Une campagne d’hameçonnage vocal assistée par IA vise de grands fonds spéculatifs de Wall Street
Points clés
- •Plusieurs grands fonds spéculatifs de Wall Street, dont Two Sigma, Citadel et Point72 Asset Management, ont été visés par une campagne coordonnée d’hameçonnage vocal pilotée par l’IA.
- •Les attaquants ont utilisé une technologie de clonage vocal par IA pour reproduire les voix, les schémas de parole et le ton des employés afin de passer des appels frauduleux convaincants au personnel des sociétés.
- •Two Sigma Investments a confirmé avoir réussi à bloquer la cyberattaque sans compromission de ses systèmes ou de ses données.
- •Aucune violation de systèmes, aucune perte de données clients, aucune demande de rançon ni aucune perte financière n’ont été confirmées en lien avec ces attaques.
- •La FINRA a pris contact avec les entreprises touchées et avait déjà lancé un Financial Intelligence Fusion Center pour aider les sociétés membres à partager plus rapidement les informations sur les cybermenaces.

Une cyberattaque sophistiquée pilotée par l’IA a visé plusieurs des plus grands fonds spéculatifs de Wall Street, des pirates ayant utilisé l’intelligence artificielle pour cloner des voix d’employés afin de tenter de pénétrer des systèmes internes. Selon un rapport Reuters publié mercredi, les attaquants ont mené des campagnes coordonnées d’hameçonnage vocal — ou « vishing » — en générant des répliques vocales alimentées par l’IA qui imitaient des employés de confiance, leur permettant de passer des appels frauduleux très convaincants au personnel des sociétés.
Les services financiers figurent depuis longtemps parmi les secteurs les plus ciblés par les cyberattaques, mais le recours à des clones vocaux générés par l’IA marque une nette escalade des techniques d’ingénierie sociale visant ce secteur. Cette méthode rappelle un incident largement relayé en 2024, au cours duquel des criminels ont utilisé le clonage vocal par IA pour se faire passer pour un directeur financier et détourner environ 25 millions de dollars de la société d’ingénierie britannique Arup, montrant que cette technique a déjà provoqué de véritables pertes financières en dehors du secteur financier.
Two Sigma confirme avoir déjoué l’attaque
Two Sigma Investments fait partie des sociétés visées et a confirmé avoir réussi à bloquer la cyberattaque par IA avant qu’un dommage ne survienne. Selon Bloomberg, le service informatique de la société a pu neutraliser la tentative de vishing sans qu’aucune compromission de ses systèmes ou de ses données ne soit constatée. Two Sigma serait l’une des plusieurs entreprises dont les systèmes ont été visés dans cette campagne.
Citadel et Point72 parmi les entreprises ciblées
Bloomberg a également indiqué que Citadel de Ken Griffin et Point72 Asset Management de Steve Cohen figuraient sur la liste des organisations ciblées. Les deux sociétés ont refusé de préciser si les attaquants avaient réussi à accéder à leurs systèmes. Le rapport a en outre noté que plusieurs sociétés de capital-investissement non nommées avaient été soumises à des tentatives similaires de vishing.
La technologie de clonage vocal par IA a facilité les attaques
La cyberattaque aurait exploité une technologie capable de capter des conversations téléphoniques et de reproduire la voix, les schémas de parole et le ton d’une personne. Cela a permis aux attaquants de passer des appels réalistes semblant provenir d’employés internes de confiance.
Les experts en cybersécurité soulignent que les escroqueries alimentées par l’IA deviennent de plus en plus difficiles à détecter à mesure que la technologie progresse. Les criminels peuvent désormais produire rapidement des voix factices convaincantes, ce qui réduit fortement la capacité des employés à distinguer un appel légitime d’une arnaque. Les professionnels de la sécurité recommandent de plus en plus des procédures de vérification par rappel et l’authentification multifacteur comme défenses de base contre ce type de schémas.
La réponse de la FINRA face aux menaces cyber liées à l’IA
Cet incident survient alors que les régulateurs financiers poursuivent leurs efforts pour renforcer les normes de cybersécurité dans l’ensemble du secteur. Plus tôt cette année, la Financial Industry Regulatory Authority (FINRA) a lancé le Financial Intelligence Fusion Center, une plateforme conçue pour permettre aux sociétés membres d’échanger plus rapidement des informations sur les cybermenaces.
La FINRA a refusé de commenter cette cyberattaque précise basée sur l’IA. Toutefois, un porte-parole cité par Bloomberg a confirmé que l’organisme de régulation avait déjà pris contact avec les entreprises touchées. L’épisode recoupe également les règles de divulgation des incidents de cybersécurité de la Securities and Exchange Commission, entrées en vigueur fin 2023, qui obligent les sociétés cotées à signaler les incidents de cybersécurité importants dans un délai de quatre jours ouvrables — un cadre qui pourrait influencer la manière dont les entreprises concernées traiteront toute future violation franchissant le seuil de matérialité.
Will Wilson, PDG de la société de sécurité informatique Antithesis, a indiqué que les progrès de l’intelligence artificielle ont considérablement abaissé la barrière à l’exécution de telles cyberattaques. Il a souligné que des attaques qui nécessitaient autrefois une expertise importante en piratage peuvent désormais être déployées à grande échelle grâce aux outils d’IA. Il a exhorté les institutions financières à renforcer leurs infrastructures de sécurité informatique.
Aucune violation ni perte financière confirmée
À ce jour, aucune compromission de systèmes, aucune perte de données clients, aucune demande de rançon ni aucune perte financière n’ont été confirmées en lien avec cette cyberattaque basée sur l’IA.
L’événement met en évidence le risque croissant que les cyberattaques fondées sur l’IA font peser sur le secteur financier. Alors que les institutions de Wall Street traitent chaque jour des milliards de dollars de transactions, les experts en sécurité estiment que les entreprises devront disposer de systèmes de défense de plus en plus avancés pour suivre le rythme de l’évolution rapide des capacités de l’IA.