MiCA 2.0 ? L’UE ouvre la porte à des règles crypto plus larges
Points clés
- •La Commission européenne a ouvert sa consultation sur la révision de MiCA le 20 mai, en prolongeant la date limite de réponse du 31 août au 30 septembre afin de recueillir les avis des acteurs du secteur et des parties prenantes.
- •Les dispositions de MiCA sur les stablecoins sont en vigueur depuis le 30 juin 2024, et le régime plus large des prestataires de services sur crypto-actifs depuis le 30 décembre 2024, offrant aux décideurs leur première expérience pratique de mise en œuvre du cadre.
- •Le GENIUS Act américain, adopté le 18 juillet 2025, permet à certains émetteurs étrangers de stablecoins d’accéder au marché américain et a été explicitement lié par le secrétaire au Trésor Scott Bessent à la préservation de la suprématie du dollar.
- •La consultation réexamine des activités largement restées hors du champ initial de MiCA, notamment la DeFi, le lending et l’emprunt de crypto-actifs, les services de staking et les marchés de NFT, avec des implications potentielles sur les coûts de conformité dans l’industrie crypto européenne.
- •En vertu de l’article 140, la Commission européenne doit remettre au Parlement et au Conseil un rapport sur le fonctionnement de MiCA d’ici au 30 juin 2027, rapport qui pourrait inclure une proposition législative si les éléments recueillis justifient des amendements.

La révision de MiCA par la Commission européenne dépasse désormais le simple nettoyage technique pour aborder des questions susceptibles de remodeler le marché crypto de l’UE. MiCA est largement considéré comme le premier cadre réglementaire complet sur les crypto-actifs adopté par une grande économie, ce qui signifie que les conclusions de cette révision devraient être suivies de près par d’autres juridictions qui élaborent encore leurs propres règles. Avec des réponses attendues d’ici au 30 septembre, le débat porte de plus en plus sur la limite du périmètre réglementaire européen et sur la possibilité que des règles plus strictes poussent l’activité vers des juridictions plus rapides à agir.
Points clés
La première phase de mise en œuvre de MiCA a révélé des lacunes qui ne peuvent pas toutes être comblées par de simples orientations.
Le débat sur les stablecoins devient une question d’accès au marché, d’influence monétaire et de concurrence réglementaire avec les États-Unis.
Étendre la réglementation européenne au staking, au lending ou à la DeFi pourrait réduire l’incertitude juridique tout en augmentant les coûts de conformité.
La tokenisation rend de plus en plus difficiles à maintenir les frontières traditionnelles entre crypto, banque, valeurs mobilières et paiements.
L’issue déterminera en partie si l’Europe élargit MiCA ou s’appuie sur les règles financières existantes pour absorber la prochaine vague d’actifs numériques.
Ce qui vient après MiCA
Le 20 mai, la Commission européenne a ouvert sa consultation ciblée sur la révision de MiCA. La date limite de réponse, initialement fixée au 31 août, a depuis été repoussée au 30 septembre.
L’article 140 de MiCA oblige Bruxelles à remettre au Parlement européen et au Conseil, d’ici au 30 juin 2027, un rapport sur le fonctionnement du règlement. Ce rapport peut être accompagné d’une proposition législative si les éléments recueillis indiquent qu’une modification est nécessaire.
« MiCA 2.0 » n’est pas le nom juridique donné par la Commission à ce processus. L’expression est devenue un raccourci pour le débat plus large qui se forme autour de cette révision : l’Europe a-t-elle besoin de corrections ciblées ou d’un ensemble plus vaste couvrant des marchés et services que MiCA a laissés hors de son champ ou traités seulement partiellement.
Le calendrier offre aux décideurs un élément qu’ils n’avaient pas lors de la négociation du cadre initial : une expérience concrète de MiCA en application. Les dispositions de MiCA concernant les asset-referenced tokens et les e-money tokens sont applicables depuis le 30 juin 2024, tandis que le régime plus large pour les crypto-asset service providers est entré en vigueur le 30 décembre 2024. La période maximale de maintien des prestataires existants a expiré le 1er juillet, même si les États membres pouvaient la raccourcir. Les licences, la conformité et l’expérience de marché peuvent désormais servir à évaluer le fonctionnement réel des règles.
Les stablecoins mondiaux deviennent le premier grand test de MiCA
MiCA a déjà modifié les stablecoins que les clients européens peuvent négocier. L’ESMA a demandé début 2025 aux régulateurs nationaux de veiller à ce que les CASP cessent de fournir certains services liés à des asset-referenced tokens et à des e-money tokens non conformes. Kraken a ensuite retiré USDT et plusieurs autres stablecoins de la négociation pour les clients de l’EEE.
L’émission transfrontalière pose désormais un problème plus complexe.
Un stablecoin mondial peut impliquer un émetteur régulé dans l’UE et un autre situé hors du bloc, avec des tokens fongibles circulant sur les deux marchés. Pour les détenteurs, les actifs peuvent sembler identiques alors qu’ils reposent sur des sociétés, des réserves et des juridictions différentes.
Cette distinction devient importante en cas de demandes de rachat massives. Si les détenteurs hors d’Europe peuvent, de fait, puiser sur un émetteur de l’UE alors qu’une partie du pool de réserves plus large reste hors du contrôle européen, la pression de liquidité créée ailleurs pourrait se répercuter sur l’entité européenne.
Le Conseil européen du risque systémique a mis en garde contre les structures multi-émetteurs, notamment les risques liés à la disponibilité des réserves, à l’arbitrage réglementaire et aux rachats transfrontaliers.
L’une des options à l’étude est un régime d’équivalence. Des émetteurs admissibles de pays tiers pourraient accéder à l’Europe sous réserve de conditions portant sur les réserves, les droits de rachat et la coopération entre régulateurs.
Les États-Unis élaborent leur propre version de cette approche, offrant à l’Europe un point de comparaison concret au moment d’envisager la suite. D’autres juridictions construisent également des cadres concurrents : le Royaume-Uni consulte sur son propre régime pour les cryptoassets, Singapour encadre les services de digital payment tokens au titre de la Payment Services Act, et Hong Kong a lancé un système d’agrément pour les prestataires de services sur actifs virtuels.
Le GENIUS Act renforce les enjeux
Les États-Unis ont adopté le GENIUS Act le 18 juillet 2025, créant une voie d’accès pour les émetteurs étrangers de stablecoins capables de satisfaire aux exigences réglementaires américaines.
Dans sa version finale, le GENIUS Act permet à un émetteur étranger d’accéder au marché américain si son régime réglementaire national est jugé comparable au cadre américain et s’il remplit des conditions supplémentaires imposées par les États-Unis. Celles-ci incluent l’enregistrement auprès de l’Office of the Comptroller of the Currency et, sauf disposition contraire d’un accord de réciprocité, des réserves suffisantes auprès d’une institution financière américaine pour répondre aux besoins de liquidité des clients américains.
Ces exigences deviennent particulièrement importantes à compter du 18 juillet 2028. La note de mise en œuvre du Trésor explique que les prestataires d’actifs numériques ne pourront généralement pas proposer un stablecoin à des clients américains à moins qu’il ne provienne d’un émetteur américain autorisé ou d’un émetteur étranger admissible.
L’objectif politique dépasse le simple contrôle du marché. Lors de la signature du GENIUS Act, le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent a directement lié le texte à la « suprématie du dollar ».
C’est important pour l’Europe, car les stablecoins adossés au dollar disposent déjà de la liquidité la plus profonde sur les marchés crypto mondiaux. Comme nous l’avons examiné après l’avertissement du FMI selon lequel les stablecoins locaux pourraient accélérer la dollarisation, placer sur la même infrastructure des tokens domestiques et des tokens libellés en dollars peut faciliter la migration des capitaux vers des dollars numériques.
La Banque centrale européenne avance par ailleurs sur son projet d’euro numérique, actuellement en phase préparatoire, afin de préserver une option de paiement de banque centrale dans un environnement monétaire de plus en plus numérique. Le traitement réservé par MiCA aux stablecoins privés interagira avec cet objectif de politique monétaire plus large.
Les décideurs européens sont donc face à un arbitrage concret. Les garanties sur les réserves et les rachats restent centrales dans MiCA, mais des règles rendant l’accès nettement plus difficile que sur les marchés concurrents pourraient déplacer la liquidité et l’activité des stablecoins ailleurs.
La DeFi, le staking et le lending reviennent sur la table
La consultation ciblée demande aussi des retours sur la DeFi, le staking, le lending et l’emprunt, ainsi que sur d’autres activités qui ne s’intègrent pas clairement dans le cadre actuel.
Plusieurs de ces omissions étaient volontaires lors de la rédaction de MiCA.
Le lending et l’emprunt d’actifs numériques ne sont pas couverts par le règlement, laissant le droit national en vigueur pendant que l’UE examinait la nécessité d’un régime commun. La DeFi pose un défi différent, car une grande partie de MiCA a été conçue autour d’émetteurs et de prestataires identifiables. Les protocoles fonctionnant sans intermédiaire conventionnel peuvent être difficiles à appréhender au moyen des mêmes règles.
Le staking entre déjà dans le champ de MiCA dans certaines situations, notamment lorsqu’un service implique la conservation d’actifs. La révision examine désormais si ce traitement est suffisant ou si le staking nécessite des dispositions plus précises.
Toute extension aurait des conséquences immédiates pour les plateformes d’échange et autres CASP proposant du staking, du lending ou des produits de rendement en plus du trading et de la garde. Les questions relatives au capital, à la conduite et aux obligations d’information pourraient donc compter autant que les définitions juridiques elles-mêmes.
Les NFT sont eux aussi réexaminés
Les NFT constituent un autre domaine où le traitement actuel de MiCA est testé.
Le règlement exclut les crypto-actifs réellement uniques et non fongibles, y compris certaines œuvres d’art numériques et objets de collection. Cette exemption est plus étroite que le simple fait d’apposer l’étiquette « NFT » sur un token. De grandes séries ou collections peuvent néanmoins être considérées comme fongibles selon leurs caractéristiques réelles.
La révision actuelle demande si l’évolution du marché des NFT justifie une approche différente à l’égard des prestataires qui opèrent autour de ces actifs.
Aucune décision n’a été prise pour soumettre largement les NFT à MiCA. La consultation rouvre toutefois une catégorie qui était restée largement en dehors du cadre initial.
La finance tokenisée brouille les frontières
La finance traditionnelle utilise de plus en plus des infrastructures qui se recoupent avec les marchés crypto.
Les dépôts bancaires tokenisés restent généralement des dépôts plutôt que de devenir des crypto-actifs relevant de MiCA, tandis que les titres tokenisés continuent de relever de la législation sur les valeurs mobilières lorsqu’ils sont qualifiés d’instruments financiers. Dans les deux cas, ils peuvent de plus en plus être négociés, réglés ou interagir avec des systèmes qui prennent également en charge les stablecoins et d’autres crypto-actifs.
Les organisations professionnelles avaient déjà défini leurs positions avant l’ouverture de la consultation. Coinbase a demandé aux décideurs européens de protéger la DeFi et l’auto-conservation, de reconsidérer les restrictions sur les stablecoins porteurs d’intérêts et de poursuivre une meilleure harmonisation réglementaire internationale à mesure que MiCA évolue.
Les e-money tokens créent un autre point de recoupement. Un transfert crypto peut relever de MiCA tout en constituant un service de paiement, ce qui soulève des questions d’autorisation et de conformité au titre de deux cadres différents.
Ces cas montrent comment la tokenisation rend la catégorie juridique d’un actif de plus en plus importante, même lorsque plusieurs produits partagent une infrastructure technique similaire.
Les CASP ont tout intérêt à se battre sur les détails
Pour les plateformes d’échange, les dépositaires et les autres CASP européens, la révision pourrait avoir un effet direct sur le coût et le champ d’activité dans l’UE.
L’article 140 impose aux décideurs d’examiner les coûts de conformité à MiCA pour les prestataires de services sur crypto-actifs en proportion de leurs dépenses d’exploitation. La consultation porte aussi sur l’adéquation des exigences actuelles en matière de capital, sur l’éventuelle extension de la définition des services crypto et sur l’impact du cadre sur le marché européen.
Des règles communes à l’UE pour des activités comme le staking ou le lending pourraient réduire le coût lié à la navigation entre approches nationales différentes. L’issue dépendra largement de la manière dont ces exigences seront conçues : des obligations supplémentaires difficiles ou coûteuses à respecter pourraient désavantager les entreprises tournées vers l’UE face à des concurrents opérant sous des régimes plus légers.
Cela donne aux plateformes d’échange, émetteurs, banques et groupes sectoriels une forte incitation à utiliser la consultation pour montrer où MiCA fonctionne et où le cadre crée des coûts ou des incertitudes inutiles.
L’industrie a jusqu’à fin septembre
Les acteurs du secteur ont jusqu’à la fin septembre pour soumettre leurs réponses.
La prochaine étape majeure est le rapport statutaire au Parlement européen et au Conseil, attendu d’ici au 30 juin 2027. Bruxelles utilisera les éléments recueillis dans le cadre de la révision pour décider si des amendements sont justifiés et, le cas échéant, ce qu’il convient d’inclure dans une proposition législative.
D’ici là, les décideurs devront trancher sur plusieurs sujets restés ouverts lors de la négociation de MiCA. Les stablecoins mondiaux mettent à l’épreuve l’approche européenne des émetteurs étrangers, la DeFi et le staking soulèvent des questions sur des services hors du cadre initial, et la finance tokenisée rapproche les infrastructures crypto de la banque et des paiements traditionnels.
La révision déterminera quelle part de cette activité Bruxelles décidera finalement de placer sous un régime crypto européen révisé.
Méthodologie : cet article s’appuie sur des documents réglementaires officiels de l’UE, des matériaux de consultation, des textes législatifs et des déclarations publiques des autorités compétentes.
Avertissement : cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil juridique, financier ou en investissement.