La Corée du Sud lance un fonds stratégique de 20 000 milliards de wons pour l’IA, les semi-conducteurs et la robotique
Points clés
- •La Corée du Sud va créer un fonds d’investissement de 20 000 milliards de wons au sein de la Korea Investment Corporation pour orienter des capitaux vers l’IA, les semi-conducteurs, la robotique, la défense et la biotechnologie, marquant la première autorisation donnée à la KIC d’investir sur le marché domestique.
- •Environ 16 000 milliards de wons du capital initial proviendront de participations détenues par l’État dans des institutions financières publiques, tandis que 4 000 milliards de wons supplémentaires seront apportés via des transferts d’actions liés aux droits de succession et de donation.
- •Le fonds fonctionnera avec une structure à capital permanent sans échéance fixe, permettant un financement à long terme sur plusieurs cycles économiques, à l’image de grands fonds souverains de type endowment.
- •Des amendements à la Korea Investment Corporation Act doivent être présentés en août, avec un lancement opérationnel visé en 2027 sous réserve de l’approbation de l’Assemblée nationale.
- •Avec un National Growth Fund de 200 000 milliards de wons également prévu, les 220 000 milliards de wons d’engagements combinés placent Séoul parmi les gouvernements qui allouent les plus importants capitaux soutenus par l’État aux technologies stratégiques.

La Corée du Sud va créer un fonds d’investissement de 20 000 milliards de wons consacré à l’intelligence artificielle, aux semi-conducteurs, à la robotique, à la défense et à la biotechnologie. Le gouvernement placera ce compte au sein de la Korea Investment Corporation (KIC) et, pour la première fois, autorisera le gestionnaire de fonds souverain à investir dans des secteurs stratégiques domestiques. Cette décision marque une rupture notable pour la KIC, qui, comme la plupart des fonds souverains, a historiquement investi à l’étranger afin de diversifier les réserves et d’éviter de perturber les marchés nationaux. Les responsables indiquent que le fonds est conçu pour renforcer la sécurité économique, attirer des capitaux étrangers et soutenir des entreprises technologiques clés sur un horizon de plusieurs décennies.
Le mandat de la KIC s’étend aux marchés domestiques
Environ 16 000 milliards de wons du capital initial du fonds proviendront de participations détenues par l’État dans de grandes institutions financières publiques, dont Korea Development Bank, Export-Import Bank of Korea et Industrial Bank of Korea. Un montant supplémentaire de 4 000 milliards de wons sera apporté via des actions transférées dans le cadre des droits de succession et de donation. D’autres financements pourraient provenir d’excédents fiscaux liés aux semi-conducteurs, de dons privés et d’autres sources publiques.
Contrairement aux fonds de politique publique classiques, le nouveau compte n’aura ni échéance fixe ni date de liquidation planifiée, ce qui permettra aux gestionnaires de financer des projets nécessitant un capital stable et de long terme sur plusieurs cycles économiques. Cette structure à capital permanent rappelle l’approche de grands investisseurs de type endowment comme le Government Pension Fund Global de la Norvège, et reste relativement inhabituelle pour les véhicules sud-coréens soutenus par l’État.
Le compte achètera directement des participations en capital et exercera des droits de vote dans certaines entreprises nationales. La Corée du Sud entend également utiliser ce véhicule pour renforcer la gouvernance d’entreprise et protéger des technologies stratégiquement importantes contre des tentatives de prise de contrôle hostiles. Cette priorité donnée à la gouvernance s’inscrit dans le cadre plus large du programme de relèvement de la valeur d’entreprise lancé à Séoul en 2024 pour réduire l’écart persistant de valorisation entre les actions coréennes et leurs pairs régionaux — la « Korea discount ». La KIC conservera ce compte domestique séparé de son portefeuille d’investissement des réserves de change.
Le fonds cible l’IA, les semi-conducteurs, la robotique et la défense
Le gouvernement souhaite orienter ce capital vers des secteurs qui soutiennent la compétitivité nationale et la résilience industrielle. Les domaines prioritaires incluent les infrastructures d’IA, les semi-conducteurs, les centres de données, la robotique, la défense et la biotechnologie. La Corée du Sud abrite Samsung Electronics et SK Hynix, les deux plus grands fabricants mondiaux de puces mémoire, ce qui fait du leadership dans les semi-conducteurs une priorité économique et sécuritaire centrale pour Séoul.
Les responsables s’attendent à ce que le fonds repère rapidement des entreprises locales prometteuses, avant qu’elles ne cherchent des tours de financement plus importants. Ils estiment qu’un investisseur d’ancrage domestique peut attirer des fonds souverains, des fonds de pension et des gestionnaires d’actifs mondiaux à la recherche de partenaires coréens capables de filtrer les projets et de gérer les risques du marché local.
Plutôt que de servir d’outil de financement passif, le fonds jouera un rôle d’actionnaire actif. Les gestionnaires de la KIC évalueront chaque investissement sur ses mérites propres, tandis que le gouvernement définira de grandes priorités stratégiques. Séoul affirme que cette structure préservera l’indépendance professionnelle tout en faisant progresser des objectifs plus larges de politique nationale.
La législation ouvre la voie à un lancement en 2027
Le gouvernement prévoit de soumettre en août des amendements à la Korea Investment Corporation Act. L’Assemblée nationale doit approuver ces révisions avant que la KIC puisse commencer des investissements stratégiques domestiques. La Corée du Sud vise un début des opérations du fonds en 2027, une fois le processus législatif achevé.
La KIC, créée à l’origine pour gérer des fonds publics et soutenir le programme de réserves de change du pays, a déclaré environ $232 billion d’actifs sous gestion à la fin de 2025. Son mandat initial se concentrait principalement sur les actifs étrangers et les rendements en devises.
Cette initiative intervient après une baisse de 34% du Kospi en juillet et des pertes importantes parmi de grandes entreprises sud-coréennes de semi-conducteurs. Par ailleurs, la Corée du Sud prépare un National Growth Fund séparé de 200 000 milliards de wons ciblant l’IA et les industries avancées. Ensemble, ces deux programmes doivent accroître la disponibilité des capitaux à long terme et renforcer la position du pays sur les marchés mondiaux des technologies. Les 220 000 milliards de wons d’engagements prévus placent Séoul parmi les gouvernements qui mobilisent les plus importants pools de capitaux soutenus par l’État pour les technologies stratégiques.