Pourquoi le HMRC est devenu un casse-tête fiscal majeur pour la fenêtre de transfert de la Premier League
Points clés
- •Le HMRC a ouvert des enquêtes fiscales visant 20 clubs de football, 83 joueurs et 21 agents au cours de l'exercice clos en mars 2024.
- •Les clubs de Premier League ont déclaré avoir dépensé plus de 400 millions de livres en honoraires d'agents lors de la saison 2023–24, ce qui fait du traitement fiscal de ces commissions un domaine de contentieux majeur.
- •Le gouvernement britannique a lancé une consultation sur la création d'une infraction pénale pour déclarations trompeuses imprudentes en matière d'impôts directs, une mesure qui pourrait comporter des risques particuliers pour les footballeurs.
- •Le HMRC conteste régulièrement la répartition des honoraires d'agents entre les services rendus au club et au joueur, estimant qu'une part plus importante devrait être imposée au joueur au titre d'avantage en nature.
- •L'expert fiscal Alistair Culverwell propose que le HMRC, les clubs, les joueurs, les agents et leurs conseillers s'engagent de manière proactive avant la finalisation des transactions afin de convenir des répartitions d'honoraires et de réduire l'incertitude.

Le HMRC pourrait-il constituer le plus grand obstacle à un système de transferts plus sain en Premier League ? C'est la question posée par Alistair Culverwell, responsable du contentieux fiscal chez Forvis Mazars.
Alors qu'une nouvelle Coupe du Monde s'achevait dans un suspense intense sur et en dehors du terrain, le tournoi a une fois de plus servi de toile de fond à des transactions à enjeux, les clubs négociant par l'intermédiaire d'agents pour s'assurer les talents les plus convoités — en particulier les joueurs s'étant illustrés sur la scène mondiale.
Il est toutefois un spectateur qui prête une attention bien plus grande à ce qui se passe en dehors du terrain qu'en plein match : le HMRC.
Le contrôle du HMRC sur le football est bien établi au Royaume-Uni, remontant à plus d'une décennie de différends très médiatisés concernant les paiements liés aux droits d'image et les structures contractuelles. Au cours de l'exercice clos en mars 2024, l'autorité fiscale a ouvert des enquêtes sur 20 clubs de football, 83 joueurs de football et 21 agents de football. Ces groupes demeurent un domaine d'intervention majeur pour le HMRC — et un casse-tête persistant pour les clubs, les joueurs et les agents.
La pression fiscale croissante intervient à un moment où les finances de la Premier League sont déjà soumises à des contraintes réglementaires sans précédent. Plusieurs clubs, dont Everton et Nottingham Forest, ont été sanctionnés par des retraits de points au cours de la saison 2023–24 en vertu des règles de rentabilité et de durabilité de la Premier League (PSR), qui plafonnent les pertes admissibles sur une période glissante de trois ans. Le dispositif de contrôle du HMRC ajoute une dimension supplémentaire de risque financier pour des clubs qui s'efforcent déjà de respecter les limites de dépenses.
Pour ceux qui travaillent dans l'industrie du football professionnel, la situation ne devrait pas s'arranger de sitôt. Le gouvernement a lancé une consultation sur des propositions visant à créer une infraction pénale pour les « déclarations trompeuses imprudentes » en matière d'impôts directs. Une législation similaire existe déjà pour les impôts indirects tels que la TVA. Si elle était adoptée, une telle loi comporterait des risques particuliers pour le football — et tout spécialement pour les joueurs eux-mêmes.
Le HMRC dans le viseur
En vertu des règles de la FIFA et de la FA, les agents représentent fréquemment à la fois le joueur et le club lors d'un transfert ou d'une renégociation de contrat afin de faire aboutir la transaction. Les agents divisent généralement leurs honoraires entre les services rendus au club et ceux rendus au joueur. Le club réglant la facture, la part attribuée au joueur est imposée entre les mains de ce dernier au titre d'avantage en nature.
Les sommes en jeu sont considérables. Les clubs de Premier League ont déclaré avoir dépensé plus de 400 millions de livres en honoraires d'agents lors de la seule saison 2023–24, selon les chiffres publiés par la ligue. Avec les indemnités de transfert et les masses salariales pesant déjà sur les bilans des clubs, le traitement fiscal des commissions d'agents est devenu un domaine de plus en plus contesté.
Le HMRC, cependant, conteste régulièrement la répartition des honoraires totaux entre les services rendus au club et au joueur, estimant qu'une part plus importante devrait être imposée au joueur. L'autorité fiscale s'interroge également sur ce qui doit prévaloir dans la détermination de cette répartition — les termes du contrat ou une analyse approfondie du travail réellement effectué par l'agent.
Le débat porte sur la question de savoir si la répartition doit être fondée sur des critères quantitatifs (le temps consacré à chaque partie) ou qualitatifs (la partie ayant tiré le plus grand bénéfice des services de l'agent). Ce sont des distinctions qui peuvent s'avérer extrêmement difficiles à démêler dans l'environnement souvent chaotique et de dernière minute des transactions footballistiques.
Les dernières directives du HMRC, mises à jour en mai 2024, portaient principalement sur les documents que les clubs et les agents doivent conserver. Elles n'abordaient pas le problème sous-jacent — l'incertitude persistante quant à la manière dont la répartition des honoraires d'un agent entre les services rendus au club et au joueur devrait être déterminée en pratique.
L'infraction pénale proposée pour les « déclarations ou attestations trompeuses imprudentes » ne fait qu'accentuer le risque. La définition de « déclaration » est potentiellement large — pouvant inclure des déclarations orales — et l'imprudence, telle qu'elle est définie pour d'autres infractions pénales, est par nature subjective.
Les finances du football sous surveillance
Le risque inhérent aux transactions footballistiques est amplifié par l'enchevêtrement complexe de faits impliqués. Les joueurs faisant l'objet d'une enquête du HMRC peuvent ne pas avoir accès à tous les éléments de fait qu'on leur demande d'expliquer — il se peut qu'ils n'aient pas assisté à toutes les étapes des négociations. Même si les individus ne sont finalement jamais inculpés, une enquête pénale peut avoir des effets profondément néfastes sur la vie personnelle et professionnelle d'un individu.
Associée à la détermination affichée du gouvernement de réprimer l'évasion fiscale et à l'augmentation générale des enquêtes pénales, cette situation pourrait constituer un défi de taille pour les footballeurs professionnels. Les nouveaux pouvoirs envisagés dans la consultation pourraient également rapprocher le Royaume-Uni d'autres juridictions. L'Espagne est un exemple marquant d'un pays qui a ouvert des enquêtes pénales et poursuivi un certain nombre de personnalités de premier plan, dont des footballeurs, les affaires impliquant des stars telles que Lionel Messi et Cristiano Ronaldo ayant attiré l'attention du monde entier sur le croisement entre le football et l'application de la législation fiscale.
Une solution plus simple et plus élégante, soutient Culverwell, consisterait en un engagement précoce et proactif entre le HMRC, les joueurs, les clubs, les agents et leurs conseillers. Cette approche éliminerait les conjectures, permettrait aux parties de présenter l'économie d'une transaction au HMRC avant le dépôt des déclarations fiscales, et donnerait à toutes les parties la possibilité de convenir d'une répartition logique des honoraires et de la faire valider formellement.
Alistair Culverwell est responsable du contentieux fiscal chez Forvis Mazars.