ActualitésMacroLes salaires minimums aident-ils les travailleurs des familles pauvres et à faible revenu ?

Les salaires minimums aident-ils les travailleurs des familles pauvres et à faible revenu ?

Auteur: Marginal Revolution·

Points clés

  • L’article utilise le Survey of Income and Program Participation pour suivre dans le temps les travailleurs à bas salaire issus de familles pauvres ou proches de la pauvreté.
  • Les auteurs constatent des effets négatifs des hausses du salaire minimum sur l’emploi, les heures travaillées et les revenus des travailleurs à bas salaire déjà employés dans des ménages pauvres et à faible revenu.
  • Ils ne trouvent pas de preuve que les effets négatifs soient plus importants pour les travailleurs à bas salaire les plus pauvres.
  • Les résultats sont présentés comme une raison pour laquelle les salaires minimums pourraient ne pas réduire efficacement la pauvreté.
  • L’étude s’ajoute au débat de longue date sur le salaire minimum et les subventions salariales ciblées, comme l’Earned Income Tax Credit.
Les salaires minimums aident-ils les travailleurs des familles pauvres et à faible revenu ?

Nous fournissons les premières estimations directes des effets des salaires minimums sur les travailleurs à bas salaire dans des familles situées à différents points de la distribution du revenu par rapport aux besoins, en utilisant des données du Survey of Income and Program Participation, qui surreprésente les familles à faible revenu. Nous constatons des effets défavorables — plutôt que bénéfiques — des salaires minimums sur l’emploi, le nombre d’heures travaillées et les revenus des travailleurs à bas salaire déjà employés dans des familles pauvres et à faible revenu. Bien que nous ne trouvions pas de gradient indiquant des effets plus défavorables chez les travailleurs à bas salaire les plus pauvres, les effets négatifs observés pour les travailleurs à bas salaire pauvres et à faible revenu aident à expliquer pourquoi les salaires minimums ne réduisent pas la pauvreté.

C’est ce qu’indique un article récent de David Neumark et Emma Wohl.

Neumark est un économiste du travail qui étudie le salaire minimum depuis des décennies ; avec William Wascher, il a coécrit une synthèse très citée des travaux concluant que, globalement, les salaires minimums réduisent l’emploi parmi les moins qualifiés. Cette position s’inscrit dans un débat de longue date. Le débat moderne a pris forme après que l’étude de 1994 de David Card et Alan Krueger sur des restaurants de restauration rapide dans le New Jersey et en Pennsylvanie a trouvé aucune perte d’emplois après la hausse du salaire minimum dans le New Jersey, et des études ultérieures utilisant d’autres données et méthodes ont abouti à des conclusions divergentes — certaines ne trouvent que peu ou pas d’effet sur l’emploi, tout en observant des gains salariaux au bas de l’échelle, tandis que d’autres constatent des pertes d’emplois et d’heures concentrées chez les travailleurs les moins expérimentés.

Les enjeux dépassent le simple nombre d’emplois. Le salaire minimum fédéral est resté à 7,25 dollars de l’heure depuis 2009, tandis que des dizaines d’États et de nombreuses villes ont adopté des planchers plus élevés, et le Congrès a débattu à plusieurs reprises de propositions visant à relever le niveau fédéral, notamment à 15 dollars de l’heure. Comme l’objectif affiché de la politique est d’aider les familles actives situées en bas de l’échelle, la question centrale de l’article — ce qui arrive aux travailleurs qui commencent dans des ménages pauvres ou à faible revenu, plutôt qu’à l’emploi moyen — touche au cœur même de l’argument en faveur de cette politique.

Des travaux antérieurs avaient déjà remis en question le salaire minimum comme outil de lutte contre la pauvreté, en soulignant que de nombreux travailleurs rémunérés au salaire minimum sont des apporteurs de revenu secondaires dans des ménages situés au-dessus du seuil de pauvreté. L’apport du nouvel article est de suivre directement les bénéficiaires visés, en utilisant le Survey of Income and Program Participation du Census Bureau, qui interroge les mêmes ménages sur plusieurs années, ce qui permet de suivre l’évolution de l’emploi, des heures travaillées et des revenus chez les travailleurs qui commencent dans des familles pauvres ou proches du seuil de pauvreté.

Les résultats alimentent aussi une comparaison récurrente dans les débats de politique publique : planchers salariaux contre subventions salariales ciblées. L’Earned Income Tax Credit, qui augmente avec les revenus du ménage puis s’éteint à des niveaux de revenus plus élevés, est souvent cité par les économistes comme étant mieux ciblé sur les familles actives à faible revenu. La question ouverte, dans le débat plus large, est de savoir comment des éléments probants de cette nature s’articulent avec des études qui ne trouvent que peu ou pas d’effet moyen sur l’emploi des hausses du salaire minimum.