Richard Heart, fondateur de HEX, arrêté à Istanbul selon la presse turque, qui évoque une notice rouge finlandaise
Points clés
- •Selon les médias turcs, la police d'Istanbul a arrêté à l'aube Richard Heart, fondateur de HEX, PulseChain et PulseX, dans le quartier de Beşiktaş, et interpellé également son épouse, mais aucune confirmation officielle n'a été émise.
- •L'arrestation reposerait sur une notice rouge d'Interpol obtenue par la Finlande en décembre 2024 pour évasion fiscale présumée estimée par Europol à des centaines de millions d'euros et pour l'agression d'un adolescent de 16 ans.
- •Les policiers auraient saisi téléphones, ordinateurs portables, armes à feu avec plus de 1 300 cartouches, deux drones, 64 montres de luxe et des espèces, les montants rapportés variant d'environ 600 000 USD à 4 millions USD.
- •Une plainte de la SEC américaine accusant Heart d'offres de titres non enregistrées ayant levé plus d'un milliard USD a été rejetée en février 2025 pour absence de juridiction personnelle, et l'arrestation à Istanbul n'est pas liée à cette affaire.
- •Toute extradition vers la Finlande reste incertaine : la Turquie décide de manière indépendante, la notice rouge n'oblige pas Ankara et aucune demande d'extradition formelle n'a encore été rendue publique.

Selon les médias turcs, les autorités d'Istanbul ont arrêté Richard Heart, fondateur de HEX, PulseChain et PulseX. D'après ces rapports, l'arrestation repose sur une notice rouge d'Interpol demandée par la Finlande. Aucune confirmation officielle n'a été émise.
Richard Heart est le pseudonyme de Richard James Schueler, 47 ans. Il est la figure publique centrale de trois projets crypto liés : le token HEX, PulseChain, un fork d'Ethereum, et PulseX, un échange décentralisé construit sur PulseChain où les utilisateurs échangent des tokens sans intermédiaire central. Les médias turcs le désignent sous le nom de « Balina James », qui se traduit par « Whale James ».
La Finlande a obtenu une notice rouge à son encontre en décembre 2024. Le même mois, Europol l'a inscrit sur sa liste des « personnes les plus recherchées d'Europe ». Une notice rouge n'est toutefois pas un mandat d'arrêt international. Elle demande simplement aux autorités de localiser une personne recherchée et de l'arrêter provisoirement. Selon les rapports, l'arrestation a eu lieu tôt le matin dans le quartier de Beşiktaş, à Istanbul. La police a simultanément interpellé son épouse, que les médias turcs identifient uniquement par les initiales A.K.
Perquisition à l'aube à Beşiktaş : ce que rapportent les médias turcs
Selon les rapports turcs, plusieurs agences d'État ont mené l'opération conjointement. Elles citent l'agence de renseignement MİT ainsi que les unités de renseignement et de lutte contre la criminalité financière de la police d'Istanbul. Le parquet général d'Istanbul a coordonné l'opération. Avant la perquisition, les enquêteurs avaient placé l'adresse de Beşiktaş sous surveillance technique et physique. Outre le Daily Sabah, qui publie en anglais, les journaux Sözcü, Karar et Takvim ont également relaté l'opération.
Si les rapports sont exacts, la liste des objets saisis est longue. Les policiers auraient saisi environ une douzaine de téléphones mobiles, plusieurs ordinateurs portables, des cartes graphiques et des boîtiers d'ordinateur. Plusieurs rapports turcs mentionnent également trois pistolets, quatre armes d'épaule, sept chargeurs et 1 360 cartouches. Les rapports évoquent en outre deux drones et des bijoux en or. Sözcü et Takvim dénombrent 64 montres de luxe, dont 53 Rolex et 11 Patek Philippe.
Les montants en espèces diffèrent selon les médias. Certains rapports turcs avancent la somme de 600 000 USD, 2 600 EUR et 50 000 livres turques. Sözcü et Takvim évoquent toutefois environ 4 millions USD. Il est par conséquent impossible de vérifier de manière indépendante quel montant est correct.
Toutes les informations proviennent de médias turcs, dont certains comme Sabah et Takvim, sont considérés comme proches du gouvernement. À ce jour, les autorités n'ont publié aucune déclaration officielle. De même, aucun acte d'accusation turc, mandat d'arrêt d'un tribunal turc ou demande d'extradition n'a été rendu public. Un média crypto international qui a repris l'affaire a également souligné l'attente d'une confirmation officielle.
La Finlande recherche Heart pour infractions fiscales et voies de fait
Le fondement juridique de l'arrestation se trouve en Finlande. La police d'Helsinki enquête sur Schueler depuis 2024 pour soupçon de fraude fiscale privée et commerciale. Au cœur du dossier figurent des écarts entre ses revenus déclarés et les estimations de l'administration fiscale finlandaise. Selon Europol, il n'aurait pas déposé de déclarations fiscales professionnelles et aurait déclaré des revenus incomplets dans des déclarations pré-remplies. L'agence policière de l'UE évalue les impôts soustraits à « des centaines de millions d'euros ». Par ailleurs, les enquêteurs finlandais l'accusent d'avoir agressé un adolescent de 16 ans.
Interpol a publié la notice rouge en décembre 2024 à la demande de la Finlande. Le même mois, Europol a inscrit le fondateur sur sa liste des « personnes les plus recherchées d'Europe ». Heart avait ensuite commenté cette inscription sur X, indiquant que c'était agréable d'être recherché. Sur le plan juridique, toutefois, une notice rouge a une portée limitée. Elle ne remplace ni une procédure judiciaire ni une décision d'extradition.
La couverture médiatique d'une partie de la presse turque interroge. Daily Sabah attribue l'arrestation à une « fraude crypto internationale », citant des rapports turcs. Or, pour la notice rouge de 2024, le même journal évoque lui-même la fraude fiscale et les voies de fait. Ce sont précisément les chefs d'accusation des enquêteurs finlandais, et la fraude aux investisseurs n'en fait pas partie. Certains médias turcs, comme Takvim, confondent l'affaire finlandaise avec des accusations antérieures du régulateur américain des valeurs mobilières. Aucun tribunal n'a condamné Schueler à ce jour.
Pourquoi la plainte de la SEC contre Heart s'est achevée en 2025
En juillet 2023, le régulateur américain des valeurs mobilières, la SEC, a déposé plainte contre Schueler ainsi que contre HEX, PulseChain et PulseX. L'agence l'accusait d'offres non enregistrées de titres crypto actifs ayant, selon elle, levé plus d'un milliard USD. En outre, la SEC a retenu un chef de fraude, alléguant que Schueler avait dépensé au moins 12 millions USD en biens de luxe. Cela incluait des voitures de sport, des montres et le diamant noir de 555 carats « The Enigma ». La plainte visait donc l'ensemble de l'environnement du projet autour de Heart, et non l'homme seul.
En février 2025, le tribunal de district des États-Unis pour le district oriental de New York a rejeté la plainte. La décision émanait de la juge Carol Bagley Amon. Le facteur déterminant était l'absence de juridiction personnelle. Selon le tribunal, la SEC n'avait pas suffisamment démontré que les déclarations en ligne de Heart visaient spécifiquement les États-Unis. Un contenu Internet accessible partout dans le monde ne suffisait pas. Le tribunal a laissé ouverte la question de savoir si l'affaire portait sur des titres. Dans un premier temps, la SEC a reçu 20 jours pour modifier sa plainte, délai que le tribunal a prolongé jusqu'en avril 2025. À l'expiration du délai prolongé, l'agence a indiqué qu'elle ne modifierait pas sa plainte, mettant fin à l'affaire. L'avocat de Heart, David Kirk, a ensuite qualifié l'issue de victoire complète pour son client.
Le rejet ne constitue donc pas un acquittement et ne confirme pas les allégations. Pour les fondateurs de projets crypto touchant un public mondial, la norme établie par le tribunal importe le plus. Selon cette norme, une communication en ligne accessible dans le monde entier ne suffit pas à elle seule à établir la juridiction américaine. D' les informations disponibles, l'arrestation à Istanbul n'a aucun lien avec l'affaire américaine. Elle repose plutôt sur la notice rouge demandée par la Finlande.
Il n'est pas certain que la Finlande obtienne Heart de la Turquie
C'est la Turquie elle-même qui décide d'une éventuelle extradition vers la Finlande. La notice rouge ne lie pas Ankara, et la demande ne crée aucune obligation de le remettre. La manière dont les tribunaux turcs statueraient sur une demande d'extradition est donc incertaine. De plus, aucune demande de ce type de la Finlande n'a été rendue publique à ce jour. Il n'est pas non plus établi si la justice turque ouvrira sa propre procédure contre Schueler. Jusqu'à un verdict, la présomption d'innocence s'applique à lui dans toutes les procédures.
Au moment de la rédaction, aucune confirmation publique n'émanait du parquet d'Istanbul ni du ministère turc de l'Intérieur. Il en va de même pour Interpol et les autorités finlandaises, dont la demande a initialement conduit à la notice rouge. Les informations disponibles reposent donc uniquement sur des rapports médiatiques turcs. L'affaire ne deviendra vérifiable qu'avec une déclaration officielle d'Istanbul ou une demande d'extradition d'Helsinki.