Renouveau national par la conversion : reconstruire les Philippines
Points clés
- •L’article affirme que les Philippines font depuis longtemps face à la faim, à la pauvreté, à un système éducatif fragile, à la corruption, aux inégalités et à une gouvernance inefficace malgré de nombreuses propositions de réforme.
- •Il soutient que le problème central n’est pas seulement institutionnel ou économique, mais aussi culturel, civique et moral.
- •Il appelle à un renouveau national fondé sur l’intégrité, la citoyenneté responsable, le service et l’engagement envers le bien commun.
- •Le texte demande davantage d’investissements dans l’agriculture, les entreprises rurales, la logistique et les infrastructures rurales afin de soutenir une croissance inclusive et la sécurité alimentaire.
- •Il avertit que les technologies numériques et la désinformation peuvent affaiblir la confiance dans les institutions démocratiques et doivent être encadrées par des principes éthiques.

À chaque saison électorale, à chaque changement d’administration et à chaque crise nationale, une nouvelle vague de propositions émane des secteurs public, privé et de la société civile pour résoudre les problèmes persistants des Philippines. Les experts recommandent des réformes dans l’éducation, la santé, l’agriculture, la gouvernance, la lutte contre la corruption, les infrastructures et la politique économique. Les organisations de la société civile plaident pour la transparence, la protection de l’environnement et les droits humains. Les chefs d’entreprise réclament des règles du jeu équitables, de la compétitivité et des investissements, tandis que les universitaires produisent d’innombrables études sur la pauvreté, les inégalités et le développement.
Pourtant, malgré des décennies de recommandations bien intentionnées, des millions de Philippins continuent de souffrir de la faim, de la pauvreté, de la malnutrition, d’une mauvaise santé, de résultats scolaires faibles, de la corruption, d’une gouvernance inefficace et de profondes inégalités sociales. Dans de nombreuses communautés, les dynasties politiques continuent de dominer la gouvernance locale, tandis que la participation publique demeure souvent faible. De nouveaux défis sont également apparus à l’ère numérique, notamment la désinformation en ligne et les opérations d’influence étrangère qui cherchent à manipuler l’opinion publique et à éroder la confiance dans les institutions démocratiques.
La question n’est donc pas de savoir s’il existe suffisamment de solutions. Il y en a. La question est de savoir pourquoi tant d’entre elles restent non mises en œuvre ou n’aboutissent pas à un changement durable.
La réponse réside peut-être dans le constat que le plus grand défi du pays n’est pas seulement institutionnel ou économique. Il est aussi culturel, civique et moral. Avant que les programmes ne puissent réussir, il faut que les personnes choisissent, décident et agissent pour changer. Avant que les institutions ne puissent être transformées, il faut d’abord transformer les cœurs, les habitudes et les priorités.
Ce dont les Philippines ont besoin, c’est d’un Renouveau national par la conversion — un vaste mouvement de renouveau personnel, civique et institutionnel.
Il ne s’agit pas d’une conversion au sens religieux étroit. Il s’agit plutôt d’un appel adressé à chaque secteur de la société pour renouveler son engagement envers la citoyenneté responsable, l’intégrité, le service et le bien commun.
Les parents sont les premiers à qui cet appel s’adresse. Aucun programme scolaire ou gouvernemental ne peut se substituer à un foyer où les valeurs se forment, où les enfants apprennent l’honnêteté, la discipline, le respect, la compassion et l’amour du pays. Les parents qui participent activement à l’éducation de leurs enfants, donnent l’exemple d’un comportement éthique et encouragent une citoyenneté responsable posent les bases les plus solides du développement national.
Les jeunes sont eux aussi appelés à dépasser l’indifférence et le cynisme. Ils ne sont pas seulement l’avenir de la nation ; ils sont des acteurs de la construction de son présent. Une citoyenneté responsable commence par le fait d’être informé, de respecter les processus démocratiques, de s’impliquer de manière constructive dans la vie communautaire, de rejeter la violence et l’intolérance, et d’exercer le droit de vote de manière réfléchie et indépendante.
Les enseignants occupent une place particulièrement importante dans ce mouvement. Au-delà de l’enseignement des matières académiques, ils contribuent à façonner le caractère, l’esprit critique et le sens des responsabilités civiques. Une éducation aux valeurs adaptée à l’âge, le raisonnement éthique, le respect de la vérité et l’appréciation de l’histoire nationale et des institutions démocratiques devraient accompagner le développement intellectuel. L’éducation doit préparer les élèves non seulement à l’emploi, mais aussi à une citoyenneté responsable.
Les secteurs public, privé et de la société civile doivent également adopter une culture renouvelée de l’intégrité. Chaque agent public qui refuse un pot-de-vin, chaque employé qui accomplit ses tâches honnêtement, chaque dirigeant d’entreprise qui paie scrupuleusement les impôts dus et chaque professionnel qui place l’éthique au-dessus de son intérêt personnel contribue à renforcer les institutions. La bonne gouvernance commence par d’innombrables décisions individuelles de faire ce qui est juste, même lorsque personne ne regarde.
Le monde des affaires a un rôle tout aussi important. La croissance économique des Philippines a été impressionnante à bien des égards, mais la pauvreté reste concentrée dans les zones rurales où l’agriculture est souvent à la traîne par rapport aux autres secteurs. Des investissements plus importants dans la modernisation agricole, les entreprises rurales, la transformation alimentaire, la logistique et les infrastructures rurales peuvent aider à créer des emplois, renforcer la sécurité alimentaire et générer des opportunités économiques plus inclusives. De tels investissements ne sont pas des actes de charité ; ce sont des investissements dans la résilience nationale à long terme et dans la prospérité partagée. Nous appelons les conglomérats, pour commencer, à la conversion en affectant des parts importantes, et non de simples montants symboliques, de leurs fonds investissables à la promotion et au développement du secteur agricole, à l’image de ce qu’ont fait les groupes MVP et Consunji.
Les dirigeants politiques portent eux aussi une responsabilité particulière. La direction politique est une confiance publique, non un héritage privé. Les citoyens sont en droit d’attendre des responsables publics qu’ils gouvernent avec transparence, renforcent les institutions, fassent respecter l’État de droit et placent l’intérêt national au-dessus des avantages personnels ou familiaux. Les démocraties fortes prospèrent lorsque la direction est redevable, que la compétition politique est ouverte et que les citoyens restent activement engagés dans les affaires publiques. Nous appelons les dynasties politiques qui ont gouverné si longtemps à la conversion, et à laisser la place à de nouveaux dirigeants capables de mieux traiter les problèmes de la faim, de la pauvreté et de la corruption. Et nous appelons les autres responsables gouvernementaux corrompus à cesser de voler l’argent du peuple et à se convertir en serviteurs publics éthiques.
Les innovateurs technologiques et les praticiens de l’intelligence artificielle doivent eux aussi reconnaître que l’innovation s’accompagne de responsabilités éthiques. Les technologies numériques peuvent accélérer l’éducation, la santé, l’agriculture, la réponse aux catastrophes et les services publics. Mais elles peuvent aussi être détournées pour diffuser la tromperie, accentuer les divisions sociales ou porter atteinte à la dignité humaine. Le progrès technologique doit donc être guidé par des principes de transparence, de responsabilité, d’équité, de confidentialité et de respect des droits humains.
Enfin, chaque Filipino a un rôle à jouer dans la protection de la démocratie elle-même. Les institutions démocratiques dépendent non seulement des constitutions et des lois, mais aussi de citoyens qui valorisent la vérité, rejettent la corruption, participent de manière responsable et restent vigilants face aux efforts — qu’ils soient étrangers ou nationaux — visant à manipuler le débat public, à affaiblir les institutions ou à diviser la société par la désinformation, la mésinformation, la mal-information et d’autres formes d’influence cognitive.
La Conversion nationale ne promet pas une transformation instantanée. Elle reconnaît que le progrès national durable commence par des millions de décisions quotidiennes prises par les parents, les étudiants, les enseignants, les travailleurs, les entrepreneurs, les professionnels, les agents publics, les responsables communautaires et les élus.
Les politiques restent essentielles. Les réformes institutionnelles restent nécessaires. La croissance économique reste indispensable. Mais sans changements correspondants dans les attitudes, les valeurs et les comportements, même les réformes les mieux conçues n’obtiendront qu’un succès limité.
Les Philippines n’ont jamais manqué de talent, de ressources ou de résilience. Ce qui leur a souvent manqué, c’est un engagement collectif soutenu envers le bien commun et l’amour du pays.
Peut-être que le prochain grand mouvement national ne devrait donc pas commencer par une nouvelle liste de programmes, mais par une invitation partagée : devenir de meilleurs parents, de meilleurs enseignants, de meilleurs dirigeants, de meilleurs citoyens, de meilleurs agents publics, de meilleurs entrepreneurs, de meilleurs titans et taipans, et de meilleurs gardiens de notre démocratie.
Les nations sont en définitive façonnées par le caractère de leur peuple. Lorsque suffisamment de citoyens choisissent l’intégrité plutôt que la corruption, le service plutôt que l’intérêt personnel, la vérité plutôt que le mensonge, la participation plutôt que l’indifférence, et l’espoir plutôt que le cynisme, les institutions deviennent plus fortes, les communautés plus résilientes et la démocratie plus sûre.
Les Philippines dont nous rêvons ne seront pas bâties par le gouvernement seul, ni par les entreprises seules, ni par la société civile seule. Elles seront bâties par des millions de Philippins qui choisissent, chaque jour, de vivre une conversion personnelle et civique vers le bien commun. Et, oui, une part de cette conversion consiste aussi en un engagement de chaque Filipino à prier pour notre pays chaque jour.
Cette conversion pourrait bien être la réforme la plus importante de toutes.
Rex C. Drilon II, FICD, est un ancien gouverneur de la Management Association of the Philippines, un ancien président de l’Institute of Corporate Directors, ainsi qu’un ancien vice-président et président de l’Institute for Solidarity in Asia.