Un dirigeant de Circle propose une solution d’équivalence MiCA qui pourrait permettre le retour de Tether en Europe
Points clés
- •Tether a quitté le marché de l’UE plutôt que de restructurer ses réserves pour satisfaire à l’exigence de MiCA imposant aux grands émetteurs de détenir au moins 60% de leurs réserves dans des banques agréées.
- •Environ 99% des stablecoins sont émis en dehors de l’UE, ce qui signifie que le cadre actuel de MiCA ne couvre qu’une part marginale du marché mondial des stablecoins.
- •L’équivalence permettrait à l’UE d’accepter les règles de la juridiction d’origine d’un émetteur étranger à la place d’une conformité complète à MiCA, mais son application aux stablecoins nécessite de modifier MiCA lui-même.
- •L’UE a utilisé l’équivalence dans des secteurs comme l’assurance et la banque, mais n’a jamais appliqué ce cadre aux stablecoins, et les décisions dans la finance traditionnelle ont souvent pris des années.
- •Le processus formel de réexamen de l’UE lancé en mai 2026 représente l’occasion la plus prometteuse d’introduire un accès aux stablecoins fondé sur l’équivalence, même si un retour rapide de Tether reste peu probable compte tenu de son siège au Salvador et de l’absence d’autorisation américaine pour les stablecoins.

Tether (USDT) s’est retiré du marché européen plutôt que de se conformer à la réglementation de l’UE sur les stablecoins. Désormais, un haut dirigeant de Circle porte une proposition qui pourrait ouvrir la voie à son retour.
Le concept est connu sous le nom d’équivalence. Dans ce cadre, l’UE reconnaîtrait les normes réglementaires qu’une entreprise respecte déjà dans sa juridiction d’origine, supprimant la nécessité d’une pièce distincte émise dans l’UE.
Pourquoi la plupart des stablecoins évitent l’Europe
MiCA est le cadre réglementaire complet de l’UE pour les crypto-actifs, et l’un des premiers de ce type dans le monde. Ses dispositions relatives aux stablecoins ont atteint leur échéance finale de mise en œuvre le 1er juillet, faisant de l’UE un premier cas d’essai pour la manière dont les grandes économies réglementent la monnaie tokenisée.
Une lacune importante demeure dans le corpus réglementaire : l’UE ne dispose actuellement d’aucun mécanisme permettant de reconnaître les normes réglementaires du pays d’origine d’un émetteur étranger.
Par conséquent, toute entreprise souhaitant servir des utilisateurs de l’UE doit d’abord établir une entité agréée au sein du bloc. Patrick Hansen, responsable de la politique européenne de Circle, décrit cette voie comme un accès au marché difficile.
Selon l’estimation de Hansen, environ 99% des stablecoins sont émis en dehors de l’UE, ce qui signifie que les règles actuelles ne couvrent qu’une part marginale du marché mondial. Cela laisse aux plateformes d’échange crypto et aux traders européens des options limitées en matière de stablecoins, alors que ces jetons constituent les principaux instruments de négociation et de règlement sur les marchés des actifs numériques.
"Equivalence is emerging as a compelling alternative to the multi-issuance model, currently the only possible regulatory pathway for these global stablecoins under MiCA," Hansen stated.
Comment l’équivalence pourrait ramener Tether
Tether est le plus grand stablecoin au monde, avec une capitalisation boursière en temps réel d’environ $184 billion. Dans le cadre de MiCA, les grands émetteurs doivent détenir au moins 60% de leurs réserves de garantie dans des banques agréées. Tether conserve la majeure partie de ses réserves dans des instruments de dette du gouvernement américain. Plutôt que de restructurer ses avoirs, l’entreprise a laissé USDT être retiré de la cote par les plateformes d’échange de l’UE.
L’équivalence modifierait cette dynamique. L’UE pourrait choisir d’accepter les règles de la juridiction d’origine de Tether à la place d’une conformité complète à MiCA, ce qui permettrait potentiellement à USDT de réintégrer le marché européen sans jeton distinct propre à l’UE.
Toutefois, la question de savoir quelles règles nationales seraient admissibles reste non résolue. Tether a actuellement son siège au Salvador. L’entreprise n’a pas encore obtenu d’autorisation au titre de la nouvelle législation américaine sur les stablecoins et a plutôt développé un jeton distinct émis aux États-Unis au lieu de modifier USDT lui-même. Un retour rapide en Europe paraît donc peu probable.
USD Coin (USDC) a adopté une approche différente. Circle a obtenu un agrément français en 2024 et a maintenu sa présence dans l’UE dans le cadre de MiCA. Comme Circle opère déjà au sein du cadre MiCA, le changement proposé en matière d’équivalence bénéficierait principalement à ses concurrents.
Un outil établi appliqué à un nouveau secteur
L’équivalence n’est pas un concept nouveau. L’UE reconnaît déjà des régimes réglementaires étrangers dans des secteurs tels que l’assurance et la banque. En janvier 2025, elle a approuvé les chambres de compensation britanniques par ce mécanisme. Toutefois, ce cadre n’a jamais été appliqué aux stablecoins. En pratique, les décisions d’équivalence dans la finance traditionnelle ont souvent nécessité des années d’évaluation technique et de négociations entre juridictions.
Mettre en œuvre l’équivalence pour les stablecoins nécessiterait de modifier MiCA lui-même. L’occasion la plus prometteuse est le processus formel de réexamen lancé par l’UE en mai 2026.
Le contexte politique présente des difficultés. La majorité des grands stablecoins sont indexés sur le dollar américain, une dynamique qui a rendu les régulateurs de l’UE prudents. La Banque centrale européenne mène également des pilotes pour un euro numérique, qui offrirait une alternative soutenue par l’État aux stablecoins privés.
Pour l’instant, la porte à un accès aux stablecoins fondé sur l’équivalence reste fermée. Le prochain réexamen déterminera si l’UE entend l’ouvrir.