La consommation mondiale de charbon atteint un record malgré le recul de la production d’électricité au charbon
Points clés
- •La consommation mondiale de charbon a augmenté de 0,7 % pour atteindre un record de 166,0 exajoules en 2025, mais sa part dans le mix énergétique mondial est passée de 27,9 % à 27,7 % alors que l’offre totale d’énergie progressait plus vite.
- •La production d’électricité au charbon a reculé de 0,3 % à l’échelle mondiale, même si la consommation totale de charbon augmentait, en raison notamment des usages industriels comme la sidérurgie et la production de ciment.
- •L’Asie-Pacifique a représenté 83,2 % du charbon consommé dans le monde, la Chine comptant pour 55,6 % à elle seule et l’Inde pour 13,9 %.
- •La consommation américaine de charbon a augmenté de 10,4 % en 2025, soutenue par la hausse de la demande d’électricité liée à l’expansion des centres de données et à la relocalisation industrielle, mais elle restait environ 62 % sous son pic de 2005.
- •Le commerce mondial du charbon a diminué de 3,1 % à 35,3 exajoules, la Chine ayant accru sa production intérieure et réduit ses importations de 10,1 %, ce qui montre que le record de consommation ne s’est pas traduit par un record du commerce international.

La consommation mondiale de charbon a atteint un nouveau record en 2025, semblant contredire des années de débats sur l’abandon du combustible fossile le plus intensif en carbone au monde. La combustion du charbon représente environ 40 % des émissions mondiales de dioxyde de carbone liées à l’énergie, ce qui fait de son évolution une variable centrale des efforts climatiques internationaux.
Mais le chiffre mis en avant ne raconte pas toute l’histoire.
La dernière Statistical Review of World Energy montre que la consommation mondiale de charbon a augmenté à 166,0 exajoules l’an dernier. Cela représente une hausse de 0,7 % par rapport à 2024.
Dans le même temps, la production mondiale d’électricité à partir du charbon a reculé. La production d’électricité au charbon a diminué de 0,3 % pour s’établir à 10 511 térawattheures.
Ces deux tendances ne sont pas incompatibles. Le charbon est utilisé non seulement pour produire de l’électricité, mais aussi dans la sidérurgie, la production de ciment et d’autres procédés industriels. Le charbon métallurgique reste indispensable à la sidérurgie classique en haut fourneau, qui représente encore la majorité de la production mondiale d’acier, et les alternatives commerciales à grande échelle n’en sont qu’aux premiers déploiements. La divergence reflète aussi une géographie en mutation, dans laquelle le charbon recule dans une grande partie du monde développé tout en restant profondément ancré dans l’économie industrielle asiatique.
Un record assorti de réserves importantes
La consommation de charbon a atteint un record en valeur absolue, mais elle n’a pas suivi le rythme de la demande énergétique globale.
L’offre mondiale totale d’énergie est passée de 592,2 exajoules en 2024 à 600,3 exajoules en 2025, soit une hausse d’environ 1,4 %. Le charbon a progressé plus lentement, de sorte que sa part dans le mix énergétique mondial est passée de 27,9 % à 27,7 %. Ainsi, malgré le record mondial de consommation de charbon, celui-ci a perdu une petite part de marché.
Ce schéma apparaît fréquemment lors des transitions énergétiques. Un combustible peut continuer à croître en valeur absolue tandis que des alternatives plus dynamiques réduisent sa part du total. Tant que la demande mondiale d’énergie continue d’augmenter, une perte de part de marché ne signifie pas nécessairement une baisse de consommation.
Les énergies renouvelables offrent une comparaison pertinente. L’offre d’énergie renouvelable a augmenté de près de 10 % en 2025, dépassant de loin le charbon. Mais l’appétit mondial pour l’énergie était suffisamment important pour absorber à la fois la croissance des renouvelables et un nouveau record pour le charbon.
Le charbon devient de plus en plus un combustible asiatique
La caractéristique la plus marquante du marché du charbon est sa concentration géographique.
L’Asie-Pacifique a consommé 138,1 exajoules de charbon en 2025, soit 83,2 % du total mondial. La Chine à elle seule a consommé 92,2 exajoules, soit 55,6 % de tout le charbon utilisé dans le monde. La Chine s’est engagée à atteindre un pic d’émissions de dioxyde de carbone avant 2030 et à commencer à réduire sa consommation de charbon au cours de la période 2026–2030, ce qui fait de sa trajectoire charbonnière un repère essentiel pour les résultats climatiques mondiaux.
L’Inde a apporté 23,1 exajoules supplémentaires, soit 13,9 % de la consommation mondiale. Ensemble, la Chine et l’Inde ont représenté près de 70 % de la consommation mondiale de charbon. En ajoutant l’Indonésie, ces trois pays ont consommé près de 73 % du total.
C’est pourquoi les affirmations générales sur une sortie mondiale du charbon peuvent être trompeuses. Le charbon recule régulièrement en Europe et en Amérique du Nord, mais son avenir se joue de plus en plus en Asie.
Les pays non membres de l’OCDE ont représenté 85,2 % de la consommation mondiale de charbon en 2025. Leur consommation de charbon a augmenté en moyenne de 1,9 % par an au cours de la dernière décennie. À l’inverse, la consommation des pays de l’OCDE a diminué de 4,8 % par an.
L’Europe n’a consommé que 4,4 % du charbon mondial l’an dernier. La part de l’Union européenne n’était que de 2,8 %, après une nouvelle baisse de 3,2 % de la consommation.
Le total mondial combine donc deux récits très différents. D’un côté, un recul de long terme du charbon dans une grande partie du monde développé. De l’autre, l’importance persistante du charbon pour les grandes économies asiatiques en croissance.
La production d’électricité au charbon a évolué dans la direction opposée
L’une des surprises des données de 2025 est que la production d’électricité au charbon a reculé alors même que la consommation totale de charbon augmentait.
La Chine a produit 5 756 térawattheures d’électricité à partir du charbon, en baisse de 1,1 % par rapport à 2024. La production charbonnière de l’Inde a reculé de 3,0 % à 1 464 térawattheures. Comme ces deux pays produisent près de 69 % de l’électricité mondiale issue du charbon, de faibles baisses en pourcentage peuvent avoir un effet important sur le total mondial.
La production au charbon en Asie-Pacifique a diminué de 1,2 %, tandis que l’Europe a enregistré une nouvelle baisse de 3,4 %. La production charbonnière de l’Union européenne a reculé de 3,6 % et n’a représenté que 2,6 % du total mondial.
L’écart entre consommation et production d’électricité indique que la demande de charbon hors du secteur électrique a contribué à soutenir le record. Les statistiques de consommation de charbon incluent des usages industriels qui ne sont pas captés par les totaux de production d’électricité. Les changements de rendement des centrales, de qualité du charbon, de stocks et de méthode de mesure peuvent également empêcher les deux séries d’évoluer en parfaite synchronisation.
Quelle que soit la combinaison précise de ces facteurs, le résultat est notable. Le monde a consommé une quantité record de charbon tout en en produisant moins d’électricité.
Les États-Unis ont fait figure de principal exception
Les États-Unis ont fortement divergé de la tendance générale du monde développé en 2025.
La consommation américaine de charbon a augmenté de 10,4 % pour atteindre 8,7 exajoules. La production d’électricité au charbon a bondi de 13,1 % à 804 térawattheures, tandis que la production intérieure de charbon a progressé de 4,4 %.
En valeur absolue, l’augmentation de la consommation américaine de charbon a été plus importante que la hausse nette enregistrée à l’échelle mondiale. La consommation américaine a augmenté d’environ 0,8 exajoule, tandis que le total mondial s’est accru d’environ 0,7 exajoule. Des baisses dans plusieurs autres pays ont compensé une partie de l’augmentation américaine.
Il ne faut toutefois pas y voir un retour à l’ancienne domination du charbon aux États-Unis.
La consommation américaine de charbon reste environ 62 % en dessous de son pic de 2005. La production d’électricité au charbon se situe environ 63 % sous son sommet de 2007, et la production est environ 54 % en dessous de son pic de 1998.
La hausse de 2025 a été importante, mais elle s’inscrit dans une tendance structurelle de long terme à la baisse. Les États-Unis ne représentaient encore que 5,3 % de la consommation mondiale de charbon et 7,7 % de la production mondiale d’électricité au charbon.
Le record de consommation n’a pas déclenché un boom des échanges
La production mondiale de charbon est restée proche de ses niveaux records à 180,8 exajoules, mais elle est restée pratiquement stable en 2025.
La Chine a augmenté sa production de 1,7 % et fourni 52,4 % du total mondial. Sa consommation de charbon est restée presque inchangée, mais ses importations ont reculé de 10,1 %. L’ensemble suggère que la hausse de la production intérieure a remplacé une quantité significative de charbon importé.
Ce déplacement a contribué à faire baisser le commerce mondial du charbon de 3,1 % à 35,3 exajoules. L’Indonésie, premier exportateur mondial, a vu ses exportations diminuer de 7,4 %. Les exportations américaines ont reculé de 11,5 %, tandis que les exportations colombiennes ont chuté de 21,3 %.
Ainsi, le record de consommation mondiale ne s’est pas traduit par un record du commerce international. Une grande partie du charbon mondial est produite et consommée dans les mêmes pays, en particulier la Chine et l’Inde.
Vue d’ensemble
Les données de 2025 ne valident ni l’idée que le charbon disparaît, ni l’idée que la transition énergétique s’est arrêtée.
L’utilisation du charbon a atteint un record, mais sa part dans l’énergie mondiale a diminué. La production d’électricité au charbon a baissé, mais les usages industriels et autres ont maintenu la consommation totale à un niveau élevé. Le charbon a fortement rebondi aux États-Unis tout en restant très en dessous de son pic historique. L’Europe a poursuivi son recul vis-à-vis du charbon, tandis que l’Asie a représenté plus des quatre cinquièmes de la demande mondiale.
Le marché du charbon n’est plus un récit mondial unifié. Il s’agit d’un fossé grandissant entre les pays qui réduisent régulièrement leur dépendance au charbon et ceux où il reste central pour l’électricité, l’industrie et le développement économique.
Ce fossé devrait continuer à définir le marché du charbon pendant de nombreuses années.
Par Robert Rapier
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