunit depuis mai de l'année précédente, afin de coordonner la punition des ennemis présumés. Le reportage de Reuters, primé aux Pulitzer, a recensé au moins 470 cibles de représailles en novembre dernier, dont 128 agents fédéraux licenciés et 122 habilitations de sécurité révoquées. L'organisation à but non lucratif Protect Democracy tient un outil de suivi des mesures de représailles plus complet. La source de l'article est Alternet.
Cette stratégie, soutient l'article, n'est pas nouvelle sur le plan historique. Après l'incendie du Reichstag en 1933, Adolf Hitler a ouvert le centre de détention de Dachau et emprisonné plusieurs milliers de commentateurs, hommes politiques et journalistes de gauche, dont Carl von Ossietky, qui a ensuite reçu le prix Nobel de la paix. Joseph Staline a utilisé l'assassinat de Sergei Kirov en 1934 comme prétexte à des procès-spectacles destinés à intimider les responsables du parti et les rédacteurs en chef susceptibles de s'y opposer.
En 2003, au début de ce qui est devenu plus tard la dictature de Vladimir Poutine, celui-ci a emprisonné un unique milliardaire oligarque, Mikhaïl Khodorkovski, après quoi les autres oligarques se sont tous alignés. Lorsque certains médias ont osé le défier, la journaliste Anna Politkovskaïa a été abattue dans l'ascenseur de son immeuble, et l'article indique que la presse russe a depuis cessé de s'exprimer. Des références de contexte incluent le décret de l'incendie du Reichstag, Carl von Ossietzky et Anna Politkovskaïa.
L'article établit également un parallèle avec la campagne anticommuniste du sénateur Joe McCarthy. McCarthy n'est jamais parvenu à envoyer qui que ce soit en prison pour communisme, mais, selon l'article, lui et son conseil principal Roy Cohn ont publiquement détruit la carrière de plusieurs personnes, poussant des milliers d'enseignants, de scénaristes, de diplomates et de syndicalistes au silence. L'auteur traite de cette histoire dans The Last American President, disponible sur Amazon, ainsi que dans l'émission de PBS Under Threat.
L'auteur raconte avoir lui-même goûté une version moins sévère de cette pression alors qu'il travaillait comme reporter et présentateur du journal du matin à WITL-AM/FM à Lansing, à la fin des années 1960 et au début des années 1970, alors la première station de la capitale du Michigan. Un policier d'État et un agent fédéral sont venus à la rédaction et ont annoncé qu'ils allaient procéder à des arrestations massives dans une maison occupée par de jeunes gens qui avaient cessé de payer leurs impôts fédéraux pour protester contre la guerre du Vietnam. Ils ont poliment demandé à la rédaction de ne pas en parler, affirmant ne pas vouloir encourager le mouvement.
Après leur départ, l'auteur et le directeur de l'information ont débattu pendant plusieurs heures. Ce dernier a finalement décidé de ne pas publier l'information. Aucune menace explicite n'a été proférée, mais l'auteur indique que deux hommes avec des badges et le pouvoir de rendre la vie difficile avaient demandé un service, et la rédaction s'est exécutée. Cette expérience l'a accompagné pendant plus de 50 ans.
L'article soutient que si une simple demande polie pouvait influencer une rédaction en 1970, une perquisition à l'aube au domicile d'une élue du Congrès peut affecter chaque journaliste, procureur, professeur et fonctionnaire qui suit l'actualité.
Les juges fédéraux, décrits comme l'une des rares forces capables d'arrêter Trump, ont également été menacés. Le U.S. Marshals Service a recensé 564 menaces contre des juges fédéraux au cours de l'exercice 2025. Dans le Rhode Island, le juge fédéral John McConnell a été qualifié de « monstre » et de « fou » par Trump et ses alliés après avoir bloqué un gel des financements. Les marshals ont informé McConnell qu'ils avaient identifié au moins six menaces de mort crédibles.
La juge fédérale Esther Salas a alerté ses collègues sur les conséquences de la rhétorique politique. En 2020, son fils de 20 ans, Daniel, a ouvert la du domicile familial dans le New Jersey à un partisan de Trump vêtu d'un uniforme de livreur. L'homme avait écrit que Salas était une « juge latino paresseuse et incompétente nommée par Obama » avant d'abattre Daniel. Un reportage sur l'attaque est paru sur TheGrio.
L'article conclut que l'objectif de cette intimidation est un pays silencieux : un pays où le procureur ne poursuit pas un donateur puissant, où le journaliste ne publie pas son article, où le professeur ne signe pas la lettre, où le grand juror évite une affaire embarrassante et où la juge pense à la sécurité de sa famille avant de statuer.
L'article indique également que les tribunaux ont jusqu'ici résisté. Trois grands jurys de Virginie ont refusé d'inculper Letitia James. Un magistrat du Minnesota a refusé de signer le mandat visant Don Lemon. Des juges d'Alexandria ont réprimandé les procureurs à l'audience. Des avocats de carrière en Floride ont quitté une affaire de conspiration majeure plutôt que d'y attacher leur nom. La Cour suprême a jugé que Trump ne pouvait pas renvoyer Lisa Cook à sa guise. Dans les semaines à venir, plusieurs échéances déjà programmées testeront cette résistance : l'audience à huis clos de Lisa Cook le 5 novembre, la comparution attendue de Comey en janvier et les requêtes en annulation toujours en attente dans l'affaire Don Lemon et Georgia Fort.
L'article met toutefois en garde : l'histoire montre que les tribunaux peuvent finir par céder une fois que le législatif et une grande partie de la presse ont été intimidés. Il conclut que, de l'avis de l'auteur, le seul moyen d'éviter ce scénario serait que les démocrates reprennent le contrôle du Congrès et utilisent le pouvoir d'assignation pour enquêter et révéler ce que l'article qualifie de projet fasciste.