L'objectif de monnaie unique de la CAE pour 2031 face à des obstacles économiques et politiques
Points clés
- •Le délai initial de 2024 pour une monnaie commune est-africaine a été reporté à 2031 après que les États membres n'aient pas réussi à satisfaire aux critères de convergence et se soient heurtés sur la localisation de l'Institut monétaire d'Afrique de l'Est.
- •Aucun des huit États membres de la CAE ne satisfait actuellement aux quatre seuils de convergence principaux, qui exigent une inflation inférieure à 8 %, des déficits budgétaires inférieurs à 3 % du PIB, une dette publique inférieure à 50 % du PIB et des réserves couvrant au moins 4,5 mois d'importations.
- •Un exercice de vérification régionale a classé la Tanzanie comme l'hôte le plus approprié pour l'IMAE avec un score de 86,3 %, mais le désaccord politique sur la localisation de l'institution reste non résolu.
- •La CAE met en œuvre un plan directeur de système de paiement transfrontalier pour réduire les coûts de transaction et les délais de règlement, comme un tremplin pratique vers une intégration financière plus profonde avant qu'une monnaie commune ne se matérialise.
- •Les économies de la CAE devraient croître de 5,2 % en 2026, dépassant la moyenne de l'Afrique subsaharienne, tandis que l'inflation régionale moyenne a diminué à 6,7 % durant l'exercice financier 2025/26, contre 9,6 % un an auparavant.

Les gouverneurs des banques centrales d'Afrique de l'Est ont réaffirmé leur engagement à lancer une monnaie régionale unique d'ici 2031, mais des obstacles économiques, institutionnels et politiques substantiels continuent de jeter le doute sur la possibilité de respecter ce délai révisé.
Lors de la 29e réunion ordinaire du Comité des affaires monétaires de la Communauté d'Afrique de l'Est (CAE), tenue à Kampala en juillet 2026, les gouverneurs ont convenu d'accélérer la mise en œuvre de la feuille de route de l'Union monétaire d'Afrique de l'Est (UMEA). Cette impulsion renouvelée intervient alors que les progrès des États membres vers les conditions de convergence macroéconomique requises pour une union monétaire fonctionnelle restent inégaux.
La CAE exploite déjà une Union douanière, en vigueur depuis 2005, et un Marché commun établi en 2010. Une union monétaire représente la prochaine étape formelle de cette architecture d'intégration, faisant des critères de convergence un test de la capacité du bloc à consolider les acquis déjà réalisés en matière de commerce et de mobilité des facteurs.
Délais manqués et différends institutionnels
Le plan original de l'UMEA prévoyait une monnaie commune d'ici 2024. Ce délai a été reporté à 2031 après que les pays n'aient pas réussi à satisfaire aux critères de convergence requis et se soient empêtrés dans un différend sur la localisation de l'Institut monétaire d'Afrique de l'Est (IMAE), une institution clé conçue pour précéder une banque centrale régionale à part entière.
Les retards de la CAE sur l'union monétaire ont également soulevé des questions sur la viabilité d'une éventuelle monnaie numérique de banque centrale (MNBC) régionale.
Critères de convergence largement non satisfaits
Le défi économique reste considérable. Le cadre de convergence de la CAE exige des États membres qu'ils maintiennent :
- Une inflation globale inférieure à 8 %
- Des déficits budgétaires inférieurs à 3 % du PIB
- Une dette publique inférieure à 50 % du PIB
- Des réserves de change équivalant à au moins 4,5 mois d'importations
Aucun des États partenaires ne satisfait actuellement aux quatre critères principaux. Les données présentées à la CAE soulignent à quel point le bloc reste éloigné d'une convergence uniforme :
- Seuls 4 des 8 États membres satisfont au seuil de dette publique
- 3 satisfont à l'exigence de déficit budgétaire
- 2 satisfont à l'exigence de couverture des réserves
- La moitié respecte le plafond d'inflation
Cette divergence est particulièrement significative car une union monétaire exigerait des pays participants qu'ils renoncent à un contrôle substantiel sur leurs politiques monétaires individuelles. La crise de la zone euro du début des années 2010 a illustré comment les pays entrant dans une union monétaire sans positions budgétaires durables peuvent générer un stress systémique pour l'ensemble du bloc, une leçon qui n'a pas échappé aux décideurs politiques de la CAE concevant les mécanismes de surveillance et d'application.
Finances publiques et contraintes de personnel
Les finances publiques se sont révélées être un obstacle persistant. Les dépenses d'infrastructure, l'augmentation des coûts de service de la dette et les emprunts extérieurs ont laissé plusieurs gouvernements avec des déficits et des niveaux d'endettement supérieurs aux seuils convenus. Le Secrétariat de la CAE a également connu des pénuries de personnel dans les domaines responsables des affaires budgétaires et monétaires, entravant la mise en œuvre et le suivi de la feuille de route de l'union monétaire.
Architecture institutionnelle incomplète
Le cadre institutionnel envisagé par le protocole de l'UMEA reste inachevé. Le protocole prévoit plusieurs organes, notamment :
- L'IMAE
- Un organe statistique de la CAE
- La Commission des services financiers d'Afrique de l'Est
- La Commission de surveillance, de conformité et d'application d'Afrique de l'Est
Bien que la législation ait progressé pour certaines de ces institutions, leur pleine opérationnalisation a pris du retard par rapport au calendrier initial.
Le différend sur l'IMAE démontre que les obstacles ne sont pas uniquement économiques. Un exercice de vérification régionale a classé la Tanzanie comme l'hôte le plus approprié avec un score de 86,3 %, devant l'Ouganda à 82,42 %, le Burundi à 78,1 % et le Kenya à 77,35 %. Malgré ces résultats, le désaccord politique sur la localisation de l'institution reste non résolu.
Le bloc s'est également élargi. La Somalie est officiellement devenue le 8e membre de la Communauté d'Afrique de l'Est, ajoutant une nouvelle dimension à l'effort d'intégration et élargissant l'éventail économique entre les États membres.
Diversification des réserves et perspectives régionales
Les gouverneurs se tournent simultanément au-delà des réserves de change traditionnelles. Ils ont appelé à une plus grande diversification par le biais d'achats d'or nationaux et à des efforts plus intenses pour attirer les flux de transferts de fonds. La stratégie reflète les préoccupations concernant les tensions géopolitiques, les coûts énergétiques élevés et la vulnérabilité des réserves extérieures aux chocs mondiaux.
Malgré ces défis, les économies de la CAE devraient croître de 5,2 % en 2026, au-dessus de la moyenne projetée de 4,3 % pour l'Afrique subsaharienne. L'inflation régionale moyenne a également diminué pour s'établir à 6,7 % durant l'exercice financier 2025/26, contre 9,6 % un an auparavant.
Intégration des paiements comme tremplin
Le bloc poursuit également l'intégration financière par le biais de l'infrastructure de paiement avant qu'une monnaie commune ne devienne réalité. Le plan directeur du système de paiement transfrontalier de la CAE est en cours de mise en œuvre pour réduire les coûts de transaction et les délais de règlement, améliorer l'interopérabilité et remédier à la fragmentation de l'infrastructure de paiement. L'initiative pourrait approfondir l'intégration financière régionale même sans une union monétaire immédiate.
Un système de paiement régional fonctionnel peut offrir certains des avantages pratiques associés à une monnaie commune — notamment des transactions transfrontalières moins coûteuses et plus rapides — tandis que les gouvernements continuent de travailler à la tâche plus exigeante d'alignement des politiques budgétaires et monétaires.
Vers la crédibilité
Pour que l'objectif de 2031 reste crédible, la CAE devra résoudre plus que la convergence technique. Une discipline budgétaire plus stricte, des institutions régionales fonctionnelles, une surveillance macroéconomique crédible et un accord politique sur l'architecture de l'union monétaire seront tous indispensables.
L'engagement renouvelé représente moins une garantie que l'Afrique de l'Est aura une monnaie commune d'ici 2031 qu'une tentative de remettre le projet sur des bases institutionnelles et économiques crédibles après des années de retards.
Par ailleurs, le Secrétaire général de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) a exprimé sa confiance dans le fait que le continent africain au sens large finira par adopter une monnaie unique. Les progrès de la CAE, ou leur absence, seront vraisemblablement suivis de près par les autres communautés économiques régionales africaines qui envisagent des voies d'intégration similaires.