ActualitésMacroLe taux de 5 % sur l'intérêt porté en Grèce attire-t-il le capital-investissement loin de Londres ?

Le taux de 5 % sur l'intérêt porté en Grèce attire-t-il le capital-investissement loin de Londres ?

Auteur: Cryptopolitan·

Points clés

  • •BC Partners, qui supervise plus de 40 milliards de dollars de fonds, prévoit d'ouvrir un bureau à Athènes et entend lever des capitaux supplémentaires pour des investissements en Grèce, où elle soutient déjà Pet City et Alphabet.
  • •La loi grecque 5313/2026 accorde aux gérants de fonds relocalisés éligibles un taux de 5 % sur l'intérêt porté pendant sept ans, à condition que leur employeur grec engage au moins 3 millions d'euros de coûts opérationnels annuels dans le pays.
  • •Le Royaume-Uni a conservé son régime d'intérêt porté, traitant 72,5 % des bénéfices nets éligibles comme revenu commercial imposable depuis avril 2026, et son budget d'automne n'a apporté aucun changement à ces règles.
  • •Les fonds européens de capital-investissement et de capital-risque ont levé 68 milliards d'euros au premier semestre 2026, en hausse de 6 % sur un an, tandis que l'investissement réel a reculé de 35 %, à 43 milliards d'euros.
  • •Binance a par ailleurs sollicité une licence grecque pour son expansion dans l'UE, invoquant les talents et la sécurité, une décision sans lien avec la fiscalité de l'intérêt porté mais cohérente avec l'ambition d'Athènes de devenir une place financière.
Le taux de 5 % sur l'intérêt porté en Grèce attire-t-il le capital-investissement loin de Londres ?

Nikos Stathopoulos, président de BC Partners pour l'Europe, quitterait la Grande-Bretagne pour la Grèce, où la société de rachat prévoit d'ouvrir un bureau à Athènes. Ce déménagement intervient alors que la Grèce introduit des incitations fiscales pour attirer les gérants de fonds, au premier rang desquelles un taux réduit de 5 % sur l'intérêt porté pour les gérants relocalisés éligibles. La question plus large est de savoir si ces incitations attireront davantage d'investissements de capital-investissement dans le pays.

Une relocalisation que la société présente comme liée aux transactions, pas aux impôts

Bankingnews.gr a révélé le déménagement de Stathopoulos le 5 novembre, citant des sources proches du dossier ainsi qu'un document déposé auprès des autorités. BC Partners supervise plus de 40 milliards de dollars de fonds et entend lever des capitaux supplémentaires pour investir en Grèce.

Selon une personne familiarisée avec la société, cette relocalisation a été initiée en raison d'objectifs commerciaux spécifiques et non à cause d'incitations fiscales d'Athènes. Ni Stathopoulos ni BC Partners n'ont commenté cette affaire.

BC Partners investit déjà en Grèce via Pet City, une société spécialisée dans le commerce de détail pour animaux, ainsi que via Alphabet, qui propose divers services éducatifs. L'établissement d'un bureau dans la capitale grecque renforcerait la présence de la société dans le pays, même si ce bureau n'a pas encore ouvert. Pour l'instant, les indicateurs concrets à surveiller sont l'ouverture du bureau d'Athènes comme prévu et la levée et le déploiement effectifs des capitaux supplémentaires destinés aux investissements grecs.

Ce que la loi 5313/2026 offre aux gérants relocalisés

Selon la loi grecque 5313/2026, également détaillée dans le guide droit et pratique Grèce de Chambers, l'intérêt porté — la part des revenus d'investissement allouée aux gérants de fonds — est imposé au taux de 15 %. Les gérants qui changent de résidence fiscale et remplissent certaines conditions sont éligibles à un taux réduit de 5 % pendant les sept premières années de leur nouvelle résidence fiscale, à compter de l'année de leur demande.

Une condition importante s'applique : l'employeur grec du gérant doit engager au moins 3 millions d'euros de coûts opérationnels en Grèce chaque année. Une dépense mensuelle de 250 000 euros satisfait cette exigence sur une année complète, et les dépenses sont proratisées pour les périodes de qualification plus courtes, selon EY. En pratique, ce seuil lie le taux réduit à une véritable présence opérationnelle en Grèce, et non à un simple changement de résidence sur le papier.

Pour être éligible au taux de 5 % sur l'intérêt porté, les gérants doivent se conformer aux réglementations relatives à l'emploi et à la résidence fiscale et soumettre une demande via myAADE. La législation prévoit également un avantage pour les fonds étrangers éligibles au dispositif : le fait de gérer des fonds depuis la Grèce ne fait pas, en soi, de ces fonds des résidents fiscaux grecs.

La Grande-Bretagne a conservé son régime d'intérêt porté

Le Royaume-Uni classe l'intérêt porté comme revenu commercial soumis à l'impôt sur le revenu et à la cotisation nationale de classe 4 depuis le 6 avril 2026. Selon la réglementation du HMRC, 72,5 % des bénéfices nets éligibles sont traités comme revenu imposable. Ce chiffre de 72,5 n'est pas un taux en pourcentage ; il s'agit d'un facteur multiplicateur servant à déterminer le montant de revenu imposable à déclarer. Le budget d'automne 2026 du gouvernement britannique n'a introduit aucune nouvelle réglementation concernant la fiscalité de l'intérêt porté.

Le contraste avec la Grèce n'est donc pas une simple comparaison de taux nominaux : le Royaume-Uni impose une part définie des bénéfices éligibles aux taux standards, tandis que la Grèce applique un taux forfaitaire de 5 % aux gérants relocalisés éligibles pour une période limitée de sept ans. Les règles britanniques sur l'intérêt porté restant en vigueur, les nouvelles incitations grecques offrent une option supplémentaire aux gérants de fonds envisageant un départ. Le gérant de hedge funds Chris Rokos aurait quitté le Royaume-Uni pour la Grèce. Son départ a suscité l'intérêt à Athènes, mais il reste incertain que d'autres professionnels l'imittent.

La collecte favorise l'Europe, mais ces flux ne sont pas grecs

Les fonds européens de capital-investissement et de capital-risque ont levé 68 milliards d'euros au premier semestre 2026, en hausse de 6 % sur un an. La collecte pour les rachats a atteint 54 milliards d'euros, contre 42 milliards un an plus tôt. L'investissement réel a toutefois reculé de 35 %, à 43 milliards d'euros. Cette divergence encadre l'argumentaire de la Grèce : les capitaux s'engagent au niveau européen alors même que leur déploiement dans les transactions devient plus difficile.

Dans une enquête connexe, 43 % des investisseurs ont déclaré s'attendre à augmenter leurs allocations européennes en raison de la politique commerciale américaine, tandis que 30 % s'attendaient à réduire leur exposition aux États-Unis. Ce sont des chiffres à l'échelle européenne, et non la preuve de nouveaux flux de fonds vers la Grèce.

Le pari grec de Binance est un signal distinct

La Grèce suscite de l'intérêt au-delà du capital-investissement. Cryptopolitan a rapporté que Binance avait sollicité une licence grecque pour son expansion dans l'UE, invoquant les talents et la sécurité.

La décision de Binance n'avait aucun lien avec la fiscalité de l'intérêt porté. Néanmoins, ces deux évolutions témoignent des ambitions d'Athènes en tant que plaque tournante des services financiers. La suite à surveiller : de nouvelles ouvertures de bureaux, des décisions d'agrément, et l'ampleur des changements de résidence fiscale de gérants de fonds vers la Grèce.