Le bac à sable suisse de stablecoin en francs suisses entre en phase de test avec l'arrivée de SIX et TWINT dans le consortium
Points clés
- •SIX et TWINT ont officiellement rejoint le bac à sable du stablecoin CHFD à son entrée en phase de test active le 8 septembre, aux côtés d'UBS, PostFinance, Sygnum, Raiffeisen, Zürcher Kantonalbank, BCV et Swiss Stablecoin AG.
- •CHFD est un stablecoin adossé 1:1 au franc suisse, techniquement lancé le 30 juin 2026, la plateforme étant exploitée via CHFD Infrastruktur AG, filiale de Swiss Stablecoin AG.
- •Les tests portent sur trois cas d'usage : les transactions automatisées interbancaires, le règlement d'actifs tokenisés et les paiements programmables qui s'exécutent automatiquement selon des conditions prédéfinies.
- •Le bac à sable est soumis à des plafonds de participants et de volumes, court jusqu'à fin 2026 et n'emporte aucun engagement de lancement commercial complet.
- •La participation de TWINT signale un intérêt potentiel pour les paiements de détail, alors que la Suisse ne dispose actuellement d'aucun stablecoin en CHF largement adopté malgré son intense activité réglementaire en matière de crypto.

L'establishment financier suisse s'attelle à une entreprise inhabituelle : construire un stablecoin ensemble. Le bac à sable suisse de stablecoin en CHF, un projet consortial réunissant certains des noms les plus emblématiques de la banque suisse, est entré le 8 septembre dans sa phase de test active avec l'arrivée de deux acteurs de poids. SIX, l'opérateur de l'infrastructure centrale du marché financier suisse, et TWINT, l'application de paiement mobile dominante du pays, ont officiellement rejoint le projet.
Le bac à sable comprend désormais UBS, PostFinance, Sygnum, Raiffeisen, Zürcher Kantonalbank, BCV et Swiss Stablecoin AG, aux côtés de SIX et de TWINT.
Ce que fait le bac à sable du stablecoin CHFD
Le projet repose sur CHFD, un stablecoin adossé 1:1 au franc suisse. Il a été techniquement lancé le 30 juin 2026, après le démarrage de l'initiative plus large le 8 avril 2026. Le bac à sable est exploité via CHFD Infrastruktur AG, une filiale de Swiss Stablecoin AG qui fournit la base technique de la plateforme.
Les tests portent sur trois cas d'usage principaux : les transactions automatisées interbancaires, le règlement d'actifs tokenisés et les paiements programmables. Les paiements programmables fonctionnent selon une logique « si ceci, alors cela » appliquée à l'argent — un paiement pourrait s'exécuter automatiquement lorsqu'une expédition passe la douane, ou un dividende pourrait être distribué dès son annonce, sans aucune intervention humaine.
Le bac à sable fonctionne sous des garde-fous stricts. Le nombre de participants et les volumes de transactions sont tous deux plafonnés, une pratique courante pour les bacs à sable réglementaires conçus pour contenir le risque tout en permettant aux institutions d'apprendre. L'initiative est prévue jusqu'à la fin 2026, et ses organisateurs ont été clairs sur son caractère exploratoire. Aucun engagement n'a été pris en faveur d'un lancement commercial complet.
Pourquoi SIX et TWINT comptent
SIX exploite la Bourse suisse et fournit l'infrastructure de post-marché de l'un des centres financiers les plus importants du monde. Le groupe n'est pas non plus étranger à la technologie des registres distribués : via sa plateforme SIX Digital Exchange (SDX), il exploite depuis 2021 une bourse numérique réglementée et un dépositaire central de titres construits sur DLT. Sa participation apporte au bac à sable une crédibilité institutionnelle qu'une jeune pousse crypto ne peut égaler.
TWINT apporte quelque chose de différent : la proximité avec les consommateurs. L'application est la réponse suisse à Venmo ou Apple Pay, largement utilisée pour les transferts entre particuliers et les achats en magasin. Son implication indique que le consortium ne se concentre pas uniquement sur le règlement interbancaire de gros — il existe au moins un intérêt à explorer si un stablecoin adossé au franc pourrait un jour toucher les paiements du quotidien.
La position de la Suisse dans la course européenne aux stablecoins
Le bac à sable de stablecoin en CHF n'existe pas dans le vide. Partout en Europe, les banques et institutions financières se précipitent pour développer des solutions de stablecoin réglementées, poussées en partie par le cadre MiCA (Markets in Crypto-Assets) de l'UE et en partie par la constatation que les stablecoins libellés en dollars comme USDT et USDC ont capté une part de marché énorme avec relativement peu de concurrence de la part des alternatives en euros ou en francs.
La Suisse, qui n'est pas membre de l'UE, suit depuis longtemps sa propre voie en matière de réglementation crypto, notamment avec la loi sur la technologie des registres distribués (DLT Act) entrée en vigueur en 2021 pour fournir une base juridique aux titres tokenisés. La Banque nationale suisse a également exploré une monnaie numérique de banque centrale de gros via le projet Helvetia en partenariat avec SIX. Malgré l'activité crypto considérable du pays, il n'existe pas de stablecoin en CHF largement adopté. Le bac à sable CHFD est une tentative de combler cette lacune.
Sygnum, l'une des premières banques d'actifs numériques réglementées au monde, apporte au consortium une expertise crypto-native. PostFinance, détenue par l'État suisse, confère une légitimité du secteur public. Zürcher Kantonalbank et BCV représentent le système bancaire cantonal, profondément ancré dans la vie quotidienne suisse.
L'accent mis par la phase de test sur le règlement d'actifs tokenisés mérite particulièrement l'attention. Les titres tokenisés sont un segment en croissance rapide, et l'infrastructure de règlement est l'un des points de friction réels où la technologie blockchain offre des améliorations mesurables par rapport aux systèmes traditionnels. C'est aussi le domaine où la Suisse dispose déjà d'infrastructures opérationnelles, ce qui rend les expériences du bac à sable directement pertinentes pour les circuits de marché existants plutôt que purement théoriques.
Le calendrier du bac à sable, qui court jusqu'à fin 2026, signifie que des résultats devraient émerger relativement rapidement. Que le consortium décide de passer à un produit commercial, de changer de conception ou d'abandonner purement et simplement le projet, les données générées pendant les tests influenceront probablement les stratégies de stablecoin de l'ensemble de la banque européenne.