Les députés français approuvent de justesse une taxe de 31,4 % sur les conversions de cryptomonnaies en stablecoins
Points clés
- •L'Assemblée nationale française a approuvé le 16 octobre 2026 un amendement au budget 2027 par 38 voix contre 37, avec 25 abstentions, mettant fin au report d'imposition pour les échanges de cryptomonnaies contre des stablecoins conformes au cadre européen MiCA.
- •Si elle est promulguée, la mesure appliquerait la taxe française de 31,4 % sur les plus-values aux conversions en stablecoins même sans retrait de fonds vers un compte bancaire, avec une entrée en vigueur le 1er janvier 2027.
- •L'amendement remplacerait la méthode du prix d'acquisition global du portefeuille par une approche spécifique à chaque actif, selon laquelle le prix d'achat propre à chaque cryptomonnaie détermine sa plus-value imposable.
- •Les abstentions du Rassemblement National se sont révélées décisives dans la marge d'une voix, et l'intention déclarée de la députée Olivia Grégoire de voter contre la proposition a été prise en compte dans le relevé parlementaire sans modifier le résultat officiel.
- •La proposition doit encore passer l'examen du Sénat et survivre aux négociations budgétaires restantes, tandis que le ministre des Comptes publics David Amiel a soulevé des inquiétudes sur la capacité des autorités à définir et surveiller correctement les transactions en stablecoins.

L'Assemblée nationale française a approuvé de justesse un amendement controversé au projet de budget 2027 du pays qui soumettrait les conversions de cryptomonnaies en stablecoins à l'impôt sur les plus-values. La proposition a été adoptée le 16 octobre 2026 par 38 voix contre 37, avec 25 abstentions, même si le texte doit encore franchir plusieurs obstacles législatifs avant de devenir loi.
L'amendement, introduit par le député communiste Nicolas Sansu, mettrait fin au report d'imposition actuellement disponible lorsque les investisseurs échangent des cryptomonnaies contre des stablecoins conformes — des jetons adossés à des monnaies traditionnelles et largement utilisés comme intermédiaires d'échange sur les marchés crypto. S'il est promulgué, le changement prendrait effet le 1er janvier 2027.
Ce que la proposition changerait
Selon les règles fiscales françaises actuelles, les investisseurs déclenchent généralement l'impôt sur les plus-values lorsqu'ils convertissent des cryptomonnaies en monnaie traditionnelle ou achètent des biens. Les échanges entre cryptomonnaies bénéficient toutefois généralement d'un report d'imposition.
L'amendement supprimerait cette exemption pour les transactions impliquant des stablecoins conformes au cadre européen Markets in Crypto-Assets (MiCA), le régime réglementaire de l'Union pour les crypto-actifs et les émetteurs de stablecoins. Par conséquent, les investisseurs pourraient devoir la taxe française de 31,4 % sur les plus-values même sans retirer de fonds vers un compte bancaire, ce qui ferait du passage d'un jeton volatil à un stablecoin un événement imposable en lui-même.
Par exemple, un investisseur ayant acheté du Bitcoin pour 30 000 € puis l'ayant échangé contre 100 000 € de stablecoins conformes pourrait faire face à environ 21 980 € d'impôts. L'amendement modifierait également le calcul des plus-values imposables, remplaçant la méthode française du prix d'acquisition global du portefeuille par une approche spécifique à chaque actif, selon laquelle le prix d'achat propre à chaque cryptomonnaie détermine sa plus-value imposable.
Un vote serré et contesté
Les députés de gauche ont largement soutenu l'amendement, notamment les représentants de La France insoumise, du Parti socialiste et des groupes écologistes. Les députés alignés sur le président Emmanuel Macron et plusieurs partis conservateurs s'y sont généralement opposés.
Les abst du Rassemblement National se sont révélées décisives : des députés du parti ayant participé au vote, 25 se sont abstenus tandis que 10 ont voté contre l'amendement.
La marge d'une seule voix a attiré davantage l'attention après que la députée Olivia Grégoire a précisé qu'elle avait l'intention de voter contre la proposition. Bien que le relevé de votes parlementaire ait pris en compte sa correction, le résultat officiel est resté inchangé.
Des responsables gouvernementaux ont également soulevé des inquiétudes concernant la mise en œuvre. Le ministre des Comptes publics David Amiel s'est interrogé sur la capacité des autorités à définir et surveiller correctement les transactions en stablecoins — une question pratique pour toute application éventuelle de la taxe.
La suite
L'approbation par l'Assemblée ne promulgue pas automatiquement la nouvelle taxe. La proposition doit survivre aux négociations budgétaires restantes, y compris l'examen par le Sénat, où les parlementaires pourraient la modifier ou la supprimer.
Les représentants du secteur ont averti que la taxation des conversions en stablecoins pourrait pousser les investisseurs vers des plateformes décentralisées ou des bourses offshore.
Pour l'instant, le régime fiscal français actuel des cryptomonnaies reste inchangé. Les investisseurs devront attendre la législation budgétaire finale pour 2027 afin de savoir si les conversions en stablecoins deviendront imposables — la position du Sénat et le sort de la date d'entrée en vigueur du 1er janvier 2027 figurant parmi les points à surveiller à mesure que les négociations se poursuivent.